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LE NUMÉRO PERSISTANCE RÉTINIENNE

Reviews

Comme je sais que personne ne lit les chroniques electro de ce magazine (pas plus que la rubrique Vice Populi), j’ai failli céder à la tentation de faire un copier/coller du texte que j’avais

LINDSTRØM & CHRISTABELLE

LIL’ WAYNE

THE MANTLES

JAGA JAZZIST

Dommage que Redman soit devenu cette espèce de clown jiggy qui fait rire les

wiggas

de 15 ans à cause de son rôle ridicule dans ce film pas drôle, où il campait un personnage de rappeur shité en duo avec Method Man – qui jouait tout aussi mal que lui. Depuis ce jour, plus personne ne s’intéresse à ce qu’il sort, moi le premier, et heureusement qu’on reçoit ses CD promo parce que sinon je n’aurais su qu’il était ­encore capable de faire de bons morceaux sur la weed, les meufs, les wack MC’s et encore plein d’idées qu’on ne peut avoir qu’en étant né dans le New Jersey.

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WOODY GG ALLIN

TONI BRAXTON

Pulse

Atlantic Records/Warner

Toni Braxton est passée du statut d’icône aux charmes vantés par Big L à celui d’incarnation de l’idée d’effondrement en moins de temps qu’il n’en a fallu au petit garçon que j’étais dans les années 1990 pour grandir, et peu d’histoires me dépriment plus que celle de cette mère de famille qui erre depuis ­quinze ans à la recherche de sa jeunesse envolée. Il n’est donc pas question que j’attribue une note au quatrième album de la dernière chance qu’elle sort en neuf ans. C’est à la vie que je mets 2.

JÉSUS TRISTE

OMARION

Ollusion

EMI

J’ai beau adorer des trucs comme R. Kelly ou The-Dream, j’ai quand même de plus en plus tendance à donner raison à ceux qui disent que le R&B c’est les fêtes de Bayonne de la musique.

ÉMILE ZOULOU

Cet album ressemble à un cri du cœur, un appel au secours, une bouteille à la mer, un geste citoyen, un vote utile, un mal nécessaire, une oreille à laquelle se confier, un tien qui vaut mieux que deux tu l’auras, un taxi pour Tobrouk et encore à plein d’autres choses qui n’existent que pour faire chier les gens qui s’intéressent à des trucs.

JIMMY MORE HELL

GUCCI MANE

The State Vs. Radric Davis

Asylum/Universal U.S

Ça doit faire le quinzième album de Gucci que l’on chronique en moins d’un an, mais celui-ci est le seul qui sort sur un vrai label et qui ne contient que des morceaux inédits tous plus géniaux les uns que les autres – et ce, malgré une voix profondément irritante et des

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skills

de « emceeing » approximatifs. C’est pourquoi je pose cette question aux décideurs stupides qui continuent de ne pas le distribuer en France : messieurs, qu’attendez-vous pour faire signer un deal mondial à ce mec afin qu’il devienne une thug superstar planétaire à voix niquée comme ses prédécesseurs ODB et Young Jeezy ? Qu’il sorte de taule ?

KELLY SLAUGHTER

RJD2

The Colossus

RJ’s Electrical Connections/La Baleine

Devoir chroniquer un dimanche soir le dernier album de RJD2, c’est du même ordre que s’organiser un petit footing dans le bois de Vincennes, aller au restaurant avec ses collègues de bureau ou mater un film avec Gérard Lanvin en mangeant des escargots Lanvin. C’est horriblement déprimant. C’est pourquoi malgré mes efforts pour tenter de garder un semblant de ­professionnalisme, je vais être obligé de couper cette musique insipide, utiliser la fonction « enregistrer sous » de mon logiciel de traitement de texte et virer à tout jamais ce Georges Beller de l’indie-rap de ma bibliothèque iTunes.

JIMMY MORE HELL

La cité dolente des austères artisans de l’Intelligent Dance Music peut trembler, une femme a décidé de forcer leur réclusion et de livrer leurs secrets au monde profane sous la forme d’un didacticiel Cubase. Mais, malgré sa détermination à endosser l’habit de nerd froid aux sentiments mécaniques, son tutoriel de la servitude volontaire à ­l’idole de la technique et de la soumission solitaire aux décrets de l’écriture digitale automatique s’enraye lorsque son code ­génétique féminin reprend le dessus et la pousse à commettre d’inexcusables entorses à la discipline IDM, comme laisser une fenêtre ouverte, continuer à se nourrir, ­pomper M83 et penser à Anna Karénine.

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MARCO POLIO

TORO Y MOI

Causers of This

Carpark Records/

La Baleine

Daft Punk x Sonic Youth

—————————————— = Le Rade Philippe Fragione

Toro y Moi est un petit nerd tellement fort en maths qu’il ne lui a pas fallu plus de deux morceaux pour comprendre la réciproque du théorème de Chillwave.

FÉLIX ATARI

Comme je sais que personne ne lit les chroniques electro de ce magazine (pas plus que la rubrique Vice Populi), j’ai failli céder à la tentation de faire un copier/coller du texte que j’avais écrit sur l’album de Lindstrøm au début de l’année dernière. On y retrouve les mêmes ingrédients qui prouvent la supériorité des descendants des guerriers polaires sur nos peuplades poilues : funk sombre, froideur festive, groove alambiqué et ponctuelles envolées de voix hautement chargées en ondes sexuelles féminines. Lindstrøm semble prendre plus de plaisir que jamais à être le parfait inverse du label Ekler O’ Shock.

KELLY SLAUGHTER

GRAND POPO FOOTBALL CLUB

Venom in the Grass

Pschent/Wagram

Que le trublion aux mille chapeaux Ariel Wizman se rassure, on ne lui en veut pas du tout que son disque soit tout pourri, parce qu’on sait tout ce que notre génération doit à son cœur peut-être un peu trop à vif. Alors le disque, il se vendra, il se vendra pas, mais qu’Ariel sache que c’est quand il veut pour qu’on lui paie un petit noir et une mousse au petit matin, comme on a toujours fait.

BOB REUBIÉ

Énorme, ce son de flûte à bec ! Et cette boucle issue d’un side project de Miles que cette petite bande de dénicheurs sont partis chercher dans un bac poussiéreux du vieux London, avant de s’envoler séance tenante vers le boogie down Bronx pour s’envoyer un bon scotch sec dans une de ces caves miteuses où l’on vit (jusqu’à en crever) au son du meilleur be-bop de la Nouvelle Amsterdam ! Sans conteste le choc de ce début d’année musicale, avec Morcheeba. Rhabillez-vous les punks, la révolution sera bleutée !

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BASILE POLI

KRALLICE

Dimensional Bleedthrough

Profound Lore/Import

Décidément, le meilleur black metal depuis un certain temps vient des États-Unis. Les Américains ont su intégrer parfaitement les ingrédients du black metal norvégien originel tout en le faisant évoluer grâce à une sophistication mélodique et structurelle, tandis que les Scandinaves semblent gangrénés dans leurs affaires de violence démonstrative et de tartufferie maquillée. Krallice fait un black metal hyper complexe et épique, qui forme lentement (les morceaux durent fréquemment plus de 10 minutes) une cathédrale de tourments et de catastrophes, un peu à la manière de Wolves in the Throne Room. Voilà pourquoi l’auditeur attentif sort quelque peu éprouvé de cette expérience sonore et peut difficilement la mener à bout en une seule fois. Dommage, -2.

CHARLES MOREASS

Tout le petit monde consanguin et sûr de lui de la presse musicale (

Vice

au premier chef) a soutenu le revival garage sixties de ces dernières années avec un enthousiasme de jeunes parents émerveillés. Jusqu’à ce que tout le monde réalise qu’on avait ouvert une boîte de Pandore laissant échapper une nuée de sauterelles affamées sous la forme de groupes bruyants aussi inspirés que le Twitter de King Khan et prônant un mode de vie fondé sur la sudation, les gros burgers et les blagues pétomanes hyper lourdes à son ­colocataire. Alors qu’on commençait à pas mal ramasser, les Mantles prouvent que le garage reste cool, quand il passe pas son temps à roter sur les autres genres musicaux (leur album est assez pop, voire psyché par moment) et qu’il « s’intéresse à des trucs ».

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LADY DE NANTES

IHSAHN

After

Candlelight/La Baleine

Comme on manque de chroniques ce mois-ci, je me suis empressé de piocher ce disque au hasard dans la pile de CD promo qu’on n’écoutera jamais avec la ferme intention de le défoncer pour rien, ou juste parce qu’il est 18h25 et que j’ai autre chose à foutre qu’écouter de la musique de mecs qui jouent à se toucher la nouille dans des châteaux forts imaginaires. Manque de bol, c’est pas si pourri que ça – c’est le side project du frontman de Emperor. Ça ressemble un peu au groupe irakien qu’on a suivi pendant quatre ans mais parfois ça mue en quelque chose de plus crispant, de plus malfaisant, et en fermant les yeux on peut presque s’imaginer dans un monde glacé contrôlé par des seigneurs, des lutins et des dragons, uniquement réchauffé par le bois épais des églises en train de brûler.

JIMMY MORE HELL

J’en ai marre de ces poseurs à la Grizzly Bear qui font de la musique mélancolique parce que « c’est élégant ». Personne n’y croit quand vous faites profession de solitude, on dirait des adolescents qui disent que leur coin préféré en Europe c’est les plages de la mer du Nord.

COSMO CRÂNEUR

LOS CAMPESINOS!

Romance Is Boring

Wichita/Cooperative Music

J’ai vraiment hâte que les Rades reprennent parce qu’on dirait que leur disparition provisoire a vachement affecté Los Campesinos! qui devaient être hyper flattés en secret qu’on utilise leur premier album comme introduction à la mite au creux de la saison 2008. Les petits Anglais sympas aux visages de jeunes sont devenus emos ! Ils ont peur qu’on les oublie ! Ils mettent une scarification sur la pochette de leur nouvel album qui a l’air beaucoup plus inspiré par la carrière tourmentée de The Postal Service que par la bière. Ils avaient un grind « étudiants qui se la collent et pinent entre eux pour déconner » et là on dirait des lycéens timides amoureux d’une conne. Hey, on vous a pas oubliés Los Campesinos! Devenez pas chiants, rebasculez dans la fête, le Rade va reprendre, Crapulo vous tendre les bras.

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LADY DE NANTES

YEASAYER

Odd Blood

Secretly Canadian/

Differ-Ant

Vous êtes bourrés Yeasayer. Autant leur premier album était plutôt cool, dans la catégorie polyphonies patchouli, autant là ils ont complètement dévissé, les hippies. Autotune, prods eighties pompières à la Depeche Mode, morceaux à la limite de l’eurodance, parodies d’Animal Collective en plus irritant, on se croirait dans une comédie musicale pamphlétaire de Gavin McInnes sur les effets néfastes de la gentrification à Brooklyn.

JULIEN CRACK

MIDLAKE

The Courage of Others

Bella Union/

Cooperative Music

Dans une clairière humide au milieu d’une forêt de conifères majestueux ­illuminée d’une pâle lueur de demi-lune, entre chien et loup, c’est vraiment le dernier endroit où je m’attendais à une fugace apparition du spectre de Radiohead.

LADY DE NANTES

GET WELL SOON

Vexations

City Slang/

Cooperative Music

Cet album me fait penser au personnage de Harold Smith dans

Twin Peaks

. C’est le personnage le plus nul de la série, il est tout pourri, il fait pas avancer l’histoire. Il vit reclus chez lui parce qu’il a peur du monde à cause d’une expérience traumatisante de son passé dont tout le monde se branle, il cultive des orchidées parce que cette fleur présente une vague ressemblance avec le sexe féminin qui lui fait peur (David Lynch insiste lourdement sur cette allégorie) et il recueille les confidences des filles dans des journaux intimes. David Lynch le fait mourir très rapidement, au creux de la saison 2, parce qu’il a dû réaliser que cette intrigue était très ­chiante, comme l’histoire d’amour entre Josie et le ­shérif Truman ou le moment où Ben Horne devient fou et revit la guerre de Sécession.

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JULIEN CRACK

BRIAN JONESTOWN MASSACRE

Who Killed Sgt. Pepper?

A Recordings/Differ-Ant

Si tout n’a pas encore été tiré au clair dans l’affaire de l’assassinat du Sgt. Pepper, les premiers éléments de l’enquête laissent tout de même clairement soupçonner l’implication dans cette affaire du fantôme d’Anton Newcombe, du spectre du trip-hop et des mânes de Gnarls Barkley.

MICHEL ROCKHARD

VAMPIRE WEEKEND

Contra

Rough Trade/Beggars

Aussi con que ça puisse paraître, j’aime bien cette musique pas vraiment riche en bonnes idées qui « n’hésite pas à chercher du côté de l’afrobeat et des musiques répétitives » pour donner du relief à une pop un peu fadasse sur les bords. Ça mange pas beaucoup de pain, à peine de quoi me tenir éveillé pendant les quinze premières minutes du disque et me faire penser à ce morceau de Police dans lequel Sting prend un accent africain – « An English Man in New York », je crois. C’est pas mal, et comme pour le premier album, ça alimentera à coup sûr le top de fin d’année des journalistes musicaux en ­descente d’Animal Collective.

BASILE POLI

HOT CHIP

One Life Stand

EMI

Le quatrième album de Hot Chip devrait permettre à cette formation de trentenaires acidulés d’asseoir définitivement son statut de groupe préféré des mecs qui ont un compte Twitter.

FÉLIX ATARI

Ce romantisme approximatif, ce mal-être en costume et cette esthétique reposant sur le croisement de deux des modèles masculins les plus pétés de tous les temps, le dandy et le crooner, me font penser que sous le masque emphatique de Get Well Soon se cache un gros bébé de 25 ans dont

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Le Portrait de Dorian Gray

est toujours le livre préféré.

COSMO CRÂNEUR

STELLAR

OM SOURCE

Ocean Women

Self-released/Import

Je vais pas chroniquer

Rifts

de Oneohtrix Point Never puisque c’est une compile de trois trucs qu’on a déjà faits et que Eva Revox va finir par être agacé que je marche continuellement sur ses plates-bandes expérimentales. C’est pourquoi je vais dès à présent le faire chier en parlant d’un truc qu’il a sûrement eu l’idée de chroniquer. Stellar OM Source, c’est, si j’ai bien compris, une française qui habite New York. Elle fait du drone un peu à la manière de OPN : un son analogique assez simple, des petites ritournelles et nappes qui se déplient sur quelques minutes. Personnellement, je préfère les grandes orchestrations à la Emeralds, mais c’est tout de même très bien. Dans ta gueule, Revox !

FIFRELIN

FOOL’S GOLD

Fool’s Gold

IAMSOUND/Wagram

Je suis sans doute fainéant, mais je n’arrive pas à défaire les fils qui entremêlent tous ces petits bouts d’anecdotes, cette ­chronologie compliquée, ces notices biographiques qui se chevauchent et se fécondent sur plusieurs continents, ces petits morceaux épars de musique indie qui composent un puzzle-patchwork-tapisserie de Bayeux migraineux. J’ai la flemme ­d’instruire le procès en cohérence de ces références subliminales aux Stone Roses, de la présence du batteur de The Fall, de l’afrobeat chantée en hébreu, de toutes ces rencontres en studio, ces trajets d’avion, juxtapositions d’instruments et de culture, dialectique de l’universel et du particulier. Je suis pas Pitchfork, ni Mishka Assayas, je suis ni méticuleux ni rigoureux et j’ai du mal avec les exercices de logique formelle à plusieurs variables, mais c’est bien sinon, j’ai écouté et c’est pas désagréable du tout, et plutôt léger pour un truc qui est le ­premier défi à ma pratique professionnelle de l’année 2010.

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MARCO POLIO

LIARS

Sisterworld

Mute/EMI

Allez savoir pourquoi, mais j’ai tendance à moins aimer les Liars depuis que je les ai vus en concert il y a deux ans. Non pas que leur show ait été particulièrement détestable, mais c’est surtout depuis que je sais que leur frontman ressemble à une synthèse inattendue et grossière de la bouche de Thurston Moore et du corps élégant de Pedro Winter. En ce qui concerne la musique, c’est globalement très bien, comme la plupart des groupes de dance-rock new yorkais qui ont trouvé un second souffle depuis que le cours de la rabla a baissé de manière significative à l’aube de l’année 2007 pour atteindre son prix le plus bas dans le courant du mois de juin 2009.

JIMMY MORE HELL

MIIKE SNOW

Miike Snow

Columbia/Sony

C’est vrai qu’à la première écoute, en fermant les yeux, en s’auto-hypnotisant suffisamment fort pour réduire ses pensées négatives en poussière de bonbon et en concentrant sa libido à un point d’intensité extrême, on peut voir apparaître une ronde de rates suédoises dansant sur un toit de Stockholm, mais en rouvrant les yeux trop précipitamment le sort se rompt, la scène se disloque, il fait froid, les rates ont les yeux trop écartés, les lèvres fines et des colocataires masculins dans des instituts d’histoire de la mode qui vous interpellent dans les termes suivants : «

Ohh kome on French ronchon, dont bee so moodee, too-morrow is free kone day at ben & jerrees, Annike and Johan invite us to see their cute newborn baby – hot chokoolate and funnee pictures! – and there is a where-the-wild-things-are theme partee at klub candee!

»

JULIEN CRACK