Connan Mockasin

Apparemment, Connan Mockasin est une pop star en Nouvelle-Zélande. C'est pourquoi, quand on m'a proposé de l'interviewer, j'étais plus que méfiant. En plus de mes a priori (justifiés) à propos des fils de colons, des fils

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22 Avril 2011, 12:00am

 
    Apparemment, Connan Mockasin est une pop star en Nouvelle-Zélande. C’est pourquoi, quand on m’a proposé de l’interviewer, j’étais plus que méfiant. En plus de mes a priori (justifiés) à propos des fils de colons, des fils de voleurs et des fils de putes qui composent la totalité de la population blanche d’Océanie, force est de reconnaître qu’il a un nom ridicule et des cheveux que je suspecte d’être faux.

C’est par la suite que j’ai accepté son swag de surfer timide, en réalisant que son premier album sorti l’an dernier, Please Turn Me Into the Snat, était une tuerie totale de prog pop aux relents de végétation tropicale et de plage infinie. Il fait des morceaux psychédéliques sombres et bizarres qui font penser aux zombies et convoquent des sentiments contradictoires d’euphorie et de panique, comme dans les pires épisodes de la vie sous shit.

On s’est vus dans les bureaux de sa maison de disques française par une matinée ensoleillée, autour d’un café et d’une bouteille d’eau gazeuse. On a essayé de discuter mode pendant deux minutes, mais la conversation s’est vite recentrée sur des sujets plus intéressants comme Kelly Slater, les avions et le fait qu’il n’est pas australien.

Vice : Hé, c’est un joli pull que tu portes là.
Connan Mockasin :
Merci. C’est le cadeau d’une cousine, en réalité. Je ne sais pas si je peux en parler, c’est long et très chiant.

En temps normal j’aurais dit non, mais pour la première fois de ma vie, je veux bien connaître l’histoire d’un pull.
OK. À la base, c’était un cardigan trop large pour elle, mais elle a tenu à l’acheter parce qu’elle en ­adorait le motif. Le truc est resté dans son armoire pendant des mois et des mois. Elle en a finalement fait un pull, mais elle ne l’a jamais mis. Un jour, je suis passé chez elle et je lui ai demandé pourquoi elle ne mettait pas ce pull trop large. Quinze jours plus tard, elle me l’a donné.

C’était pas si long que ça.
J’aurais pu la faire durer plus longtemps, je t’assure.

Ce soir, tu fais l’afterparty d’une fête APC. J’imagine que c’est la première fois que tu joues pour un défilé de mode.
Pas vraiment, en réalité. J’ai fait à peu près la même chose à Londres, il y a quelque temps. C’est très ennuyeux. Tu passes ton temps à parler à des gens sans savoir qui ils sont. Parfois, tu parles même à des filles sans savoir si elles sont mannequins. Il s’avère la plupart du temps que non, mais tu es frustré de ne pas l’avoir su plus tôt.

Qu’est-ce que tu comptes faire après la fête ?
Attendre longtemps avant de me décider. Et finalement, choisir de rentrer à l’hôtel pour dormir, mais ne pas réussir à m’endormir de peur d’avoir pris la mauvaise décision.

On dirait qu’on a le même cerveau.
Je ne sais jamais si j’ai fait le bon choix. Surtout dans les soirées en Europe, où l’on rencontre des mannequins.

T’as déjà porté une fringue APC dans ta vie ?
Non, jamais. C’est plutôt un truc de filles, je crois. Enfin, je n’ai que des amies filles qui portent ce genre de fringues. En réalité, je ne consacre que peu d’argent aux sapes. Ça fait longtemps que je n’ai rien acheté de neuf.

T’as quel âge ?
28 ans. Enfin, je les aurai d’ici quelques semaines. Je préfère penser avoir déjà l’âge que j’aurai toute l’année suivante plutôt qu’attendre et essayer d’oublier un truc qui va arriver de toute façon.

Comment les mecs de ton âge s’habillent, en Australie ?
Je n’ai jamais mis les pieds en Australie.

Oh, merde. Je pensais que tu étais australien, en fait.
Je viens de Nouvelle-Zélande.

J’assimile facilement les Néo-Zélandais aux Australiens. Vous êtes proches sur la carte des pays qui sont loin.
La Nouvelle-Zélande est assez excentrée par rapport à l’Australie. C’est vraiment le bout du monde. On dirait un serpent au milieu de nulle part.


  Je sais qu’il y a des rugbymen et des forêts.
Tu mets environ vingt heures pour venir en Europe. Et tu dois t’arrêter plusieurs fois. En Chine ou à Hong Kong. Une fois, j’ai fait l’aller-retour Auckland-Londres trois fois d’affilée et quand je suis revenu chez moi, j’ai dormi quinze heures par nuit pendant une semaine.

Tu viens d’où là-bas ?
Du nord du pays, à une centaine de kilomètres d’Auckland. C’est en rase campagne, à côté de l’océan. Je vis encore chez mes parents. Je fais de la musique dans le salon – c’est une sorte de cabane en bois gigantesque –, les plafonds sont très hauts, du coup le son résonne et c’est... très bizarre en fait. C’est peut-être pour ça qu’on dit que mes disques sont « drogués ».

Ça ne dérange pas tes parents de te voir à moitié à poil dans leur salon, en train de triturer des instruments et de manger des chips ?
Oh non, et puis ils sont habitués. Ils sont dans leur chambre en plus, la plupart du temps. Ils regardent la télé et ça leur va très bien. Quand ils râlent, c’est pour d’autres trucs. Comme la politique, des choses comme ça. Ils sont vieux maintenant.

Ça consiste en quoi, vivre dans la campagne néo-zélandaise, à part gâcher la vie de ses parents en mono­polisant leur salon ?
S’ennuyer énormément et avoir le temps de s’ennuyer.

Ouais, mais c’est le cas de toutes les adolescences.
Il y a la pêche, la chasse, le rugby et le surf. J’ai surfé toute ma jeunesse, je me levais tous les jours à des heures pas possibles pour ça. Je regrette ce temps-là. Maintenant, je suis fatigué en permanence. J’essaie d’aller à l’eau une ou deux fois par mois, mais il s’avère que ça ressemble malheureusement plus à une ou deux fois par an.

C’est ridicule de surfer après 25 ans, en même temps.
Ouais c’est vrai, je crois que ça fait partie des choses qui m’ont convaincu d’arrêter. Surtout les pros, en fait : regarde Kelly Slater. C’est terrible de voir en quoi il s’est transformé. On dirait un dinosaure ou un monstre.

Ah, ah. Ouais, il ressemble à un prof de sport maintenant.
D’un autre côté, j’aime voir les grands-pères qui vont encore à l’eau à 50 balais. Il y a un vrai côté « mode de vie » qui va au-delà de la mode, de l’âge ou du cynisme des gens comme moi. C’est la sincérité absolue.

Ça a beaucoup changé les fringues de surf depuis l’époque Hot Tuna ?
Pas trop, je crois. Les mecs ont toujours des imprimés de vagues gigantesques au dos de leur tee-shirt et des shorts Quiksilver. Il y a pas mal de cols en V aussi, ça c’est assez nouveau je crois.
Et donc finalement, ça ressemble à quoi les fringues des jeunes néo-zélandais ?
C’est pas évident à expliquer. Ils adorent ces genres de pull-overs à motif Burlington mais avec des logos imprimés par-dessus. Des trucs... roses, violets. C’est vraiment bizarre.

J’ai aussi du mal à comprendre de quoi il s’agit. Ça doit être dégueulasse.
C’est horrible. Ils portent ces polos à col relevé très près du corps, avec des pantalons portés très bas, baggy. Et des tongs. La plupart des étudiants s’habillent comme ça.

Et les filles ?
Elles ont des bottes en cuir avec des bouts pointus. Et les cheveux au carré, les plus raides possible.

C’est vrai que tu n’es jamais allé en Australie ou tu disais ça juste parce que t’étais vexé que je t’assimile à un Australien ?
Non, ça c’est faux, en revanche. J’ai même joué plusieurs fois là-bas.