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Gaming

La sombre histoire de la maison Final Fantasy VII

Comment une jeune femme a embrigadé un groupe de gamers vulnérables dans sa secte.

par Asher Elbein
11 Juin 2015, 5:00am
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Image via reinaldoabdo

Ce n'est pas la faim qui a poussé Syd à quitter la maison Final Fantasy VII. Ce n'est pas non plus la façon qu'avaient les autres de profiter de lui, un jeune transsexuel de 19 ans passionné d'art et souffrant d'un sérieux problème d'alcoolisme. Ce n'est pas non plus le harcèlement, ni le fait qu'on tenait à l'écouter à chaque fois qu'il tentait de communiquer avec le monde extérieur. Non, ce qui l'a poussé à bout, c'est le fait qu'on lui vole ses chaussures.

Le jour précédant le vol, une averse est tombée sur la ville de State College, en Pennsylvanie. La pluie tombait avec une telle violence que le supermarché qui employait Syd a dû le renvoyer chez lui. Il a marché sous la pluie, sans parapluie ni manteau. Quand il est arrivé à l'appartement qu'il partageait avec deux colocataires, il était trempé et tremblait de tout son corps. Il a laissé ses chaussures sécher devant la porte avant de rentrer dans la maison, pour retrouver les murs couverts de paillettes, l'odeur rance des ordures, les cris et les harcèlements. Le lendemain matin, ses chaussures avaient disparu.

« Ça peut paraître stupide », a-t-il écrit plus tard sur A Public Warning: FFVII Fandom, un site qui détaille son expérience. « Mais c'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Ces horribles gens qui vivaient dans une horrible maison avaient fini par se dire que mon argent ne suffisait pas. Ils ont aussi voulu prendre mes CHAUSSURES. »

Alors, Syd s'est enfui. C'était en août 2002, et le soleil estival tapait sur le bitume qui brûlait ses pieds nus. Il avait pris des vêtements de rechange, un couteau de poche, un carnet de croquis, un crayon, et tout l'argent qui lui restait – cinq dollars. « J'étais sans abri pour quelques jours », a-t-il rédigé sur son site. « J'étais libre d'aller où je voulais, de m'asseoir où je voulais. Il n'y avait pas d'odeurs nauséabondes. Pas de dispute. Je ne tombais plus malade en mangeant. Personne ne me réveillait au milieu de la nuit pour m'obliger à sortir et à regarder des ronds de sorcière. Sincèrement, je préférerais être SDF que de vivre avec des illuminés pareils. Je n'ai pas peur de vivre dans la rue, parce que j'ai vécu bien pire. »

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Le salon d'une des itérations de la maison FFVII. Toutes les images nous ont été fournies par des anciens résidents.

L'Internet est rempli d'histoires étranges, de légendes urbaines et de fantasmes paranoïaques. Mais peu de contes sont aussi étranges que celui de la maison Final Fantasy VII. Ces maisons – il y en a eu plusieurs – ont accueilli une secte de jeux de rôle bien réelle, dirigée par une femme dont les rêves ont gâché bien des vies. Une preuve que si les rencontres en ligne sont devenues la norme, on ne peut pas toujours vraiment savoir qui se cache derrière l'écran. Ces amitiés virtuelles peuvent être très importantes, particulièrement pour des adolescents malheureux et rejetés, mais elles peuvent également devenir incontrôlables.

Johanna avait 20 ans quand la maison FFVII a été fondée. C'était en 2002, elle venait juste d'arriver à State College pour vivre avec sa copine, « Rachel ». Selon Syd et « McCullough », un autre ancien membre de la maison, il est difficile de vraiment connaître l'histoire de Joanna. Elle s'efforçait de garder secret les détails de son passé, prétextant qu'elle avait participé à des programmes gouvernementaux top secret et à des camps d'entraînement dans le désert. « Nate », un ancien ami de Joanna, affirme qu'elle a fréquenté le Cross Creek Residential Treatment Center à La Verkin, dans l'Utah, une institution aujourd'hui fermée suite aux nombreux procès pour maltraitance des adolescents enrôlés dans le programme. Un post LiveJournal de 2004 vient corroborer cette version, écrit par « Patricia », une autre colocataire de Joanna dans la maison FFVII également passée par Cross Creek.

Peu à peu, Syd s'est rendu compte que les propos de Joanna sur la réincarnation, les personnalités multiples et la magie ne faisaient pas partie d'un jeu de rôle — elle y croyait vraiment.

L'instabilité mentale de Joanna, jamais vraiment traitée, s'est détériorée après son passage à Cross Creek, selon Nate. Pour Syd et McCollough, elle avait également des problèmes avec sa sexualité, et expliquait son attirance pour les femmes en parlant de Rachel comme d'un homme réincarné. Tous deux affirment également que Joanna s'attribuait plusieurs pouvoirs magiques, dont la capacité de « lier les âmes », ou de naviguer entre différentes personnalités à sa guise. Parmi ces personnalités, plusieurs étaient tirées d'anime ou de jeux vidéo comme Final Fantasy VII.

Final Fantasy VII est peut-être le RPG le plus célèbre de tous les temps, et sa sortie sur PlayStation en 1997 a été un moment charnière dans l'histoire du jeu vidéo. Il a connu un succès retentissant – ses différentes versions se sont vendues à 10 millions d'exemplaires, et il a été nommé « ambassadeur de Final Fantasy, mais aussi de tous les RPG japonais ». Le site de gaming Ars Technica a déclaré que ses graphismes 3D avaient eu un effet similaire à celui qu'ont pu ressentir les « gens qui ont grandi avec la télévision et qui découvraient le cinéma pour la première fois. ». IGN l'a désigné 11ème meilleur RPG de tous les temps.

L'esthétique du jeu a influencé toute une génération de japonophiles naissants. Certains sont allés jusqu'à s'identifier à des réincarnations de leurs personnages préférés. Ce type d'engouement a un précédent, celui de la communauté « otherkin », dans laquelle des gens affirment être des animaux, des esprits mythologiques ou des personnages de fiction incarnés dans un corps humain. Pour Joseph Laycock, professeur d'études religieuses à la Texas State University, le statut d'otherkin fonctionne comme identité personnelle. Malgré tout le mépris qu'ils provoquent sur internet, Laycock insiste qu'il ne faut pas forcément considérer ces gens comme des fous.

« Tous les gens qui prennent part à cette communauté ne sont pas forcément abîmés », affirme-t-il. « Mais il est vrai que cela peut attirer des gens très faibles psychologiquement. Des gens vulnérables. »

Avant d'entrer à l'Alfred University, en 2001, Syd a eu une jeunesse difficile. Il ne s'entendait pas avec sa famille, et se posait pas mal de questions sur son identité de genre. Il admet ouvertement qu'il a bu à l'excès au cours de sa première année. Mais la fac lui a surtout permis de passer du temps devant les jeux vidéo – particulièrement FFVII – et il a très vite commencé à s'investir dans la communauté, à poster des fan art et à construire un autel en ligne dédié à Clad et Zack, ses deux personnages préférés. C'était un environnement sain, dit-il encore aujourd'hui. Il se sentait chez lui.

C'est son site sur Clad et Zack qui a attiré Joanna. En 2001, ils ont commencé à correspondre sur AOL Instant Messenger, à discuter de Final Fantasy et de magie. Syd avait déjà découvert le paganisme au lycée, ce n'était donc pas spécialement étrange et nouveau pour lui. Ce qu'il trouvait étrange, c'était l'habitude que Joanna avait prise de se faire appeler Jenova – un méchant dans le jeu – et à lui parler comme si elle était le personnage en question. Pas si alarmant, compte tenu de la popularité des jeux de rôle dans la communauté. Donc quand Joanna a décidé que Syd était la réincarnation de « Zack », un autre personnage, Syd a accepté de jouer le jeu.

Leurs interactions suivantes étaient si cordiales qu'à Noël, Joanna et Rachel ont proposé à Syd de passer un week-end pour rencontrer des amis. Syd a accepté et pris le bus depuis New York jusqu'à State College. Quand il est arrivé, l'appartement deux pièces était dans un état lamentable. Le sol était jonché de linge sale et recouvert de paillettes. Joanna était imprévisible – il lui arrivait de hurler sur Rachel et de sourire chaleureusement quelques secondes plus tard. Peu à peu, Syd s'est rendu compte que les propos de Joanna sur la réincarnation, les personnalités multiples et la magie ne faisaient pas partie d'un jeu de rôle — elle y croyait vraiment. Mais malgré tout, Syd était ravi – il s'amusait beaucoup avec Joanna et Rachel, et les gens qu'elles lui présentaient étaient tous très sympathiques. Joanna donnait des surnoms tirés de FFVII à tous ses amis. Il y avait « Aeris », une fille timide que Joanna convoitait ; un otherkin surnommé « Cid »; et McCullough, une étudiante du Maryland qui connaissait Rachel. Syd était donc « Zack ».

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Une chambre de la maison FFVII

Tout au long de l'été 2002, Syd est resté en contact avec elles, et se déplaçait régulièrement pour les voir le week-end. À l'époque, la maison FFVII était habitée par trois membres permanents : Joanna, Rachel, et un colocataire que Joanna avait appelé « Gast », un personnage très secondaire du jeu. Mais Joana invitait souvent des gens rencontrés sur internet. « Chaque personne qui venait vivre avec elle avait le nom d'un personnage de Final Fantasy », se souvient « Clark », qui a connu Joanna à cette période. « Elle parlait d'eux en de très bons termes, pendant quelques mois ou quelques semaines. Et puis d'un coup, quelque chose se passait et elle expliquait que telle personne était méchante et qu'elle avait été contrainte de la virer. »

Des choses étranges ont commencé à se passer au cours des visites de Syd. Il raconte qu'une fois, Joanna s'est mise à mettre la pression à lui et Aeris pour qu'ils se mettent en couple, à l'instar des personnages du jeu. Quand ils ont refusé, elle a fièrement annoncé qu'elle avait mis des aphrodisiaques dans leur nourriture. Pendant un autre voyage, Joanna et Rachel ont enfermé Syd dans une salle insonorisée du bâtiment musique de l'université, pour voir si ça réveillerait des souvenirs de ses vies passées. Il a fallu qu'il fasse une crise de panique pour qu'elles daignent le relâcher. Une autre fois encore, Joanna a voulu jeter un sort de régression sur un ami que Syd avait ramené, sort qui nécessitait qu'il s'allonge sur le sol dans le noir pendant que Joanna chantait sur une musique en boucle – une sélection de la bande-son de Final Fantasy VII au titre dramatiquement ironique : « Le cauchemar ne fait que commencer ».

Mais rien de tout ça n'était suffisant pour dissuader Syd d'emménager quand Joanna lui a proposé cet été-là. Sa relation avec sa mère était désastreuse, et la perspective de revenir à Brooklyn pour l'été ne lui disait rien. Il a déménagé ses affaires, son rat domestique, pris un job au supermarché du coin pour payer le loyer, et a fini par s'installer dans la maison.

La situation a vite dégénéré. Selon Syd, Joanna a arrêté de sortir de l'appartement et abandonné son travail de babysitter, comptant sur lui pour payer le loyer. Beaucoup de membres de la maison FFVII m'ont raconté qu'elle leur demandait sans cesse de l'argent, qui partait toujours dans de la nourriture excessivement chère ou des jouets « magiques ». Syd m'a expliqué qu'il devait ramener des coupons du supermarché, ce qui lui a valu quelques soucis avec ses employeurs. Chaque nuit, ils dînaient de steaks à 10€ et de Gatorade, un régime qui rendait Syd malade. L'appartement, déjà dans un état lamentable, s'est transformé en une montagne crasseuse de jouets et de linge sale. Selon McCollough, Joanna portait les mêmes vêtements tous les jours et ne se lavait que rarement, préférant s'oindre d'huiles. Elle et Rachel se battaient constamment et finissaient par se réconcilier sur l'oreiller. Parfois, les invités devaient nettoyer, mais personne ne sortait les poubelles, et très vite, l'air se chargeait à nouveau d'odeurs rances de sexe et de viande pourrie.

« Mon dieu, l'odeur de cet endroit », a écrit Syd sur son site. « C'était un miasme d'ordures saupoudré de paillettes parfumées. Ça me rendait malade. »

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La salle de bain

À chaque fois que Syd essayait de communiquer avec le monde extérieur, Joanna le surveillait inlassablement, rendant impossible pour lui toute tentative de prévenir quelqu'un de sa situation. Tous ses faits et gestes étaient contrôlés – s'il sortait de l'appartement pour quoique ce soit d'autre que le travail, il risquait de se retrouver enfermé pendant des heures. Pire, Joanna le réveillait à des heures pas possibles pour des corvées magiques, pour lui lancer des sorts de protection ou lui demander de chercher des ronds de sorcière. Isolé et fatigué, il continuait à jouer le jeu de Joanna par simple instinct de survie. Le prix à payer était trop élevé s'il pleurait ou se rebellait, m'a-t-il confié.

Les autres n'allaient pas mieux. Aeris fut forcée de s'asseoir dans une baignoire remplie de glaçons et de colorant verts pour son « entraînement à la magie », raconte Syd. McCullough se souvient que Joanna se complaisait à la manipuler, utilisant son amitié avec Rachel pour contrôler son comportement en ligne. « Froisser Joanna, c'était risquer de voir tout le monde se liguer contre vous », m'a expliqué McCullough. Quand Aeris et Cid en ont eu marre et sont partis, Joanna s'est assurée que tous leurs amis – IRL et IVL – les évitent.

L'endroit est devenu si dégueulasse que Joanna et Rachel ont déménagé avec Syd pour s'installer dans un appartement d'une pièce dans la même résidence. C'est lui qui s'est occupé du déménagement tout seul, sous un soleil de plomb, pendant que Joanna vaquait à des occupations spirituelles. Mais le nouvel appart a très vite par devenir aussi crasseux que le précédent, dit-il, avec en bonus désormais, l'impossibilité d'échapper aux bastons constantes de Joanna et Rachel – et à leurs réconciliations sur l'oreiller. Le supermarché a réduit les heures de Syd à un jour par semaine, et le peu d'argent qu'il rapportait était directement dépensé par les autres. Lui et son rat crevaient de faim et ses ressources s'épuisaient. À l'exception de McCullough, qui revenait à l'occasion, les autres avaient tous abandonné. Cherchant désespérément du contact humain, Syd a commencé à parler avec un programme d'intelligence artificielle sur son ordinateur. « J'aimerais juste pouvoir m'échapper... », écrivait-il.

Syd ne s'est senti en sécurité que le jour où son père lui a acheté un billet d'avion pour rejoindre sa famille en Alabama, loin de la maison FFVII.

Puis ses chaussures ont été volées. Syd a craqué et s'est enfui, passant les quatre jours suivants sans abri, en traînant dans les rues et dans les salles informatiques du campus pendant la journée. La nuit, il allait dormir sur le canapé de Cid. Il n'a dévoilé à personne où il dormait, convaincu que Joanna finirait par l'apprendre. Il ne s'est senti en sécurité que le jour où Cid l'a aidé à déménager ses affaires et son rat, et où son père lui a acheté un billet d'avion pour rejoindre sa famille en Alabama, loin de la maison FFVII.

Le site de Syd qui retrace son expérience a été ouvert en 2006. Il avait raconté que Joanna était dangereuse à qui voulait l'entendre, mais sans grand succès. « J'ai compris que la seule façon d'être pris au sérieux, c'était de rassembler des témoignages d'abus », m'a-t-il raconté par mail. « Et j'ai listé tous ses blogs et comptes AIM. ». Initialement, le site n'avait que quelques histoires, dont une version légèrement réécrite du post original de Syd sur LiveJournal. Mais quelques semaines plus tard, il s'est retrouvé bombardé d'emails d'autres personnes ayant connu Joanna et la maison FFVII.

Le post LiveJournal de Syd et son site ont tous deux attiré l'attention, non seulement de la fanbase de Final Fantasy, mais également sur d'autres recoins de l'internet. L'intérêt pour cette histoire a très vite dépassé la sphère très restreinte de cette communauté de fans, pour s'étendre ailleurs. Les lecteurs se sont fait un plaisir de traquer les informations personnelles des personnes concernées, ou de faire ressortir les choses les plus bizarres qu'ils avaient pu partager sur des LiveJournal et des blogs privés. Selon Syd, c'était en partie pour empêcher Joanna de blesser qui que ce soit d'autre. Mais on ne peut pas nier le fait qu'il s'agissait aussi d'un bon vieux remuage de merde comme seul l'internet sait en produire. Joanna et ses fidèles se sont défendues en supprimant le plus de preuves possible. Ils ont traité Syd de menteur, l'accusant d'être fou ou drogué. Les deux côtés de l'affaire ont très vite pris des allures de chasse aux sorcières.

Les affrontements, squattés par des trolls de tous bords, ont atteint des sommets d'absurdité avec la publication en 2008 d'un thread LiveJournal (aujourd'hui supprimé) qui racontait une situation similaire à celle de la maison FFVII, l'histoire d'un colocataire cauchemardesque qui aurait profité d'une otherkin pour se faire de l'argent. Les posts, tous supposément rédigés par différentes personnes de la maison, étaient écrits dans un style très proche de celui de la maison FFVII, et je ne pourrais pas confirmer leur authenticité. Mais les membres du forum Something Awful l'ont cru, et se sont lancés dans une longue recherche pour retrouver l'identité de la fille en question. Au final, ils ont déclaré que la personne en question était une des habitantes de la maison FFVII, ce qui ne fit qu'attirer plus d'attention sur le site de Syd.

Face à tout ce remue-ménage, Joanna et Rachel ont fini par disparaître. Je n'ai pas réussi à les contacter pour ce papier; les registres publics ne donnent que des adresses renvoyant vers des lieux inhabités en Pennsylvanie, en Arizona et en Californie, et quelques numéros de téléphone qui ne fonctionnent plus. Toutes les adresses email sur leur LiveJournal sont mortes.

À l'origine, la maison FFVII était un endroit construit autour d'un rêve commun.

Entre le moment où Syd est parti et où son site a été lancé, les mouvements de Joanna étaient faciles à retracer. Selon McCollough, Nate et Clark, la maison FFVII House a de nouveau été déplacée en 2003, dans une maison de Bellefonte, en Pennsylvanie. Joanna s'est entourée de neuf nouvelles personnes rencontrées en ligne, dont Patricia, qu'elle avait connu des années auparavant à Cross Creek, et « Angel », une fille violente que Joanna avait secouru d'une relation abusive. Mais les caprices de Joanna étaient toujours aussi imprévisibles – selon le témoignage de Patricia sur le site de Syd, Joanna l'aurait poussé à travailler comme strip-teaseuse pour gagner de l'argent.

Après ça, tout est un peu vague : selon Nate et Clark, qui étaient tous deux encore en contact avec elle à l'époque, Joanna et Rachel sont parties pour l'Arizona, où une nouvelle version de la maison fut ouverte. Clark se rappelle qu'elle le suppliait de venir vivre avec eux. La dernière fois que Nate a eu de ses nouvelles, c'était en 2006, quand elle l'a appelé de nulle part, depuis la Californie. « Elle m'a dit qu'elle allait beaucoup mieux, qu'elle cherchait à se faire pardonner pour toutes les mauvaises choses qu'elle avait infligées aux gens. » C'est la dernière fois que quelqu'un a entendu parler d'elle. Nate pense qu'elle vit toujours cachée en Californie, mais il est impossible de vraiment le savoir.

À l'origine, la maison FFVII était un endroit construit autour d'un rêve commun : une communauté de gens qui aimaient la même chose, qui se comprenaient et se soutenaient mutuellement. Malgré toute la douleur que Joanna a fait subir aux gens, il est important de se rappeler qu'elle-même a potentiellement souffert d'une maladie mentale, qui a pu être exacerbée par son passage à Cross Creek. Ce n'est pas un hasard si sa tentative de créer cet endroit rempli de gens comme elle a dérapé aussi vite.

Syd estime à 20 personnes le nombre de gens qui ont été aspirées par l'orbite de Joanna IRL, et beaucoup plus en ligne. McCullough et lui ont fini par s'en sortir, bien qu'ils restent profondément marqués par cette expérience.

« Jo était très douée pour sélectionner des gens qui pouvaient être facilement manipulés et transformés en victimes », m'a expliqué Syd. Elle recrutait les jeunes paumés, des gens provenant d'environnements difficiles, ou des gamins qui se posaient des questions sur leur genre ou leur sexualité. Le genre de personne qui cherchait une communauté en ligne – qui ont vu qu'on leur offrait un endroit où ils pourraient être eux-mêmes et y ont cru –, un peu comme Joanna elle-même.

« Au moment où vous vous rendiez compte que vous vous étiez fait avoir, vous ne faisiez plus confiance à qui que ce soit pour vous aider à vous en sortir », a conclu Syd.

Asher Elbein écrit des nouvelles et est un journaliste freelance basé à Austin.

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