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Life

Pourquoi j'ai décidé d'arrêter de tailler des pipes

Si je continue d'apprécier l'art saphique du cunnilingus, je me suis jurée de ne plus jamais sucer quiconque de ma vie.

par Alison Stevenson
25 Mars 2015, 10:02am
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Photo via Wikimedia Commons

Je ne fais pas de fellations. C'est comme ça, point barre. Je sais que cette déclaration fera enrager à coup sur des tas d'hommes et de femmes qui considèrent la fellation comme un passage obligé dans toute relation sexuelle ou amoureuse. Je comprends tout à fait ça. Cependant, voilà le truc : je déteste ça. Je n'ai jamais aimé me fourrer un pénis dans la bouche.

Maintenant, avant que tu me signales à des activistes pro-pipe scandalisés, je veux préciser que cela ne signifie pas que je hais les pénis. Je ne pense pas qu'ils soient moches ou crados. Le pénis de base a un design lisse et plutôt pratique, que j'ai en très haute estime. Bien que j'aime mon vagin et tout ce qui le compose, j'ai souvent été jalouse du pénis et de sa prétendue liberté. Si tu essayes de parler à une bite de sécrétions quotidiennes, de règles, de l'équilibre de ton pH ou de frottis vaginaux, elle n'aura rien à te dire en retour. D'abord parce que c'est un pénis et que les pénis ne parlent pas, mais aussi parce qu'ils ne se soucient pas de ce genre de choses. En plus de ça, ils n'ont même pas besoin de PQ après avoir uriné. Chapeau à vous, pénis. Tout ce que je dis, c'est que je n'aime pas en avoir un dans la bouche, et que je ne veux pas me forcer à en avaler alors que ma main ou mon vagin peuvent très bien faire le boulot.

J'ai actuellement un homme dans ma vie avec lequel je ne sors pas officiellement, mais qui vient chez moi environ une fois par semaine pour me bouffer la chatte. Je ne lui donne rien de plus qu'une tape dans le dos pour le féliciter d'avoir fait du bon boulot. Certains pourraient trouver cet arrangement bizarre, mais ça me convient très bien comme ça. Je lui ai donné l'opportunité de lécher mon clito dès notre deuxième rendez-vous. Après l'avoir remercié pour m'avoir raccompagné du restaurant, je lui ai simplement demandé : « Ça te dirait de venir chez moi pour me lécher ? » Il a répondu avec enthousiasme. Je me suis assise sur son visage jusqu'à jouir, puis je lui ai dit qu'il pouvait rentrer chez lui. Nous avons maintenant ce petit arrangement depuis deux mois environ. Si vous vous demandez pourquoi nous n'avons pas de rapports plus approfondis, c'est parce que je me suis promise de ne pas me prendre de queue dans la chatte avant de m'engager dans une relation. Bien que ce type soit de toute évidence très généreux, l'alchimie n'est pas vraiment là.

Depuis que je l'ai rencontré, je me suis jurée de ne plus jamais sucer de nœuds de ma vie. Je me suis aussi fixée comme règle de ne pas m'impliquer de manière sérieuse avec un homme qui refuserait de me lécher. Même s'il a des mots de passe de comptes Netflix, je trouverais toujours la force de le quitter s'il n'est pas foutu de poser sa langue entre mes jambes. Suis-je égoïste ? Certainement, mais je m'en fous. En fait, je crois fermement que cet égoïsme m'appartient. Cet égoïsme découle de nombreuses années passées à rencontrer des hommes qui me léchaient une fois tous les 1 000 ans – et ceux qui le faisaient se foutaient de me faire jouir ou non.

La vraie nature du problème, c'est qu'il y a trop d'hétéros à penser que l'orgasme féminin vient de la pénétration. La seule chose qu'un homme a été capable de me donner via cette pratique est une MST. Je n'ai jamais été capable de jouir avec la seule pénétration, et je fais partie de la majorité : entre 50 et 75 pour cent des femmes ont besoin de stimulation clitoridienne pour arriver à l'orgasme. Une petite portion de femmes sont assez chanceuses pour avoir leur clitoris positionné près de leur vagin, ce qui leur permet de jouir avec seulement la pénétration. Malheureusement, bien que mon clitoris soit situé à distance raisonnable de mon vagin, il est toujours trop éloigné pour que je puisse jouir sans cunni. En d'autres mots, mon clitoris et mon vagin, c'est un peu comme l'Alaska et la Russie – ou comme la Corée du Sud et la Corée du Nord, si vous aimez les comparaisons plus joyeuses.

J'ai pleinement conscience que je pourrais me toucher quand je me fais baiser, mais je n'ai jamais été foutue d'y arriver. Pour atteindre l'orgasme, j'ai besoin de me concentrer. Je dois faire preuve de beaucoup d'attention si je veux que mon clitoris me donne le résultat que je souhaite. Ce niveau de concentration est difficile à obtenir alors qu'un mec me prend en même temps en me demandant si « j'aime ça ».

Bon, je sais que, si on ne m'a pas fait tant que ça de cunnis, c'est aussi de ma faute. J'étais une autre personne, à l'époque. Je n'osais pas demander ce que je voulais, parce que je craignais que ça me rende moins attractive. C'est quelque chose que de nombreuses femmes ressentent – il parait souvent plus important de satisfaire les désirs de son homme plutôt que les siens, ce dans le but de le « garder ». Même la plus entêtée, autonome et progressiste des femmes devient victime de cette façon de penser. Aujourd'hui, je suis finalement parvenue à me débarrasser de cette soumission sexuelle et je sais maintenant que je peux non seulement demander ce que je veux mais aussi refuser ce que je ne veux pas : les fellations.

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