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La grande marche du vagin

Des filles combattent les vulves parfaites dans le centre de Londres.

En décembre, le groupe d’action féministe britannique UK Feminista s’est rendu compte qu’un nombre grandissant de femmes payaient des docteurs pour se faire couper un bout de leur vagin. Bizarrement, elles n’ont pas trop apprécié, donc elles sont descendues dans le centre névralgique du mauvais traitement vaginal, aka Harley Street au centre de Londres, histoire de gueuler contre ces traitements contre-nature.

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Je sais très bien ce que vous devez penser. « Décembre, mais, c’était l’année dernière ?! » Vous avez bien raison. Désolé d’être à la bourre comme ça. Désolé aussi d'être bourré comme ça. Mais vous avez regardé l’état de vos poils pubiens récemment ? Parfois, certaines tâches prennent du temps. En tout cas, je me suis tout de suite senti à mon aise à la « Muff March », la « Manif’ de la foufoune », et ce, même si je n’ai pas de vagin. La foule était agréable et l’esprit d’unisson contagieux. Il y avait plein de propriétaires fières de représenter plein de types de foufounes différents.

Des femmes jeunes avec des foufounes jeunes.

Des femmes plus âgées avec des foufounes plus âgées.

On ne saura jamais si ce chien avait ou non une foufoune, mais ce qui est sûr, c’est qu’il avait envie de venir témoigner son soutien à la cause de la foufoune.

Des foufounes anticapitalistes. Moi non plus, je ne sais pas exactement ce que Karl Marx a à voir avec la chirurgie vaginale. Sans doute un quelconque rapport avec la lutte des classes.

Et voici les victimes, pile à l’heure pour leurs rendez-vous avec le Dr É. Gémonie et l’infirmière-en-chef Pat. Riarchie. Curieusement, elles ne semblaient pas trop apprécier les manifestations de solidarité féminine de la foule.

Bien évidemment, il y avait un homme en charge de faire éviter tout dérapage.

Mais, bien évidemment aussi, le mec a complètement oublié de faire son boulot.

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L’argument principal des membres de UK Feminista, c'est que l’industrie du porno, dans sa vision nihiliste de la toison pubienne, fout la pression aux femmes en leur demandant de copier ce que leurs copains voient quand ils cliquent par erreur sur une fenêtre lorsqu’ils se retrouvent seuls au lit le soir ou même à chaque fois qu’elles vont faire les courses. Elles ont essayé de l’illustrer en affichant des perruques sur leur entrejambe et en manifestant un engouement tout particulier pour Ray Charles (sur « Shake a Tail Feather », pas sur « Lonely Avenue »).

Les faiseurs de pancarte de UK Feminista n’allaient pas laisser les multiples opportunités de faire des jeux de mots que représentait une manifestation contre la découpe personnalisée du vagin. Jugez donc :

Après une conversation laborieuse avec deux ambassadrices du parti travailliste (sur comment interpréter la hausse de popularité de la chirurgie plastique chez les femmes émancipées, en faisant le lien socio-économique avec leurs exigences issue de la bourgeoisie en terme d’identité féminine contre culturelle à travers une révision trotskyste du marxisme), j’ai réussi à échapper à leurs tentatives de recrutement et suis allé parler longuement à Kat Baynard, fondatrice de UK Feminista.

Kat Baynard, fondatrice de UK Feminista

« Il s’agit de répondre à la culture du porno qui dit aux femmes que leur vagin n’est pas ce qu’il devrait être. Pas assez petit, pas assez doux, ces idées ont émergé en même temps que l’industrie pornographique et font maintenant partie de notre paysage culturel. Les actrices pornographiques n’ont pas de poils pubiens parce que les pornographes veulent voir des femmes qui ressemblent à de jeunes adolescentes. On montre beaucoup plus facilement les lèvres d’un vagin qu’avant ; cette attitude fait aujourd’hui partie d’une culture d'ensemble machiste, hypocrite et réductrice. Nous sommes ici pour protester contre ces publicités pour ce type d’opérations à Londres, publicités qui font passer la chirurgie comme une solution. Mais en réalité, les docteurs sont juste animés par l’idée de découper des corps humains – et faire de l'argent ! »

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Bon nombre de sources fiables ont fait part de leur inquiétude quant au danger médical que représente l’industrie non-réglementée du découpage de clitoris. Il existe, bien sûr, des interventions, tels que la labiaplastie (réduction ou ablation des petites lèvres) et le rajeunissement du vagin, qui sont recommandées où même jugées nécessaires pour des raisons de santé. Cependant, si les motivations demeurent essentiellement esthétiques, il faut savoir que les risques que présentent ces interventions incluent saignement, mauvaise cicatrisation, infection ainsi que le désagrément de se faire découper la partie la plus intime du corps par des inconnus, sans oublier le stress de se demander ce que les docteurs font des petits bouts de lèvres qu’ils récupèrent.

Si Kat Baynard dit vrai – et je la suspecte, dans les grandes lignes, de dire vrai – alors je pense qu’il faut se poser la question suivante : est-il possible d'arrêter le porno ? J’ai bien peur que la réponse à cette question déprime les femmes de UK Feminista, mais qui suis-je pour pourrir leurs rêves d’un terrain de jeu sexuel frais, neuf et plus équilibré, un genre d’Eyes Wide Shut réel où tout le monde porterait des masques de Tony Benn et écouterait « Sexuality » de Billy Bragg ?

Exactement. Je ne suis personne. Donc j’imagine que pour le moment, on continuera de se battre contre les vagins sur mesure dans les rues de Londres.

VOIR AUSSI : UNE SPÉCIALISTE QUI A FAIT UN REPORTAGE SUR LA VAGINOPLASTIE