L’Histoire du djihadiste accusé d’avoir fomenté un attentat contre des naturistes depuis sa cellule

Ou comment le gérant de Toubib Burger a voulu faire sauter le Cap d'Agde.
Paul Douard
Paris, France
22.6.16

On a beau être une ordure de première main, il existe toujours des gens qu'on ne peut a priori pas attaquer. Soit parce qu'ils ont déjà une vie difficile – comme les handicapés ou les personnes âgées –, soit parce qu'ils sont tout simplement inoffensifs, comme les naturistes. La morale, l'éthique et l'intelligence servent de rempart à ce genre d'idées. Vouloir s'attaquer aux naturistes, c'est aussi pertinent que vouloir s'attaquer à un refuge de chiots Golden Retriever. C'est infaisable déjà, mais c'est surtout impensable. C'est pourtant ce qui aurait pu arriver en fin de semaine dernière dans le sud de la France.

Vendredi 17 juin, Alain C., un homme condamné pour apologie du terrorisme, a été condamné à six mois de prison supplémentaires pour avoir fomenté depuis sa cellule un attentat contre un camp de vacances de naturistes dans les environs du célèbre Cap d'Agde. Les accusations ont été rapportées aux autorités de la prison par d'autres détenus au moment où Alain C. s'apprêtait à sortir. Pour une raison qu'il a eu du mal à défendre devant le juge, puisque le Midi Libre rapporte qu'il aurait simplement avancé « ne pas aimer les culs nus ».

Comme la plupart des mecs capables de balancer des arguments aussi convaincants, l'apprenti terroriste n'en est pas à son premier coup de génie. Car si cet homme se trouvait déjà derrière les barreaux au moment d'échafauder son plan, c'est parce qu'il avait eu la brillante idée, quelques mois plus, tôt de se lancer dans la restauration rapide afin d'y servir des burgers nommés « Kalash » ou encore « Grenade ». Son restaurant s'appelle par ailleurs Toubib Burger, et il a reçu quelques bons commentaires sur Trip Advisor, dont l'un commençait par la mention « une très bonne surprise ».

Étrangement, Alain C. a eu beaucoup de mal à défendre ses motivations à la barre du tribunal de Béziers, où il a été condamné l'année dernière. En ce qui concerne l'alourdissement de sa peine, Le Midi Libre rapporte que ce sont des codétenus qui auraient sonné l'alarme. Ces derniers n'en pouvaient plus d'entendre Alain C. proférer des appels à la prière jugés « trop bruyants » et de se faire le prosélyte zélé d'un islam radical. Outre son animosité envers les culs nus, Alain C. est en effet qu'il aurait été balancé par un codétenu « juif », lequel selon lui, « dénonce les gens afin d'obtenir des transferts ».

Même si un acte terroriste demeure compliqué à comprendre, même aujourd'hui, ce dernier l'est encore plus au vu de l'historique des attaques récentes, de leurs natures et de leurs objectifs.

Traditionnellement, le terrorisme s'attaque aux grands symboles du monde occidental qu'il cherche à annihiler. Le capitalisme avec le World Trade Center, la présence militaire avec le Pentagone ou encore la musique et le concept de fête avec le Bataclan. Plus récemment, l'attaque d'Orlando a désigné une nouvelle cible, à savoir la communauté LGBT, elle aussi emblème d'une société « moderne » ayant évolué pour la liberté de chacun. Briser un symbole de notre société est une image forte qui veut nous mettre dans le crâne que notre monde n'est finalement qu'un château de carte prêt à s'écrouler.

C'est une manière – malheureusement – assez intelligente d'envisager l'effort de guerre. Plutôt que de tuer des soldats, on enlève la Reine et on tue le Prince. C'est d'ailleurs pour cette raison que les attentats sont souvent des plans complexes préparés des mois, voire des années à l'avance. D'où ma question : que viennent foutre les naturistes là-dedans ?

Quelques mois plus tôt, l'homme avait eu la brillante idée de se lancer dans la restauration rapide afin d'y servir des burgers nommés « Kalash » ou « Grenade ».

Les naturistes sont des gens plutôt sympathiques et ouverts d'esprit. Leur truc, c'est de se balader le long de la plage la queue au vent, et parfois pratiquer le sexe en groupe sur le haut d'une dune dominant la mer. Dans leur gang, toutes les orientations politiques coexistent. Ils n'ont aucune revendication religieuse. Ils n'ont aucune couleur ou nationalité. Ils aiment juste ça. Ils sont comme les mecs qui trouvent agréable de porter un pantacourt l'été. Il y en a partout dans le monde et certains d'entre nous ne les comprennent pas – moi, notamment. Mais ils n'en ont rien à secouer car évidemment, ils ont le droit de le faire.

Au lieu d'hommes politiques, de pédophiles, de banques, de militaires, de policiers et de tous ceux qui représentent à leur humble niveau la puissance occidentale – parfois bien malgré eux –, un mec écroué dans une cellule aurait menacé des gens à poil au bord de la mer afin de déclarer sa guerre à la France. Car c'est une façon très personnelle d'envisager le truc.

De fait, il est tout de même compliqué d'imaginer le naturisme comme un quelconque symbole de notre société. D'une part être nu dans la rue est un délit, d'autre part ce n'est pas le délire de tout le monde, surtout dans les villes. En fait, c'est le délire de seulement 500 000 Français, soit moins d'un pourcent de la population. Aussi, selon Droits-Finances.com, seuls 13 % des Français se diraient plutôt pour l'idée de se baigner à poil, ce qui signifie qu'environ 87 % ne sont pas du tout intéressés par le truc.

Pour l'heure en tout cas, les naturistes du Cap d'Agde vont bien, et on espère qu'ils continueront longtemps à profiter du soleil et de la dépossession matérielle. Quant au terroriste, il retourne donc en prison où il pourra échafauder un nouveau plan. Quoique pas sûr, puisque comme l'a expliqué son avocat Me Luc Abratckiewick au juge : « Je vous demande d'aller à la relaxe car mon client n'est rien d'autre qu'une grande gueule. »

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