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Culture

Barbe taillée et col en V : dans ma vie de YouTubeur beauté

Le Français Winslegue parle tous les jours à ses 23 000 abonnés d'épilation et de crèmes hydratantes.

par Alexis Denous
17 Juin 2016, 5:00am

Winslegue, tout sourire, en train de s'épiler les sourcils. Toutes les photos sont de l'auteur.

Les vidéos beauté et leurs productrices pullulent sur YouTube. Souvent, on voit ces dernières cuisiner des brownies qui explosent, porter des masques pour le visage ultra-décapants ou organiser devant leurs millions d'abonnés des tutoriaux make-up vaguement inspirés des nuanciers Bricorama. L'essaim semble aussi diversifié qu'il y a de Youtubeuses, quoiqu'un leitmotiv soit commun à toutes ces chaînes : elles sont faites par des femmes, pour des femmes. En réponse, le Français Winslegue a créé sa chaîne beauté spécialement pour les hommes.

Sa chaîne s'appelle sobrement Winslegue. Il l'a lancée en 2014, année où le nombre de lecteurs de GQ se faisant pousser la barbe a explosé, et où les médias internationaux ont le plus utilisé le terme hipster. Winslegue, alors 34 ans et très pointilleux quant à son allure, ne s'y est pas trompé ; il a intitulé sa première vidéo « comment bien tailler sa barbe », qui a immédiatement cartonné. À la suite de celle-ci, Winslegue a choisi de distiller ses précieux conseils – dépassant le simple cadre de la pilosité faciale – avec une deuxième vidéo, sur le blanchiment des dents. Repéré par la production de l'émission C'est mon choix , il est intervenu en plateau au sujet de « la barbe » en tant que phénomène de société. À partir de là, il a diversifié le contenu de sa chaîne et le nombre de ses abonnés a décollé.

L'année 2016 a démarré en beauté pour Winslegue. Il a dépassé la barre des 20 000 abonnés – il en compte aujourd'hui 23 000 – et trois mois plus tard, il s'est vu offrir un poste de community manager auprès d'une grande enseigne de meubles. Aussi, L'Oréal et YouTube l'ont contacté afin d'intégrer la « Beauty Academy », école chapeautée par les deux mastodontes en vue de former les « futurs talents de la plateforme vidéo ».

Je lui ai donné rendez-vous au Havre, en Normandie, afin de discuter avec lui d'épilation, de blanchiment des dents, et d'autres trucs.

VICE : Quelle serait ta définition de la masculinité ?
Winslegue :
Pour moi, c'est quelqu'un qui se sent bien dans sa peau. S'il a besoin de prendre soin de lui, de s'épiler les sourcils ou le torse pour se sentir à l'aise, il le fait. Quelqu'un qui a le courage de s'assumer, donc.

On distingue dans tes vidéos un certain professionnalisme au niveau du montage, de la prise de son et de la vidéo. Tu y consacres du temps ?
Oui : je réalise des vidéos depuis mes 16 ou 17 ans. J'ai commencé par des montages de jeux vidéo à l'époque où je jouais à World Of Warcraft. La passion beauté est venue plus tard, après la rupture avec ma première copine à l'âge de 24 ans.

Je vois. Comment ce changement s'est-il opéré ?
Eh bien après cette rupture, j'avais perdu confiance en moi et je m'enfermais dans les jeux vidéo. Puis un jour, en regardant des photos de famille de moi en maillot de bain à la piscine, j'ai vu un type mal dans sa peau avec un épais mono-sourcil et des kilos en trop. J'ai eu un déclic – comme une grosse baffe et j'ai décidé de me prendre en main pour me sentir bien dans ma peau et reprendre le contrôle de ma vie.

Comment en es-tu venu à faire des vidéos beauté ?
C'est un peu par accident. Fin 2014, j'ai organisé une soirée déguisée pour mon anniversaire sur le thème « hippie ». Du coup j'ai laissé pousser ma barbe pour l'occasion et je l'ai bichonnée. J'ai eu beaucoup de remarques positives du genre « Tu vas chez quel barbier ? », « Tu mets quoi dans ta barbe ? » Du coup j'ai décidé d'expliquer mes techniques en vidéo.

On connaît le succès des YouTubeuses – le tien t'a-t-il surpris ?
Oui, même s'il est très relatif. Je ne pensais pas qu'une vidéo sur la taille de la barbe serait autant consultée, avec autant de commentaires positifs et que des gens s'abonneraient à ma chaîne pour avoir d'autres conseils.Il existait une véritable attente du côté des hommes. Ils aiment prendre soin d'eux mais manquaient de connaissances. D'ailleurs, je reçois énormément de remerciements en commentaires dans mes vidéos.

Tu es à l'avant-garde d'un nouveau genre de vidéo. Cette opportunité n'a-t-elle pas encore amplifié ta passion pour les soins beauté ?
Non. Je prenais déjà soin de moi avant les vidéos. Je n'en vis pas, j'ai un travail à temps plein. Je fais mes vidéos à côté parce que j'adore ça.Si vous cherchez des conseils beauté féminin sur YouTube vous pouvez passer votre année entière à consulter des vidéos. En revanche pour la beauté masculine c'est vrai que le tour est vite fait. Les marques ne se sont pas jetées sur moi, mais une fois le cap des 10 000 abonnés, j'ai commencé à recevoir des demandes de partenariats, en effet. Et des demandes de tests produits toutes les semaines.

Parlons de ta passion pour la beauté ; tu passes du temps à la salle de bains le matin ?
Une session express dure 20 minutes. Mais quand je fais tous mes soins, taille de barbe incluse, je peux passer facilement plus d'une heure dans la salle de bains. Ma copine le vit très bien : elle aime que je prenne soin de moi. J'ai définitivement rangé feu mon mono-sourcil au placard. C'est le truc à bannir, surtout en 1080p, et j'y encourage tous les hommes qui n'osent pas s'épiler à franchir le pas.

Beaucoup de femmes luttent contre les critères de beauté imposés par le cinéma, les marques de beauté, etc. Ne penses-tu pas que tu participes involontairement à cela – mais du côté de l'homme ?
Non. La beauté entre guillemets que je souhaite transmettre par mes vidéos, c'est celle associée au bien-être. Alors oui, la beauté a pris une place excessivement importante – ne serait-ce qu'avec les réseaux sociaux, où tu es constamment jugé. Je comprends très bien les hommes qui ne le font pas ou qu'ils n'en ressentent pas le besoin. C'est une question d'envie. Une envie qui ne doit pas être freinée par des critères extérieurs aux siens.

Globalement, comment vis-tu ce rôle de « conseiller » ?

Très bien. Je pense qu'il faut en avoir pour oser parler de sujets tabous ou sensibles, tester l'épilation des sourcils en institut et poster ça en vidéo sur internet. Mes abonnés prennent ça avec humour. Je parle de beauté de manière totalement décomplexée. Et puis, j'ai 34 ans – je ne suis plus un minot non plus.