
Richard Tourisseau: Faut arrêter avec Alzheimer, ça devient une obsession. Quand une personne de moins de cinquante ans prend son chien pour une lampe de chevet, on est en présence d'un Alzheimer. Mais quand on m'amène une grand-mère de 80 ans en me disant qu'elle est Alzheimer, moi je dirais plutôt que Mamie, elle est gâteuse. Comment ça? Alzheimer, c'est un syndrome de la sénilité précoce. J'insiste sur le mot «précoce». Alzheimer a découvert ce syndrome en 1906, sur une patiente de 51 ans. On en n'a pas entendu parler pendant 80 ans et depuis les années 90, tout le monde devient soit-disant Alzheimer parce que ça rassure les familles. Les gens préfèrent croire que leurs parents souffrent d'une maladie plutôt que d'accepter la déchéance qui accompagne la vieillesse. Ils s'entendent bien entre eux vos vieux? Franchement, non. Vous savez, la plupart n'ont pas choisi de finir ici. Ils arrivent chez nous à la suite d'une maladie ou du décès de leur conjoint. On ne peut pas mettre un grand gaillard de 60 ans qui perd un peu la boule au même étage qu'une petite dame de 80 ans en fauteuil roulant, parce qu'il risque de lui faire peur. C'est pour ça que j'ai créé plusieurs niveaux. Un pour les lucides valides, un pour les grabataires lucides, un pour les désorientés déambulant. C'est ce que j'appelle ma politique des ghettos.
