reportage

Identitaires comme cochons

Les militants d'extrême droite de la ville ouvrière d'Hayange « défendent la France » en mangeant du porc.

par Vincent Jarousseau
08 Octobre 2015, 5:00am

Toutes les photos sont de Vincent Jarousseau/ Hans Lucas

Début septembre, je me suis rendu à Hayange, en Moselle – vous savez, cette petite ville minière qui s'était offerte aux mains d'un maire Front National 18 mois auparavant. Ce n'était pas la première fois. Depuis un an, je m'intéresse tout particulièrement à ses habitants, curieux de comprendre pourquoi et comment cette ville ouvrière, jusqu'alors ancrée à gauche, a basculé vers l'extrême droite.

Hayange fait beaucoup parler. Parmi la douzaine de villes dirigées par un maire FN, on a un peu l'impression que c'est le caillou dans la chaussure du Front National. Après 18 mois à la tête de la Mairie, les sujets de discussion portent plus sur les polémiques et dissensions internes plutôt que sur l'avenir de la ville. Le maire, Fabien Engelmann, a déjà dégagé deux premiers adjoints, et sa majorité a fondu comme neige au soleil.

Le maire Fabien Engelmann serre la main à un boucher

Parmi les sujets qui font polémique, il y a la fête du cochon. Après tout, on peut penser qu'il n'y a rien d'extraordinaire à célébrer la charcutaille et les traditions gastronomiques. D'ailleurs, de nombreux hayangeois apprécient cette fête populaire. Mais venant d'un maire issu des rangs de Riposte Laïque, une organisation à la connotation identitaire affirmée, une telle manifestation constitue nécessairement un marqueur idéologique qui n'est pas neutre. Dans son discours, Fabien Engelmann dénonce l'identité française mise à mal, « floutée jour après jour», qu'il estime qu'on peut sauver en mangeant du cochon. « En France, nous festoyons comme les Français ». Les mots « identité », « Français », « tradition » et « coutume », reviennent en boucle. Le public applaudit et finit par entonner une Marseillaise avec entrain.

Après les discours, la fête reprend ses droits, le maire serre des mains, embrasse les dames, des enfants s'amusent sur le trampoline, des femmes dansent le Madison, des hommes boivent un coup – bref, une ambiance populaire et familiale. Attirant les regards des familles, une bonne de trentaine de skinheads – identifiables à leurs crânes rasés, leurs bombers de marque Lonsdale, leurs treillis militaires dans des rangers noires et leurs bretelles – engloutissent charcuteries et bières. La plupart arborent des tee-shirt de l'Œuvre française ou de Lorraine Nationaliste. Ils s'identifient comme des nationaux-révolutionnaires, héritiers de Pétain. « On est pas venus pour soutenir le FN, dirigé à 90 % par des juifs, mais parce que la fête du cochon, ça nous tient à coeur ». Tout est dit.

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