Avec le gang le mieux sapé d’Australie

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Avec le gang le mieux sapé d’Australie

Mon temps passé avec les Sharpies, sorte d'équivalent australien des skinheads.
12.8.15

Les sharpies, ou sharps, font partie d'un gang australien branché dont le style vestimentaire a commencé à se répandre dans les années 1960. À l'époque, les adolescents de la classe ouvrière de Melbourne – et, dans une moindre mesure, de Sydney – étaient fascinés par les voitures, les tatouages, la baston et le code vestimentaire « sharp ». Alors que le style très américain des clubs de motards évoluait avec des vestes en cuir, les sharpies australiens se définissaient par des tops Conny, des jeans Staggers et des chaussures à talons ciselés. Mais à l'instar des bikers, les sharpies pouvaient se montrer aussi loyaux que violents.

Nick Tolewski faisait partie de ce gang de types bien sapés. Dans les années 1970, alors qu'il était encore adolescent, lui et ses amis ont commencé à prendre des photos des Thomastown Sharps, l'un des plus grands groupes de sharpies de Melbourne. Il y a quelques années, Tolewski auto-publiait quelques photos de cette période dans un livre intitulé Once Were Sharps. Alors qu'il travaille sur son deuxième livre, j'ai discuté avec lui de son temps passé avec les Sharps.

VICE: Salut Nick. Comment c'était de grandir avec ces gars-là ?
Nick Tolewski : Beaucoup de ces types vivaient dans la même rue. Quand j'étais jeune, je les croisais au flipper du quartier, au roller disco de Settlement Road, à la piscine ou au parc Main Street Recreation Reserve. Mais c'est mon amour des pigeons qui m'a permis d'apprendre à les connaître. Quand j'avais cinq ans, j'élevais des pigeons, ce qui était aussi le cas de nombreux membres des Thomastown Sharps. Du coup, on se rendait souvent visite pour comparer nos oiseaux. Le truc, c'est que j'avais huit ans de moins qu'eux. J'étais un peu leur mascotte. Quand j'ai eu 13 ans, j'ai commencé la boxe avec Squirt, qui avait le même âge que moi – son frère était le leader des Thomastown Sharps.

Apparemment, les sharpies sont les équivalents australiens des skinheads. Est-ce qu'ils étaient racistes ?
Non, pas du tout. Les Thomastown Sharps étaient tous de nationalités différentes. On y croisait toutes sortes de religions et de races... c'était très mixte. Un grand nombre de groupes ethniques était à Thomastown depuis 20 ans. Le reste de la ville a toujours dépendu du flux de migrants qui est arrivé entre les années 1950 et 1960, mais Thomastown préservait une certaine harmonie raciale.

Est-ce qu'ils étaient violents ?
Oui. Les Thomastown Sharps avaient cinq grands noms : Big Louie, Blacky, Mitcho, Big Ears et Wayne. C'était tous des gros bras et ils participaient à beaucoup de bagarres, mais Big Louie était de toute évidence le plus robuste d'entre eux. Il n'avait peur de personne. Il a passé pas mal de temps dans la prison de Pentridge avec un autre membre du gang, Chopper Read.

Il y a beaucoup de tatouages sur ces photos. Tu peux m'en dire plus sur leur signification ?
Leurs tatouages devaient vraiment avoir un sens. Certains se sont fait tatouer les noms des principaux membres du gang. C'était une sorte de badge d'honneur, qui signifiait plus ou moins que vous vous fichiez complètement de l'opinion des autres. Comme ils ne pouvaient pas tous se permettre les services d'un tatoueur professionnel, ils ont bricolé une sorte de pistolet à tatouage avec un stylo à encre, un fil de fer et un petit moteur. Snatch avait tatoué « fuck off » sur la lèvre de Pee Wee. Beaucoup de sharps se faisaient également tatouer des merles bleus ou la Panthère Rose.

Il n'y a pas beaucoup de filles sur ces photos. Ils n'avaient pas de copines ?
En effet, il n'y avait pas beaucoup de filles à Thomastown, mais certaines d'entre elles suivaient les différents gangs de sharpies. C'était des mecs qui aimaient se démerder seuls. Personne ne leur accordait la moindre faveur, simplement parce qu'ils n'en avaient pas besoin. Mais beaucoup d'entre eux avaient des petites amies. Snatch en avait même plusieurs. Il était considéré comme le coureur de jupons des Thomastown Sharps.

Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
Au début des années 1980, ils se sont procuré des flingues. C'est là que les emmerdes ont vraiment commencé – ils se sont aussi mis à se défoncer à l'héroïne, et tout a changé.

Qu'est-ce qu'ils font aujourd'hui ?
L'un d'eux travaille au conseil local de Whittlesea, un autre est professeur à Daylesford. Beaucoup d'entre eux sont devenus carrossiers, aussi. Mais la majorité d'entre eux ne travaillent pas. Beaucoup d'entre eux sont morts d'une overdose ou d'un accident de la route.

Que penses-tu des gangs d'aujourd'hui ?
Pas grand-chose. Ils font preuve de trop de violence, il y a trop de bavures, trop de meurtres. Les Lebanese Tigers et les Black Dragons faisaient du karaté – à l'époque, on se contentait de se battre avec nos poings. Aujourd'hui, les gangs prennent toutes sortes de drogues et les mecs deviennent complètement fous. Ça ne présage rien de bon.

Qu'est-ce que vous aimiez tant chez les sharpies ?
Leur dégaine. Leurs coiffures, leurs tatouages, leurs habits, la manière dont ils ont évolué en tant que gang. C'était des gros durs, en réalité. Quand on est un gamin, issu de la classe ouvrière, on admire des mecs comme ça. Ils m'ont donné un sentiment d'appartenance et un vrai but.

Interview : Dan Nulley. Suivez le sur Twitter.