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Québec n’a pas d’idée combien d’autochtones habitent en milieu urbain

Le gouvernement Couillard constate toutefois qu'ils augmentent en nombre et annonce 8,9 millions en subventions pour leur venir en aide.
Centre d'amitié autochtone de Montréal (Photo : Wikimedia/Jeangagnon)

Je me suis rendue lundi au Centre d'amitié autochtone de Montréal, où le gouvernement provincial a annoncé un investissement de 8,9 millions de dollars sur 5 ans pour venir en aide aux autochtones qui ont quitté leurs réserves pour la ville.

En chemin, j'ai croisé comme à presque tous les matins une poignée de sans-abris autochtones qui titubaient quelque part entre la piste cyclable et la rue Notre-Dame. Une sorte de rappel matinal de tout le chemin qu'il reste à parcourir dans la métropole.

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Je suis arrivée un peu à l'avance au Centre, rue Saint-Laurent, alors que le lieu n'était pas encore investi de journalistes. Un autochtone s'est arrêté brièvement devant le pupitre de conférence flanqué d'un drapeau du Québec, le temps de se signer d'une croix, de s'incliner et de disparaître sans souffler mot. Reste à voir si ses prières seront exaucées.

Plus d'autochtones, plus de besoins

Le gouvernement du Québec offre aux organismes communautaires une enveloppe de 5M $ pour l'amélioration des services destinés aux autochtones en situation de vulnérabilité et pour le développement des projets culturels. Une seconde enveloppe de 3,9M $ est destinée au renouvellement des infrastructures de ces organismes. Ces investissements s'ajoutent aux sommes prévues dans le budget provincial de mars dernier; on vient donc de doubler les fonds destinés aux groupes communautaires.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, estime qu'environ 40 000 autochtones ont quitté une réserve pour s'établir dans les villes québécoises, ce qui peut représenter de grands défis pour les déracinés qui ne savent pas où aller chercher de l'aide, et qui vivent à la dure le choc des cultures. La population autochtone urbaine est en augmentation, assure le ministre, tout comme le nombre d'itinérants autochtones, ce qui se traduit par des besoins de plus en plus importants.

Un portrait nébuleux

Le chiffre avancé par le ministre ne demeure qu'une approximation, puisqu'il est impossible de s'appuyer sur des données récentes. Pour la proportion d'autochtones établis à Montréal, la conseillère municipale Monique Vallée n'a pu citer que les chiffres qui datent de 10 ans. Personne, pas même les intervenants sur le terrain, n'a de portrait complet de la situation actuelle.

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, ne se laisse pas abattre par ce constat. « Les personnes-ressources au ministère jasent beaucoup avec les organismes communautaires, […] et ils le constatent de visou sur le terrain qu'il y a une augmentation d'une clientèle autochtone. On a peut-être pas le chiffre exact, […] mais on n'annonce pas ça pour fun. S'ils disent qu'ils ont besoin de services, ça ne tombe pas du ciel. »

Dans ce cas, est-il possible de juger d'un « coup de visou » si les investissements gouvernementaux sont suffisants, lorsque l'ampleur de la situation et des problèmes qui y sont associés demeurent imprécis?

Sans dire que 9M $, ce n'est pas suffisant, le ministre Geoffrey est conscient du travail qui reste à faire. « Si on nous donnait un plus gros montant, pourrait-on l'utiliser? La réponse est oui. »