Dans l'étrange boulangerie-musée de la Seconde guerre mondiale
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Dans l'étrange boulangerie-musée de la Seconde guerre mondiale

Sonneman est le seul endroit sur Terre où l'on peut simultanément acheter du pain de campagne et observer des reliques de l'Allemagne nazie.
8.11.16

Mathieu Sonnemans et son fils, Rolf, face à leur boulangerie.

Cet article a été initialement publié sur VICE Pays-Bas.

Sonnemans est une petite boulangerie située dans la ville d'Haamstede, aux Pays-Bas. Il s'agit très probablement du seul endroit sur Terre où il est à la fois possible d'acheter du pain et d'observer des casques de la Seconde Guerre mondiale. Mais ce concept n'est pas si surprenant si on prend en considération le fait que son propriétaire, Mathieu Sonnemans, est un boulanger qui collectionne des objets liés au nazisme et à la Seconde Guerre mondiale.

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Les objets que Sonnemans collectionne et expose dans sa boulangerie sont surtout liés au mur de l'Atlantique – des fortifications côtières construire par les nazis pour éviter toute invasion des Alliés. Ce mur s'étendait le long des côtes de l'Europe continentale et de la Scandinavie, dont une partie était située dans la ville où se trouve la boulangerie de Sonnemans. La plupart des reliques ont été déterrées par le boulanger, qui a fouillé plusieurs bunkers et forêts de la ville. Il a acquis le reste de ses objets grâce au bouche-à-oreille.

Sonnemans n'est pas un sympathisant nazi – il déclare être simplement fasciné par la Seconde Guerre mondiale. « Quand j'avais 13 ans, ma famille a déménagé en Zélande. Peu de temps après, je suis tombé sur un bunker dans la forêt. Cette guerre m'a toujours énormément intrigué », m'a-t-il expliqué quand je lui ai rendu visite. « Le mur de l'Atlantique a eu un tel impact sur cette province qu'il est impossible d'y échapper quand on habite là-bas. »

L'intérieur de la boulangerie

L’album photo situé à gauche appartenait à un soldat allemand. Le livre était un cadeau de Noël offert par un autre soldat à l’un de ses confrères. « De nombreux Allemands sont toujours en possession des albums photo de famille qu’ils avaient pendant la guerre. Parfois, je laisse la fenêtre de ma voiture baissée avant de partir bosser. Quand je reviens du boulot, je remarque que des gens en ont profité pour me laisser leurs souvenirs. Certains Allemands ont encore très honte de ce qu’il s’est passé avant la guerre, et préfèrent se départir de tout ce qui leur y fait penser. »

Mathieu dans sa boulangerie

Mathieu possède plusieurs lampes qui étaient autrefois accrochées dans des bunkers, comme celle-ci.

« Ces passoires ont été fabriquées par Leen Verwest, un forgeron qui vivait dans le village – et qui est accessoirement le grand-père de DJ Tiësto. À l’origine, il s’agissait de casques allemands, qui ont été reconvertis en passeoires après la guerre. Qu’est-ce qu’on pouvait en faire, après tout ? »

Une caricature du parti national-socialiste néerlandais réalisée par Leen Jordaan. « Pendant la guerre, ces dessins étaient interdits et circulaient en secret », explique Mathieu.

La boulangerie

« Un jour, j’ai trouvé un moule datant de la guerre, et il y avait encore un peu de pain à l’intérieur. C’était du pain de seigle, et il était encore consommable. Bien entendu, j’ai essayé – et comme ce bout de pain avait 75 ans, il était dur comme la pierre. » Le pain qui figure sur cette image était surnommé « pain de bunker » et fréquemment consommé par les soldats allemands.

À gauche : Le moteur d'un avion de chasse anglais. À droite : Un réchaud trouvé dans un bunker.

« Je ne suis pas sûr de la provenance de cette moto, mais elle est très probablement allemande. Ça fait tellement longtemps qu’elle est ici qu’elle fait partie du paysage. »

Une mine marine reconvertie en jardinière.

À gauche : Des toilettes sur lesquelles on peut lire « Nur für Arier » (« Réservé aux Aryens ») transformées en poubelle. À droite : Un vélo utilisé par des Allemands pendant la guerre.

« Ce sont des copies de plans utilisés par les Allemands. Ils indiquaient les endroits où se trouvaient les mines, les soldats pourvus de mitraillettes, les bunkers – et le nombre de gens qui s’y trouvaient », détaille Sonnemans. Les plans originaux ont été trouvés dans un poulailler, non loin de la ville.

Une boîte à fusibles de 1939, utilisée par les Allemands pendant la guerre.

« C’est un instrument très cher qui permettait aux Allemands de calculer leur distance de tierre. Après la guerre, le forgeron Leen Verwest [toujours le grand-père de DJ Tiësto, donc] l’a transformé en balayette. »