Mike Schreiber est le plus grand photographe rap vivant

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Mike Schreiber est le plus grand photographe rap vivant

Une immense collection de cailleras en baggy brillant
13.7.12

L'appareil photo de Mike Schreiber est magique : chaque putain de MC inconnu qu'il immortalise devient automatiquement une star du rap game. Son travail est truffé de clichés de rappeurs pris juste avant que leur carrière ne décolle. Il a photographié presque tous les mecs les plus importants des quinze dernières années, de 50 Cent à ODB : tous ont finis figés dans les portraits en noir et blanc de Mike. Depuis le milieu des années 1990, ses photos couvrent les pages de toutes les publications majeures de la presse rap, de The  Source à Vibe. En 2010, il a publié l'incroyable photobook True Hip-Hop, dans lequel on retrouve plein d'images mortelles et les milliards d'anecdotes qu'il a compilées tout au long de sa carrière.

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Mike prépare actuellement le vernissage de son livre au powerHouse Arena de Brooklyn, où il dévoilera une trentaine de ses photos préférées, avec Nas, Mos Def et tous les mecs importants du rap d'avant et d'aujourd'hui. Avant cet événement, je lui ai posé quelques questions à propos de son travail, de son amour pour la photographie et de la fois où il a humilié les potes de DMX.

VICE : Tu te souviens de la première fois où tu t'es servi d'un appareil photo ?

Mike Schreiber : Mon grand-père et ma mère prenaient des photos tout le temps. Même mon père était dans la photo quand il était jeune. Plus vieux, il a eu une chambre noire mais il ne l'utilisait jamais. Je ne me rappelle pas de moi sans appareil à proximité, même si c'était un Polaroid pourri ou un jetable. J'adorais surprendre les gens en les prenant en photo. Je me revois en train de me cacher dans la salle de bains, blotti derrière la porte en attendant que ma mère ait envie de prendre un bain, puis je surgissais de nulle part pour la prendre en photo – je devais avoir 5 ans.

Tu as dû découvrir le hip-hop à ce moment-là.

C'est venu plus tard. J'avais dans les 10, 11 ans. Je viens de Long Island, je n'ai pas grandi en ville. On entendait parler de ça aux infos ou dans les films genre Beat Street et Breakin'. Je me souviens avoir supplié ma mère pour qu'elle m'achète une compilation de K-Tel Record. Je voulais ce truc parce qu'il y avait ce livret à l'intérieur où l'on pouvait apprendre le breakdance en 10 leçons.

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Et alors, t'es devenu bon ?

Je n'ai jamais vraiment appris. C'était l'époque où « Jam on It » passait partout à la radio.

C'était quoi ce « Jam on It »?

Merde. Tu ne connais pas « Jam on It » ? Putain, quel âge t'as ?

24 ans.

Ah, ah. Tu devrais connaître « Jam on It » !

Ça ressemblait à quoi ?

Eh bien, ça faisait « Doo, do, doo, do, doo, wiggy wiggy wiggy ».

OK, ça m'aide beaucoup.

Tu vas bientôt me demander qui était Biggie. Héhé.

Ton livre revient sur une grande partie de l'histoire du hip-hop. C'était ton but de capter la culture rap en te servant de la photographie ?

Je n'ai jamais prétendu être un « photographe hip-hop » et, aujourd'hui encore, je ne me considère pas comme tel. J'ai quitté l'université avec un diplôme en anthropologie. C'était juste histoire de me faire un peu de thunes, tu vois ?

OK. Pourquoi la photo, alors ?

Je travaillais dans une agence qui vendait des photos de célébrités. Je voyais ces photographes arriver avec leurs clichés pris lors de concerts et j'ai de suite eu le sentiment que c'était un truc plutôt cool à faire – plus cool que rester le cul assis derrière un bureau, en tout cas. J'ai appris les démarches à faire pour choper des accréditations en bossant là-bas. Je savais déjà qu'il suffisait d'envoyer un fax à l'attaché de presse en disant pour qui tu bossais ; je disais que je travaillais pour un magazine allemand. Ah, ah. Je savais qu'ils ne vérifiaient jamais.

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Quel genre de photos tu prenais ?

Pas seulement du rap, un peu de tout en fait. Je me souviens avoir pris en photo Lenny Kravitz en 1996. Mais d'autres photographes de la boîte dans laquelle je bossais ont commencé à se plaindre ; ils m'avaient « vu » à ces concerts et pensaient que j'allais vendre les images de mon côté. J'ai donc été viré et j'ai décidé que je ne voulais plus jamais d'un job du genre. J'ai commencé à me demander comment je pourrais vivre en prenant des photos.

Et le rap t'est revenu à l'esprit.

Les concerts étaient beaucoup plus accessibles à l'époque. Tu sympathisais avec les mecs qui bossaient dans les clubs, puis t'avais un accès illimité aux backstages. J'avais des exclusivités et je les vendais. J'ai gagné ma vie en faisant ça pendant deux ans. Si j'avais deux photos dans The Source et trois autres dans Vibe, c'était assez pour finir le mois, tu vois ? Les journalistes et les attachés de presse commençaient à me connaître. Je sautais sur toutes les opportunités, même les plus petites – cette photo de Mos Def, notamment.

Ah ouais. Parle-moi de celle-ci.

À l'époque, Source m'avait donné des consignes : pas de portrait. Mais, ensuite, ils m'ont demandé si je voulais prendre en photo Black Star en face de Nkiru Books,à Brooklyn. Je m'y suis pointé et personne n'était là. Kweli vivait au coin de la rue. Quand il a vu que Mos n'était pas là, il est reparti. J'ai attendu des heures et des heures pour les avoir tous les deux.

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Pourquoi tu n'as pas laissé tomber ?

Eh bien, je n'avais rien d'autre à faire. C'était aussi ma première grosse opportunité parce que personne ne m'avait jamais commissionné par le passé. Avant ça, je prenais juste des photos et, ensuite, j'essayais de les vendre. Il y a assez peu de clichés de Black Star datant de cette époque donc c'est plutôt une bonne chose d'avoir attendu qu'ils se montrent.

Tu peux me parler de la photo avec B.G. et Lil' Wayne ?

C'était en 1999 ou en 2000. Source m'avait envoyé sur la tournée Cash Money. Les Hot Boys faisaient les premières parties de Nelly. À l'époque, Juvenile marchait pas mal grâce à « Back that Azz Up » et B.G. venait de sortir « Bling Bling ». Ils étaient big à l'époque. J'étais avec eux pour deux, trois concerts dans des endroits genre Albany ou Pittsburg. Rien à voir avec Miami, quoi. Les groupies étaient un peu pourries.

Je vois, ouais. 

On s'est retrouvés backstage, avec Wayne. C'était avant le concert, je crois. Il était là à jouer avec son petit Motorola. Il avait 17 balais à tout casser.

Et donc, tu as surpris des groupies avec Wayne bébé et Juvenile ?

Moi ? Non !

T'as shooté d'autres rappeurs avant qu'ils ne deviennent mainstream ?

Oui, DMX. Je l'ai pris en photo à l'époque où « Where My Dogs At » venait de sortir. C'est l'un des premiers trucs que j'aie fait dans ce boulot. Je n'avais même pas de posemètre – d'ailleurs, je savais pas m'en servir à l'époque. Je n'avais pas d'assistant non plus ! Ils m'ont dit que j'avais droit à 15 minutes avec lui. C'était devant les bureaux de Def Jam à TriBeCa. Putain, il y avait plein de monde. X avait ramené la moitié de Yonkers avec lui.

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Ah, ah. Il y avait The Lox ?

Ils étaient là mais à l'époque, je ne savais même pas qui c'était. J'écoutais des tonnes de rap mais je n'avais pas le câble ; j'étais incapable de savoir à quoi ressemblaient les rappeurs. Je connaissais les morceaux sans connaître leurs visages.

Et donc, la séance s'est bien passée ?

Eh bien, tout le monde discutait, fumait et tout, et d'un coup j'entends le compte à rebours. Mes 15 minutes allaient se terminer et je n'avais toujours rien fait. Du coup, j'ai parlé super fort en disant : « OK ! Je veux que tout le monde aille de ce côté de la rue, sauf DMX ! » Tout à coup, plus personne ne parlait ; ces types étaient de vrais thugs. Ils me regardaient tous genre : « Quoi, qu'est-ce que tu me veux ? »

OK, t'as merdé.

Heureusement, DMX a dit : « Non, non. C'est cool ! Tout le monde se calme. » Ensuite, l'attaché de presse m'a dit : « Je n'avais jamais entendu quelqu'un leur parler comme ça. » Puis j'ai sympathisé avec DMX ; j'ai tracé avec lui toute la nuit.

Ah, ah. Merci Mike, on se voit au vernissage.

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