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Comme tout le monde, je déteste les foules. Le fait de me retrouver agglutiné avec mes semblables dans un espace trop réduit, alors que le monde a une superficie de 510 millions de kilomètres carrés, parait parfois simplement insensé. Mais comme tout le monde encore, je me retrouve régulièrement au beau milieu d’attroupements humains sans trop comprendre pourquoi je m’inflige à nouveau un tel supplice. Dans une rue commerçante trop étroite, dans le métro à l’heure de pointe, au musée, à la sortie d’un concert, d’un match de foot, du cinéma, du train, tout est bon pour chercher à fuir au maximum tout ce qui ressemble de près ou de loin à ces masses de corps chaotiques dans lesquelles toute individualité semble piétinée.Imaginez donc ma joie lorsque j’ai découvert qu’une étude avait récemment été menée au musée du Louvre pour y mesurer les flux de visiteurs et, à terme, en optimiser la circulation. Et cela, pas seulement pour les près de 9 millions de visiteurs annuels du Louvre, mais aussi pour les autres musées et lieux propices aux foules du monde entier.
L’analyse, établie par les deux chercheurs du Massachusetts Institute of Technology Yuji Yoshimura et Carlo Ratti, et Anne Krebs, chef du service Études et recherches du Louvre, s’est appuyée sur des données collectées en 2010 par des détecteurs de signaux Bluetooth provenant des téléphones portables des visiteurs. En tout, huit détecteurs avaient été placés à différents endroits de l’aile Denon, l’un des endroits les plus visités du musée qui abrite, entre autres, «La Joconde» de Léonard de Vinci, «L’Esclave mourant» de Michel-Ange ou la Grande Galerie. Les signaux ont permis de mesurer le temps passé par les visiteurs (équipés d’un appareil Bluetooth, soit seulement 8% d’entre eux, un chiffre tout de même représentatif, selon les chercheurs) dans chaque espace.L’analyse a conclu que les visiteurs passent apparemment beaucoup plus de temps à contempler la «Victoire de Samothrace» (19 minutes et trois secondes en moyenne), et à la billetterie (16 minutes et 29 secondes), que devant les autres lieux (3 minutes et 14 secondes). Il ne s’agirait toutefois pas de la superbe beauté de l’imposante sculpture grecque représentant la déesse Niké qui en fait l’œuvre la plus populaire de l’aile Denon, mais plutôt son emplacement. «La ‘Victoire de Samothrace’ […] est la pièce la plus attrayante du musée, avec l’énorme escalier qui se trouve en face. Par ailleurs, de nombreux visiteurs utilisent l’escalier en tant que siège improvisé pour se reposer pendant leur visite», expliquent les chercheurs.
Ce que vous verriez si vous étiez La Victoire de Samothrace.Parmi les autres conclusions de l’analyse, on y apprend que plus les visiteurs arrivent tôt au musée, plus ils y restent longtemps, mais aussi qu’une salle bondée attirera encore plus de monde qu’une salle peu fréquentée. Comme au restaurant, au final. L’étude nous indique également que, dans certains cas, le visiteur moyen possède un seuil limite quant au nombre de personnes présentes autour de lui. Ainsi, il passera en général moins de temps dans les pièces à très fortes affluences. «La forte densité d’autres visiteurs peut nuire au confort du visiteur, menant à un désir d’échapper à la foule”, indique l’étude. Ceci n’est toutefois pas valable pour la Grande Galerie, où les touristes prenant part à des visites guidées semblent se retrouver prisonniers de leur désir d’en savoir plus que les autres.Les auteurs de l’étude avancent que leurs données «suggèrent que le comportement du visiteur est basé sur certains modèles, qui permettent d’anticiper leurs dix prochains mouvements de façon dynamique», mais aussi qu’elles sont «très utiles pour concevoir la disposition spatiale, selon les activités des visiteurs et leur utilisation de l’espace».
Un jour de faible affluence.Imaginons un instant cette technologie adaptée à l’espace urbain. Il en résulterait sans aucun doute un monde parfait dans lequel les gens qui marchent vite n’auront plus jamais à tenter de savoir de quel côté ils doivent dépasser cette personne qui marche lentement en plein milieu du trottoir.Patrick Randall est sur Twitter.
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