Culture

Des étudiants en art ont créé un manteau/sac de couchage/tente pour les réfugiés syriens

Plus que quatre jours pour aider ce projet d'étudiants du Royal College of Art de Londres à se réaliser.

par Marie Fantozzi
15 Février 2016, 4:28pm

Image de Une : Anne Sophie Geay.

A défaut de résoudre la crise migratoire qui traverse l'Europe, des étudiants de la prestigieuse école d'art de Londres, le Royal College of Art, s'attaquent à une des problématiques que les réfugiés affrontent : les conditions de voyage et d'accueil dans lesquelles ils doivent survivre – dans les camps ou dans la rue. Froid, intempéries, humidité dans un couchage souvent précaire, voir inexistant… C'est avec ces directives en tête, sur une suggestion d'une marque de vêtements britannique,  que dix étudiants, âgés entre 22 et 26 ans,  des sections design d'intérieur et textiles, ont planché sur cette création à vocation humanitaire.

Complètement déplié, c'est un trapèze surmonté de deux cônes taillé dans du Tyvek, un matériau synthétique résistant, imperméable et isolant. Il résiste ainsi bien au vent qu'à la pluie, et offre l'avantage d'être léger. Il est garni d'une couche de Mylar, un tissu en polyester qui fait office d'isolant – couramment utilisé comme protection par les coureurs sportifs, il est aussi surnommé « couverture de l'espace ». Inspirée des origamis, son utilisation varie ensuite en fonction du pliage que l'on donne au tissu : un manteau à capuche ou un sac de couchage. Grâce à des tiges en plastique, il peut même se transformer en petite tente pour une personne pouvant être accompagnée d'un jeune enfant. A l'intérieur, des poches ont été cousues afin d'accueillir les documents et l'argent que les réfugiés tentent de conserver précieusement lors de leur périple ou pendant les jours, semaines, mois de galère à leur arrivée dans un pays de transit ou d'accueil.

Photo : Anne Sophie Geay

« J'ai donné comme instruction aux étudiants de penser à la façon dont un vêtement pourrait devenir une sorte d'abri pour la durée d'environ trois semaines qui s'écoule entre leur arrivée en Europe et l'admission dans un centre d'accueil. Nous nous sommes fixé trois objectifs principaux : utiliser des matériaux durables et abordables, produire le vêtement en masse sans difficulté, le distribuer rapidement et à un grand nombre d'associations humanitaires » explique Harriet Harriss, chargée du projet avec Graem Brooker, à Reuters.

Si l'accent s'est porté davantage sur l'utilité que sur la beauté du vêtement lui-même, l'idée est aussi de montrer que le stylisme et le design ne sont pas des industries vouées essentiellement à la production d'objets de luxe : « Le stylisme doit s'impliquer davantage dans ce type de problème social » déclare Harris, au Guardian cette fois. « Je suis consciente que cela peut paraître naïf et léger mais ça part d'un sentiment d'impuissance face à la détresse de ces gens fuyant la Syrie. » La version présentée n'est qu'un prototype, financé par Wall Fashion London, qu'il est prévu de produire à destination des associations humanitaires pour la fin du printemps, et d'améliorer pour les conditions hivernale et pour les enfants.

Photos : Royal College of Art

Les apprentis designers ont par ailleurs consulté les acteurs en contact direct avec les réfugiés pour dresser les fonctions primordiales que ce vêtement devait remplir. Nick Harvey, de Médecins du Monde, juge cependant, auprès du Gardian, qu'il ne serait pas d'une grande efficacité dans des conditions météorologiques difficiles : « C'est bien qu'ils essaient d'aider. Mais ce ne sera pas particulièrement efficace si la température est de moins dix degrés et que vous traversez les Balkans. » Vu par certains comme plus propice à l'usage de festivaliers (trop bourrés pour retrouver leur tente ou désireux de faire un petit somme entre deux groupes), il a ainsi été proposé de mettre en place, dans le futur, un système d'achat « un manteau acheté, un manteau offert à un réfugié ».

Les étudiants et leurs tuteurs recherchent désormais des fonds pour lancer la production – la fabrication se ferait en Chine – et la distribution des manteaux, autour de juin. Ils ont lancé une campagne de financement participatif sur Kickstarter, espérant réunir 300 000 £ d'ici le 19 février.

Découvrez le concept en vidéo :

Pour en savoir plus sur le projet, visitez la campagne sur Kickstarter.