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crime

Le Jour où je suis arrivé en prison

Cellules minuscules, gardiens insultants, codétenus terrifiants : plusieurs ex-taulards reviennent sur leurs premières heures passées à l’ombre.

par Nick Chester
01 Février 2017, 6:00am

 Photo : Bob Jagendorf via Wikipedia

Cet article a été initialement publié sur VICE UK.

Les prisons britanniques ne sont pas nécessairement des endroits très agréables à vivre, comme le montrent de nombreux rapports et la récente recrudescence des émeutes carcérales. Une étude en particulier, publiée à la fin de l'année 2016, montrait qu'un « mélange toxique de violence, de mort et de misère humaine » avait conduit au nombre record d'un suicide pour 840 détenus. 10 % des suicides se produisent dans les trois jours suivant l'arrivée du prisonnier – et l'inspecteur en chef des prisons d'Angleterre a reconnu que le premier jour derrière les barreaux avait une importance capitale sur la probabilité d'un suicide ou d'automutilation.

Désireux de comprendre pourquoi ce premier jour était si angoissant, j'ai demandé à quatre ex-détenus de me décrire leur arrivée en prison. Je me suis entretenu avec deux anciens malfrats de Londres, Jason Cook et Paul Murdoch, Rob Butler, emprisonné pour évasion fiscale ; et Terry Daniels, libérée après avoir été accusée à tort d'attaques terroristes. Voici ce qu'ils avaient à dire.

Jason Cook

Photo publiée avec l'aimable autorisation de Jason Cook

Je suis allé en prison pour possession de cannabis. À mon arrivée, les gardiens ne m'ont même pas proposé d'aide ou de conseil ; ils m'ont simplement aboyé dessus avant de claquer la porte.

J'étais dans une cellule avec un matelas dégueulasse, des toilettes bouchées, une couverture verte déchirée en lambeaux de façon à former des cordelettes. Une « cordelette » est une petite bande de tissu rattachée à un objet que l'on peut jeter par la fenêtre puis la passer de cellule en cellule. Je n'avais pas d'oreiller, ni de chauffage – et des cafards grouillaient sur le sol.

J'ai alors enclenché la sonnette sur la porte de ma cellule afin d'attirer l'attention du gardien pour qu'il débouche mes toilettes. Il m'a dit « Putain, ne t'avise plus jamais de recommencer, c'est seulement pour les urgences ». Je lui ai répondu : « C'en est une. Mes toilettes sont complètement bouchées et je n'ai pas d'oreiller. » En guise de réponse, il m'a ri au nez avant de rétorquer : « T'es en prison mec, t'es pas dans un putain d'hôtel ici. Tu finiras au bloc si tu continues d'enclencher ce bouton sans raison valable. » Le « bloc » est le terme qu'on emploie pour parler des cellules d'isolement, là où sont envoyés les prisonniers qui n'ont pas suivi les règles à la lettre.

Le plus difficile était surtout de rester enfermé entre ces quatre murs. Il m'a fallu au moins quatre mois pour m'y habituer. Je pensais devenir fou au départ. Je n'en pouvais plus d'entendre les autres détenus hurler à travers les barreaux de leur cellule.

Paul Murdoch


Photo publiée avec l'aimable autorisation de Paul Murdoch

J'ai été arrêté pour cambriolage et coups et blessures alors que j'étais majeur, mais j'avais déjà séjourné en prison pendant mon adolescence. Du coup, je n'étais pas vraiment inquiet pour cette nouvelle rentrée dans une cellule, le plus chiant était surtout d'aller aux toilettes avec un seau et de devoir le vider tous les jours. Je détestais faire ça.

Je connaissais quelques détenus grâce à mes connaissances – c'est plutôt une bonne chose d'avoir des contacts, car vous avez moins de risques de vous faire agresser ou victimiser. Quelques minutes après mon arrivée, les autres détenus sont venus me poser tout un tas de questions afin de savoir comment j'avais atterri ici. Ça me faisait un peu peur de me retrouver entouré de meurtriers et de criminels dangereux, mais je devais simplement afficher un semblant de confiance. C'est la meilleure chose à faire, parce qu'il ne faut jamais montrer le moindre signe de faiblesse en prison.

Mon premier repas en prison était tiède et les portions ridicules. Je me souviens de pommes de terre grumeleuses avec de gros morceaux noirs dessus. En même temps, je ne m'attendais pas vraiment à autre chose de la bouffe en prison. Tout compte fait, ce premier jour était horrible, mais il aurait pu être bien pire si je n'avais connu personne.

Rob Butler


Mon arrivée en prison n'a pas été très surprenante – je suis arrivé dans un lieu intimidant et austère. Ça peut paraître insensé, mais j'étais presque impatient de rentrer en prison parce qu'un certain temps s'était écoulé entre mon arrestation et mon incarcération. Je voulais que toute cette histoire se termine au plus vite. Cela dit, mon arrivée en prison n'était pas aussi atroce que celle de certains.

Les gardiens étaient très autoritaires. Ils nous ont rapidement énoncé les règles, mais n'ont pas vraiment cherché à savoir si nous les avions bien comprises. Je me suis adressé à un gardien en l'appelant « mec », ce à quoi il a répondu « Ne m'appelle pas 'mec'. Nous ne sommes pas vos potes. » Je viens de Liverpool et c'est naturel pour nous d'employer ce terme, et j'ai eu beaucoup de mal à contenir ce réflexe.

Peu de temps après, je suis tombé sur des gars que je connaissais de l'extérieur, du coup mon temps là-bas était un peu moins pénible. Mes codétenus m'ont posé beaucoup de questions sur les raisons de mon incarcération et le fait d'avoir été arrêté pour évasion fiscale a plutôt joué en ma faveur. C'était un délit mineur en comparaison à d'autres, alors ils ne pouvaient pas vraiment s'indigner contre moi. En réalité, de nombreux gars tout à fait corrects étaient incarcérés, et je n'ai pas tardé à en faire partie.

Terry Daniels

Terry en Irlande du nord avant son arrestation. Photo publiée avec son aimable autorisation

J'ai été incarcérée au Royaume-Uni après avoir donné les clés de ma maison en Irlande du Nord à une personne censée la surveiller pendant que je rendais visite à ma famille. Il s'en est servi pour y entreposer une bombe et une arme, sans mon consentement. J'avais déjà été accusée à tort puis relâchée en Espagne. Vous l'aurez peut-être constaté, mais je ne suis pas vraiment la personne la plus chanceuse sur Terre.

J'étais beaucoup plus inquiète pour mon premier jour en Irlande du Nord qu'en Espagne. Les règles en Irlande du Nord sont beaucoup plus strictes, d'ailleurs les gardiens confisquaient tous les habits susceptibles d'être considérés comme des symboles d'appartenance sectaire – c'est-à-dire tous les habits bleus, signe de protestantisme. Du coup je n'avais presque plus rien à me mettre sur le dos, étant donné que la majorité de mes habits étaient bleus.

Lorsque je suis arrivée dans l'enceinte, j'ai été assez surprise de constater que j'étais la seule protestante. Je suis aussi Anglaise, et beaucoup de catholiques nord-irlandais les détestent. C'était difficile pour moi de comprendre l'accent très prononcé de Belfast et j'étais souvent perdue par le jargon utilisé par les gardiens et mes codétenues. Certaines avaient commis des crimes absolument atroces, comme celle qui avait décapité une autre personne. Dans l'ensemble, mon premier jour en prison était extrêmement angoissant et inquiétant.

Cook, Murdoch et Butler sont aujourd'hui sortis de prison. Cook a même écrit un livre sur son passé criminel, Murdoch travaille actuellement pour une association anti-crime Directions Project , et Daniels a sorti ses mémoires inspirés de son temps derrière les barreaux.

Nick Chester est sur Twitter.