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Un hôpital change son menu après que le personnel a dû manger comme les patients

Non seulement la bouffe servie dans les hôpitaux est dégueulasse, mais en plus elle est souvent franchement mauvaise pour la santé.
20.7.16

Avec la bouffe d'avion, les repas servis dans les hôpitaux sont parmi les plus redoutés de la planète. Certes, personne ne s'attend à se voir servir de la cuisine de chef étoilé ; mais a priori, on pourrait au moins espérer que la nourriture d'hôpital soit relativement saine. Après tout, on parle de plats qui sont servis à des personnes malades, ou qui se remettent d'une opération parfois lourde. À défaut d'être appétissante, la nourriture donc être plutôt nourrissante et bonne pour la santé, pas vrai ?

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"On entend souvent parler de gens qui se retrouvent à l'hôpital pour une crise cardiaque, et à qui on sert des oeufs et du bacon au petit déjeuner le lendemain", raconte Karen Smith, diététicienne au Barnard Medical center de Washington DC et conseillère au sein de l'association Physicians Committee for Responsible Medicine. "Ce n'est clairement pas ce que devrait manger un patient qui vient de subir une crise cardiaque."

La nourriture peu saine servie aux patients dans les hôpitaux fait l'objet de vifs débats dans la communauté médicale. La semaine dernière, le Dr. Yoni Freedhoff, spécialiste de l'obésité, a partagé sur Twitter une photo d'un plat servi à des patients aux urgences d'un hôpital du Texas, avec une bonne dose de mayonnaise bien grasse en accompagnement d'un sandwich, d'un paquet de Doritos, et d'Oreo :

Daniel T. NelsonJuly 8, 2016

De façon surprenante, deux diététiciens travaillant pour cet hôpital ont défendu la plat de la discorde sur Facebook, expliquant à Freedhoff que "si notre hôpital proposait une salade de chou kale avec un peu de quinoa aux patients, il y aurait des émeutes", et que les Oreo servaient aussi à réconforter les patients malades.

Lundi, un hôpital canadien a annoncé qu'il allait totalement revoir son menu après que ses dirigeants aient été forcés de manger la même chose que les patients pendant une semaine. Le directeur des services de restauration de l'hôpital d'Ottawa a ainsi affirmé que, s'il était "convaincu" que la nourriture était nourrissante, elle était aussi et surtout franchement dégueulasse.

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Ce qui nous amène au coeur du débat : est-il possible de proposer aux patients une nourriture saine, nourrissante, bonne, réconfortante, et peu coûteuse ? Et dans le cas contraire, auquel de ces critères faut-il donner la priorité ?

"On ne peut pas juste laisser les patients dire "Je me sens mal. Je veux un sundae", m'a expliqué Karen Smith par téléphone. Ce n'est pas à l'hôpital de leur faire plaisir. Il est beaucoup plus important de les encourager à avoir une alimentation saine, pour traiter et prévenir les maladies."

Quand on sait que la première cause d'hospitalisation aux États-Unis est (de loin) les problèmes cardiaques - lesquels sont directement liés à l'alimentation - il est capital que les patients soient nourris de façon saine. Pourtant, la plupart des hôpitaux nord-américains ne semblent pas particulièrement soucieux de cette question. Une étude publiée l'année dernière et portant sur 84 menus servis dans trois hôpitaux canadiens a révélé qu'aucun de ces menus ne correspondait aux standards définis par les autorités canadiennes.

Pire encore : de nombreux hôpitaux accueillent en leur sein des restaurants de chaînes de fast food comme McDonald's. Il peut sembler absurde de manger un Big Mac le lendemain d'une opération à coeur ouvert, mais en réalité, de nombreux patients sont tout à fait libres de le faire dans le bâtiment même où ils sont soignés.

Les coûts n'excusent rien non plus, affirme Smith. La nourriture saine revient souvent moins cher que les plats gras et sucrés. Un service hospitalier de Detroit a ainsi économisé plus de 28.000$ simplement en se débarrassant de ses friteuses et en servant des plats plus sains dans ses hôpitaux.

Le problème tient aussi au fait que les médecins qui travaillent dans les hôpitaux, qui sont souvent peu sensibilisés aux questions de diététique, ont eux-mêmes du mal à renoncer à la malbouffe, assure Karen Smith. Tant que les médecins ne montreront pas l'exemple, les changements se feront attendre.

"Lentement mais sûrement, les hôpitaux commencent à proposer de la nourriture plus saine et nourrissante, avec davantage de légumes, mais c'est clairement une petite minorité pour l'instant, dit-elle. Il faut que les médecins montent au front sur cette question."