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La bouffe autour de Tchernobyl est toujours radioactive, 30 ans après

Alors que la vie a repris son cours dans la zone sinistrée, entre sangliers sauvages et fans de parkour, une étude de Greenpeace montre que les habitants des environs continuent de manger des légumes ou du lait radioactifs.

Le 26 avril prochain, on « fêtera » les 30 ans d'une des pires catastrophes nucléaires de l'Histoire – niveau 7 sur l'échelle de l'INSE qui compte 7 niveaux. La fusion du cœur d'un des réacteurs de la centrale de Tchernobyl avait libéré quantité d'éléments radioactifs dans l'atmosphère et provoqué une très large contamination de l'environnement.

Depuis l'accident, la zone entourant la centrale a lentement repris goût à la vie, devenant une destination recherchée par une faune composée de touristes, de fans de parkour, d'élans, de cerfs, de sangliers sauvages et même des loups. Mais l'herbe n'est pas aussi verte pour les gens qui y vivent au quotidien.

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Une étude de Greenpeace publiée au début du mois, « Nuclear Scars : The lasting legacies of Chernobyl and Fukushima » qu'on pourrait traduire par « Cicatrices nucléaires : l'encombrant héritage de Tchernobyl et Fukushima », rapporte qu'autour de Pripyat, la ville ukrainienne où la centrale soviétique était implantée, tous les objets de la vie courante sont radioactifs. Et les aliments sont parmi les plus touchés par cette contamination.

« Tout ce qu'ils mangent ou boivent est radioactif. Le bois qu'ils utilisent pour construire leur maison et se chauffer est radioactif », explique le rapport. « Ils vivront avec cette contamination pendant encore des décennies, ce qui aura forcément des conséquences sur leur santé. Des milliers d'enfants, même ceux qui naissent trente ans après la catastrophe, boivent encore du lait contaminé par cette radioactivité. »

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Même si les niveaux de certains isotopes très toxiques comme le césium 137 ou le strontium 90 ont diminué, la radioactivité reste dangereusement élevée voire en augmentation dans certaines zones. Pour ne rien arranger, l'Ukraine doit faire face à des problèmes économiques et une recrudescence des manifestations pro-russes.

Selon Greenpeace, l'Ukraine « n'a plus assez de fonds pour financer les programmes nécessaires à la protection de la population… Par conséquent, l'exposition aux radiations des habitants vivants dans la zone contaminée risque d'augmenter. »

Victor Khanayey, chirurgien, a expliqué aux auteurs de l'étude que le rapport de force économique de la région pesait sur les épaules des autochtones. « Dans la campagne et même à la ville, les gens ne peuvent pas refuser les produits locaux qui viennent de leur jardin ou de leur terre. Il y a trop peu d'aides financières pour leur permettre d'acheter autre chose. »

Halina Chmulevych, une jeune mère qui élève, seule, ses deux enfants dans un village à 200 km de l'ancienne centrale, raconte son quotidien.

« On fait pousser des patates et des vaches paissent sur nos terres. Elles nous donnent du lait et nous cuisons nous-mêmes notre pain – contaminé. Oui, tout est irradié ici. J'étais déjà née quand l'explosion a eu lieu mais je suis toujours en vie. Je mange et je vis ici, et mes enfants devront faire de même. Bien sûr que ça m'inquiète, mais qu'est-ce que je peux y faire ? »