Chaque saison ou presque, un coureur se fait avoir. Sauf que d'habitude, ça arrive sur des épreuves mineures, de juniors ou annexes. Pas sur le Tour d'Italie, l'une des trois plus grandes courses par étapes au monde, devant des millions de téléspectateurs qui plus est. Sur une course en circuit, l'homme de tête, chassé par le peloton, manque de lucidité. Il voit la ligne d'arrivée se profiler. Les cris du public l'empêchent d'entendre l'annonce du speaker : « Plus qu'un tour à tenir ! » Les jambes pleines d'acide lactique, il croit la victoire à sa portée, franchit la ligne, exulte. Sauf qu'il reste un tour à courir, et qu'il se fait avaler par le peloton.Cette mésaventure, le Slovène Luka Pibernik l'a connue mercredi, sur la 5eme étape du Giro, devant les caméras du monde entier. A 6 kilomètres de l'arrivée, il s'extrait du peloton compact et s'inflige un violent effort de plus d'un kilomètre. Il parvient à prendre une poignée de secondes d'avance, et passe la ligne, sans entendre la cloche signalant le dernier tour. Il lève les bras en signe de victoire, quelques secondes en roue libre durant lesquelles il croit avoir remporté le plus beau bouquet de sa jeune carrière. Un instant de gêne pour les téléspectateurs, qui ont tous senti que le coureur allait fêter sa victoire puis salement déchanter.
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Pibernik a été victime de la fatigue, de son inattention, et d'une panne d'oreillette. Tant décriée pour sa propension à tuer les initiatives personnelles dans le peloton, l'oreillette lui aurait été d'une grande aide sur le coup. Son leader, Vincenzo Nibali, et ses coéquipiers de la Bahreïn-Merida, ont bien essayé de crier pour le prévenir, comme l'a expliqué le requin de Messine à la RAI en fin d'étape : « La batterie de son oreillette était à plat. Il ne nous a pas entendus. Il ne savait pas qu'il restait un tour et il s'est trompé. Il est jeune. Ce genre de choses arrive. »Qu'il se rassure, Pibernik n'est pas le seul à s'être royalement trompé. Dans le peloton, le sprinter austalien d'Orica Caleb Ewan a lui aussi cru que l'arrivée approchait, puisqu'il a déboîté pour lancer son sprint. Avant de se rassoir sur sa selle. Mais Pibernik peut se consoler en se disant qu'il est entré à sa manière au Panthéon du cyclisme, un peu comme Andrea Guardini sur le dernier Paris-Roubaix. L'Italien avait bifurqué par erreur et quitté le parcours de la Reine des classiques pour se retrouver seul sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute. On entend bien que le cyclisme est chiant, rongé par le dopage, muselé par les équipes des grands leaders. Mais sérieusement, quel autre sport offre des moments comme ceux-là ?