Des radiations nucléaires flottent au-dessus de l'Europe du Nord

Et personne ne sait pourquoi.
10 juillet 2020, 7:55am
radiations nucléaires europe
Photo : Markus Distelrath via Pexels 

Plusieurs agences européennes du nucléaire ont détecté des niveaux d'isotopes radioactifs supérieurs à la normale dans l'atmosphère au-dessus de la Scandinavie et de l’ouest de la Russie.

Du 22 au 23 juin, l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (OTICE) – un groupe de surveillance qui exploite des stations de contrôle pour aider à faire respecter les traités nucléaires – a remarqué des niveaux élevés de césium-134, de césium-137 et de ruthénium-103 dans sa station de contrôle en Suède.

Le secrétaire exécutif de l'OTICE, Lassina Zerbo, a partagé une carte de la région touchée dans un tweet et a déclaré que les isotopes sont « associés à la fission nucléaire à des niveaux plus élevés que d'habitude (mais pas dangereux pour la santé humaine)... ces isotopes proviennent très probablement d'une source civile. Nous sommes en mesure d'indiquer la région probable de la source, mais il n'est pas du ressort de l'OTICE d'identifier l'origine exacte ».

L'OTICE n'a pas répondu immédiatement à notre demande de commentaires. Les centrales nucléaires les plus proches de la zone touchée se trouvent toutes deux en Russie, près de sa frontière occidentale. La centrale de Leningrad fonctionne à Saint-Pétersbourg et la centrale de Kola à Mourmansk. Un porte-parole de la compagnie d'électricité Rosenergoatom, qui exploite les deux centrales, a déclaré à l'agence de presse russe TASS que les deux centrales fonctionnent normalement et qu'aucune fuite n'a été détectée de son côté. « Les deux stations fonctionnent en régime normal, a déclaré la société à TASS. Il n'y a eu aucune plainte concernant le fonctionnement des équipements. »

« Un incident similaire s'est produit en 2017 lorsqu'un gros nuage de ruthénium a traversé l'Eurasie »

L'OTICE n'était pas la seule station de surveillance à avoir détecté des niveaux élevés de matières nucléaires dans l'air. Les autorités de radioprotection et de sûreté nucléaire en Suède, en Finlande, en Norvège et aux Pays-Bas ont toutes détecté des isotopes radioactifs dans l'air à peu près au même moment en juin. « Les substances radioactives détectées sont artificielles. La combinaison de radionucléides peut s'expliquer par une anomalie dans les éléments de combustible d'une centrale nucléaire, a déclaré sur son site l'agence néerlandaise de contrôle nucléaire RVIM. Les radionucléides ont été transportés de la Russie occidentale vers la Scandinavie, mais aucun pays spécifique d'origine ne peut être indiqué pour l'instant. »

Les stations de surveillance nucléaire prélèvent en permanence des échantillons d'air, d'eau et de sol pour vérifier les niveaux de matières radioactives dans l'environnement. Ce qui rend cet incident si frappant, c'est que tant d'agences rapportent la même chose en même temps.

Un incident similaire s'est produit en 2017 lorsqu'un gros nuage de ruthénium a traversé l'Eurasie. De nombreux organismes distincts sont arrivés à la même conclusion : un accident nucléaire en Russie a libéré un nuage de radiations qui a voyagé vers l'ouest. Au début, Moscou a nié l'existence du nuage, puis a confirmé son existence, mais affirmé que la Russie n'était pas responsable.

Selon les agences de contrôle, les isotopes radioactifs qu'elles suivent actuellement ne présentent aucun danger immédiat et la cause la plus probable est une source de combustible contaminée dans une centrale nucléaire.

Rien ne prouve que les centrales électriques russes soient responsables, mais la Russie a l'habitude d'occulter la vérité en matière de nucléaire. En août de l'année dernière, un accident nucléaire dans une installation de missiles russe a tué sept Russes et a libéré des matières nucléaires dans l'air. Moscou n'a pas reconnu publiquement l'incident pendant deux jours.

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