Aux Pays-Bas, les homosexuels ne peuvent pas donner leur plasma contre le Covid-19

Le cas de Wouter Ubbink, 22 ans, a suscité un débat sur les droits de l'homme aux Pays-Bas.
8.9.20
coronavirus
Photo : Getty Images/Radoslav Zilinsky

Des scientifiques du monde entier travaillent avec acharnement pour développer à la fois un vaccin et un traitement contre le nouveau coronavirus. En tant que citoyens ordinaires, nous ne pouvons pas vraiment enfiler des gants et les rejoindre dans le laboratoire. Mais, si vous pensez avoir eu la Covid-19, vous pouvez contribuer en donnant du plasma à votre banque de sang locale.

Le plasma est un liquide jaune qui constitue 55 % de notre sang et qui contient des anticorps. Les patients atteints de la Covid-19 sont actuellement traités avec du plasma provenant des patients guéris, dans l'espoir que leurs anticorps aideront les gens à combattre le virus. Dans le passé, le plasma a été utilisé pour traiter des virus comme la rage, l'hépatite B et la varicelle.

De plus amples essais cliniques sont nécessaires pour établir si le traitement est efficace contre le coronavirus, mais la Federal Drug Authority américaine l'a approuvé comme « potentiellement prometteur » le 23 août. Pendant ce temps, des scientifiques de différents pays, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, collectent du plasma dans le cadre d'une étude mondiale sur les effets du plasma sur le virus. Les résultats préliminaires sont attendus à l'automne.

« Les règles de la banque du sang pourraient être considérées comme discriminatoires à l'égard des homosexuels, mais en 2019, elles ont été jugées légitimes pour des raisons de santé publique par l'Institut néerlandais des droits de l'homme »

Wouter Ubbink, 22 ans, a probablement contracté la maladie fin mars. « Un de mes colocataires est médecin et a été testé positif, dit-il au téléphone. J'ai eu les mêmes symptômes que lui et j’ai passé une semaine au lit avec de la fièvre. Je n'ai pas fait le test parce que les places étaient limitées à l'époque, mais je l'ai probablement eu. » En tant que donneur de longue date à la banque de sang néerlandaise Sanquin, Ubbink a décidé de s'inscrire également pour les dons de plasma. Mais lorsqu'il a appelé pour fixer un rendez-vous, on lui a dit que son plasma ne serait pas accepté. La raison de ce refus : il avait eu des relations sexuelles avec un homme il y a trois ans et demi.

De nombreux pays n'autorisent pas les hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes à donner leur sang. Mais aux Pays-Bas, votre sang est accepté à condition que le dernier rapport sexuel ait eu lieu plus de quatre mois avant le don. Selon un porte-parole de Sanquin, ces restrictions sont appliquées spécifiquement aux hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes parce que « certaines maladies infectieuses comme l'hépatite B et le VIH sont beaucoup plus courantes dans ce groupe ».

La société teste tous les dons pour les maladies, mais certains virus comme l'hépatite B mettent jusqu'à quatre mois à se manifester. La règle des quatre mois s'applique également à d'autres catégories de donneurs à risque, comme les personnes qui viennent d'être opérées ou celles qui sont récemment allées en Afrique subsaharienne. Les règles de la banque du sang pourraient être considérées comme discriminatoires à l'égard des homosexuels, mais en 2019, elles ont été jugées légitimes pour des raisons de santé publique par l'Institut néerlandais des droits de l'homme, un organisme indépendant qui enquête sur les violations des droits de l'homme dans le pays.

En ce qui concerne Ubbink, cela fait des années qu'il n'a pas eu de rapports sexuels avec un homme. Mais le porte-parole de Sanquin souligne que son plasma pourrait être utilisé en dehors des Pays-Bas, puisque des laboratoires du monde entier coopèrent pour développer le traitement. « Nous devons respecter les règles internationales, sinon nous ne pouvons pas participer, dit-il. Les Pays-Bas sont trop petits pour s’en sortir seuls. »

Bonnes intentions ou pas, la banque du sang se cache derrière des règles internationales. Entre-temps, la réglementation néerlandaise n'est toujours pas claire. En 2015, l'Institut néerlandais des droits de l'homme a décidé que Sanquin ne pouvait pas interdire définitivement à un homme de donner son sang en raison de ses relations sexuelles passées avec des hommes. Mais la décision de l'institut ne s'applique pas au plasma et n'est pas juridiquement contraignante, bien qu'elle puisse être citée en justice en cas de procès.

« Je comprends que c'est une décision difficile, dit Ubbink. Mais en fin de compte, elle est basée sur les normes conservatrices d'autres pays. » L'institut enquête actuellement sur le cas de Ubbink, et les résultats sont en attente. Pour l'instant, un porte-parole nous a dit qu'ils ne pouvaient pas commenter les affaires en cours. En attendant, Ubbink espère que Sanquin et les politiciens néerlandais feront pression sur la communauté internationale pour qu'elle change son approche. « Peut-être qu'il est temps d'adopter une loi européenne sur cette question », dit-il.

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