Le guide Motherboard des animaux soldats

Escadrons de chats espions, bat-bombs et insectes cyborgs : un bref récapitulatif de ce qui se fait de mieux en matière d’animalerie militaire.
Paul Douard
Paris, FR
30.8.16

S'il y a bien quelque chose dont les militaires sont toujours capables, c'est d'avoir des idées à la con. Tels des enfants pourris gâtés, leur imagination est souvent sans limite lorsqu'il s'agit de destruction, d'espionnage ou tout simplement d'amusement intellectuel. Au cours de l'histoire, les savants ont régulièrement profité des conflits armés pour appliquer leurs découvertes et tester ce qui sur le papier semblait être une putain d'idée. Alors, quand envoyer des hommes et des femmes au front n'est plus suffisant, ce sont nos amis les bêtes qui doivent filer un coup de main. Évidemment, les animaux n'ont pas réellement de sens patriotique et il est clair qu'on ne leur a pas demandé leur avis. Je me suis toujours dit qu'utiliser les animaux de la sorte se retournerait un jour contre nous, et qu'un beau matin une armée de chiens et de chats prendrait le contrôle des centrales nucléaires du pays. Ce serait presque un juste retour des choses. Mais après tout, pourquoi les animaux passeraient leurs journées à défoncer nos canapés et à profiter de la vie alors que la nation est attaquée ?

L'opération « chaton acoustique »

Dans les années 1960, tandis que les Etats-Unis et l'URSS sont en pleine guerre froide, la CIA tenta de prendre l'avantage sur l'ennemi en mettant au point un escadron de chats espions. Oui, c'est très sérieux. En 1961, le Directorate of Science and Technology de la CIA a essayé d'utiliser plusieurs chats domestiques pour espionner le Kremlin, à Moscou. L'objectif de cette mission d'espionnage était donc d'utiliser un chat lambda pour collecter des informations en territoire ennemi. Pour cela, les scientifiques Américains avaient implanté une pile et un microphone sous la peau de l'animal, ainsi qu'une antenne-relais au niveau de sa queue afin de transmettre les données collectées. Le chat devait ensuite être relâché dans des lieux stratégiques où se tenaient des discussions secrètes. Si vous êtes, comme moi, l'heureux propriétaire d'un chat, vous savez très bien qu'il est impossible de leur faire confiance. C'est pourquoi la toute première mission de cette opération fut un véritable désastre, tant pour la bête que pour la CIA. Alors que le félin devait espionner deux hommes dans un parc proche de l'ambassade de Russie de Washington, il fut écrasé par un taxi quelques minutes à peine après le début des opérations. Les essais suivants furent tout aussi médiocres et le projet (qui aura coûté 20 millions de dollars) fut abandonné en 1967. Dorénavant, lorsque vous regarderez votre chat entamer sa 8ème sieste de la journée sur votre chemise, soyez indulgent. Ses ancêtres sont probablement des héros de guerre.

Les insectes-cyborgs

Si les insectes que vous rencontrez parfois dans votre cuisine vous donne envie de passer tout l'appartement au lance-flamme, sachez que le prochain que vous croiserez pourrait bien être un espion nord-coréen en mission. Selon une récente étude menée par des chercheurs de l'université de Berkeley et publiée par le Journal of Royal Society Interface, les drones –qui font aujourd'hui la fierté de nos dirigeants– pourraient bientôt être qualifiés de ringards, et remplacés par des coléoptères-cyborgs. Un nouveau genre de joujou pour militaire en pleine crise de la quarantaine. Pour cette étude, les chercheurs ont tout simplement fixé un sac à dos sur le dos du coléoptère–un Mecynorrhina torquata plus précisément– renfermant un microcontrôleur, un émetteur-récepteur sans fil ainsi que six électrodes reliées aux lobes optiques et aux muscles sclérites axillaires dont l'insecte se sert en vol pour manœuvrer. Tout ce barda, pesant 1,5 grammes, est alimenté par une batterie en lithium-ion de 3,9 volts et a pour but de transformer l'insecte en drone vivant. En effet, grâce aux impulsions électriques générées, les scientifiques sont en mesure de contrôler l'insecte aussi facilement que l'on contrôle un hélicoptère en plastique avec son téléphone. Pas sûr que l'insecte soit super heureux de se prendre des coups de jus à chaque virage, en revanche. Selon les chercheurs, cela permettra d'en savoir plus sur les fonctions neuromusculaires des insectes volants. Mais les militaires vont évidemment se glisser dans la discussion pour en faire truc plus cool. Regardez par vous même :

Les bat-bombs

Oui, ce nom sonne cool. Avant que vous imaginiez une flotte de chauve-souris larguant du napalm sur Moscou avant de s'envoler vers le soleil couchant, sachez qu'il s'agit de quelque chose de bien moins réjouissant. C'est lors de la Seconde Guerre mondiale que le projet « bat-bomb » vu le jour, alors que les Américains hésitaient encore sur la meilleure manière de détruire le Japon. Louis Fieser –l'inventeur du napalm– proposa au Président Roosevelt de mettre des milliers de chauve-souris, chacune équipée d'une petite bombe incendiaire, dans une boîte métallique, qui une fois larguée à faible altitude libèrerait les volatiles.

L'objectif est de laisser ces milliers de chauves-souris rentrer dans les bâtiments d'une ville afin de se cacher dans les recoins hospitaliers, avant de se faire exploser involontairement. L'idée était de créer la surprise et la confusion dans la mesure où les explosions surgiraient de toutes parts, sans cause apparente. Le projet fut confié à la Navy et rebaptisé Project X-Ray. Les Américains ont même réalisé des tests sur un faux village Japonais reconstitué dans l'Utah. Sachez que les Anglais ont globalement voulu faire la même chose avec des rats, mais ces derniers allaient tous au même endroit, ce qui faisait tout foirer.

Les singes enflammés

En terme d'art militaire, la Chine a toujours eu une certaine réputation. Depuis des siècles, elle a su faire preuve de créativité, mais pas toujours de classe. Les 36 stratagèmes Chinois, un traité écrit pendant la dynastie Ming (1366-1610), explique point par point comment gagner une bataille. Une sorte de manuel de la baston à grande échelle pour les nuls. Ce texte développe l'une des méthodes employées par l'armée impériale chinoise face aux rebelles de la province de Yanzhou. Celle-ci a trouvé plutôt malin de réquisitionner des centaines de singes pour les envoyer au front après les avoir habillés et recouverts d'huile. Les animaux étaient ensuite enflammés, puis lâchés près du camp ennemi pour semer le chaos et la mort. Pas étonnants qu'ils essayent aujourd'hui de racketter tous les Chinois dans la rue.

Wojtek, l'ours brun qui aimait la guerre

En temps de guerre, même si cela semble contre-intuitif, les soldats s'ennuient. À part fumer, jouer au foot, chercher des prostituées, la vie de soldat est parfois barbante. La 22ème compagnie d'artillerie du Deuxième corps polonais connaissait ce sentiment. Lors de son passage à Hamadan en Iran, elle trouva un ours brun seul et désœuvré, et décida évidemment de l'adopter sur le champ. L'animal resta toute la guerre aux côtés de ses nouveaux amis, et aida même à transporter des munitions lors de la bataille du Monte Cassino. Cet acte si héroïque fut évidemment récompensé, et 'animal fut élevé au rang de caporal, fumeur et buveur. Démobilisé en 1947, il passera le restant de sa vie paisiblement, au zoo d'Édimbourg, avant de s'éteindre en 1963. Une statue a même été construite en l'honneur de Wojtek. En plus d'être un véritable tueur-né, l'ours était donc aussi un parfait pote de beuverie.

Les requins télécommandés

Le principe est sensiblement le même que pour les chats espions, mais en mieux. En 2006, les scientifiques du Pentagone ont expliqué qu'ils comptaient, à terme, utiliser des requins télécommandés pour des missions d'espionnage. Des vrais requins, oui. Pour ce faire, il suffirait selon eux d'implanter des électrodes dans le cerveau du requin afin de le contrôler. Le requin est l'un des plus grands prédateurs marins, et à ce titre, il semble donc normal que les scientifiques de l'armée américaine aient fini par se pencher sur son cas. Derrière une idée aussi originale que peu éthique, on trouve bien évidemment… la DARPA. L'étude explique que ces scientifiques avaient déjà obtenu des résultats concluants sur des poissons plus petits, des rats et des singes. Les électrodes en question permettraient de stimuler certaines parties du cerveau, et ainsi de déclencher des comportements spécifiques. Problème : les ondes radios ne se propagent pas sous l'eau ; il faudra utiliser un sonar pour communiquer avec l'animal. L'avantage de contrôler un requin plutôt que d'envoyer un énième robot débile se faire tuer ? Le requin est un tueur silencieux, et surtout, il se nourrit par lui-même. Après, je ne vois pas bien comment il est possible de contrôler un requin qui nage pépère à plusieurs centaines de kilomètres de là.