Si ce glacier s'effondre, les conséquences seront catastrophiques

Pour de nombreux experts, la question n'est pas de savoir si cela va se produire, mais quand.

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26 Octobre 2016, 5:00am

Le glacier de Thwaites. Image : NASA

L'immense calotte glaciaire de l'ouest de l'Antarctique inquiète les scientifiques depuis des décennies. Le réchauffement climatique, nous le savons, fait fondre d'énormes glaciers à une vitesse terrifiante. Mais si cette calotte glacière venait à disparaître, comme certains modèles climatiques l'ont simulé, le niveau des océans pourrait monter de près de 4 mètres. Ce qui suffirait largement à recouvrir d'eau environ 46.000 kilomètres carrés de côtes rien qu'aux Etats-Unis, sans même parler du reste du monde.

Et pour de nombreux experts, la question n'est pas de savoir si cela va se produire, mais quand.

Depuis les années 1950, les glaciers de l'ouest de l'Antarctique ont été qualifiés d'"instables", d'"inarrêtables", et de "talon d'Achille" de la région par des chercheurs qui ont identifié leur vulnérabilité unique et les catastrophes potentielles qu'ils pourraient provoquer.

Les glaciers de Thwaites et de Pine Island, situés près de la mer d'Amundsen, inquiètent tout particulièrement car ils sont potentiellement capables de déstabiliser la calotte glacière tout entière, ce qui déclencherait une chaîne d'événements dévastatrice. Selon le Washington Post, si chacun des glaciers est capable de faire monter le niveau des eaux de 60 centimètres, déversant tous deux "près de 45 milliards de tonnes de glace dans l'océan chaque année", c'est leur intégrité structurelle qui les rend particulièrement dangereux.

Image: NASA/GSFC/SVS

Contrairement aux autres glaciers, qui sont "coincés" par des îles ou d'autres masses terrestres, les glaciers de Thwaites et de Pine Island sont plus ou moins attachés à un lit marin, ce qui les expose à des courants qui se réchauffent. Le glacier de Thwaites, comme l'explique Science, "possède une large façade qui donne sur l'océan et se tient sur le sol en-dessous du niveau de l'eau, où des courants plus chauds font lentement fondre sa base. Cette eau profonde est retenue par une dorsale immergée, mais une fois que l'eau franchit cette ligne de terre, le sol s'enfonce dans une cuvette à la topographie et à la glissance incertaines."

Deux articles, publiés en 2014 dans Geophysical Research Letters et Science, s'appuyaient sur des modèles climatiques pour cartographier la fonte des glaciers au cours des deux dernières décennies, révélant ce que les scientifiques prévoyaient depuis des années.

Une nouvelle étude, publiée l'année dernière dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, est même allée plus loin en modélisant l'effondrement exponentiel de la calotte glacière tout entière, qui commencerait par fondre le long de la mer d'Amundsen. Ce que l'étude a confirmé, selon Ian Joughin, co-auteur de l'article paru dans Science l'année précédente, c'est que "l'effondrement des glaciers de Pine Island et de Thwaites entraînerait celui de l'ensemble de la calotte glacière de l'ouest de l'Antarctique."

Si les articles parviennent aux mêmes conclusions concernant les conséquences d'un tel événement, ils ne s'accordent pas sur la chronologie exacte de leurs hypothèses. On ignore si c'est une question de siècles ou de millénaires.

Heureusement, la National Science Foundation et le Natural Environment Research Council comptent bien s'associer pour répondre à cette question. "Des mesures effectuées par satellite indiquent que la fonte des glaces à proximité du glacier de Thwaites a doublé en six ans, et représente désormais environ 10% de la montée des eaux à l'échelle globale", ont annoncé les deux agences dans un communiqué annonçant leur partenariat.

Chacune d'elles va investir 25 millions de dollars dans des opérations de recherche visant à comprendre les conséquences et l'imminence éventuelle de ces événements, en se consacrant prioritairement au glacier de Thwaites.

"Des études récentes indiquent qu'en matière de montée des eaux, le risque majeur vient désormais du glacier de Thwaites en raison des changements importants qui se produisent déjà, de sa contribution potentielle à la montée des eaux, et du fait que son effondrement pourrait intervenir dans les prochaines décennies ou les prochains siècles - un changement très rapide à l'échelle du temps géologique."

Le travail sur le terrain à proximité du glacier de Thwaites débutera en 2019 et s'étendra sur l'année 2020, ont annoncé les agences. Les projets impliqueront des chercheurs des américains et britanniques, et viseront à prédire la fonte des glaces dans l'ouest de l'Antarctique.