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Alana Blanchard ne veut pas être considérée comme la "Kournikova du surf"

"A la base, je voulais être sur le Tour pour montrer que je savais surfer. Et ça n'a pas fonctionné, les gens pensent toujours que je ne sais pas surfer."
12.12.16
Alana Blanchard. Image: Trent Mitchell / RIP CURL

Cet article a été publié initialement sur VICE Sports Australie-Nouvelle-Zélande

Alana Blanchard a grandi sous les feux des projecteurs. Née sur l'île hawaïenne de Kauai, elle fut une amie proche et l'une des premières sparring partners de la très talentueuse Bethany Hamilton (elle était là le jour où un requin-tigre lui a fait perdre un bras). Plus tard, Alana a intégré l'élite du World Surf League Championship Tour et s'est forgée la réputation d'être l'une des plus précieuses surfeuses pros du circuit, mais pas seulement à cause de ses qualités sur l'eau. Son physique a aussi joué un rôle important, et certains sont même allés jusqu'à la qualifier d'Anna Kournikova du surf : c'est-à-dire beaucoup d'allure et peu de talent. Alana a longtemps refusé de répondre à ces accusations, jusqu'à maintenant.

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Autour d'une table en bois dans un hôtel perdu en Indonésie, on a discuté des récents changements dans sa carrière, de ce qu'elle pense désormais de sa vie sans compétition, et de ce qu'elle répond aux critiques de certains observateurs.

VICE Sports: Après avoir débuté sur le World Tour, vous êtes désormais payée pour être freesurfeuse professionnelle, c'est-à-dire pour voyager à travers la planète afin de faire des shooting photos et surfer des vagues parfaites sans souci du résultat et sans les obligations de la compétition. Est-ce que ça a été compliqué de devenir freesurfeuse ?
Alana Blanchard: Hmm, je suis une freesurfeuse. Je n'avais jamais vu ça comme ça. Mais je dois dire que je ne me suis jamais sentie aussi libre que cette année. Cela m'a pris du temps pour y arriver ceci dit.

Ça a été très effrayant de me dire "OK, je ne vais plus faire de compétition et je suis d'accord avec cela". Par exemple, l'an dernier, j'étais totalement flippée, je me disais "Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie ?" ou des choses comme ça. Mais faire de la compétition ne me rendait pas si heureuse que ça et j'ai eu cette opportunité de faire quelque chose de différent… Donc j'ai pensé "Pourquoi ne pas le faire du mieux que je peux, parce que c'est ma vie et j'ai envie d'être heureuse". Ce n'est pas que j'étais malheureuse quand je faisais de la compétition. Mais je veux simplement partager à tous mon bonheur et ma passion pour ce que je fais, même si ça a l'air un peu niais. Je veux constamment grandir, et j'estimais que ce n'était pas le cas quand je faisais de la compétition.

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A quel moment vous êtes-vous réveillée et vous êtes-vous dit : je n'aime même plus faire ça ?
J'ai plus ou moins participé au Tour de l'âge de 18 à 25 ans. Je pense qu'au début je voulais vraiment être sur le Tour. C'était dur mais j'aimais ça. Puis est venu un moment où je faisais beaucoup de choses - j'avais tous les shootings Rip Curl, plus ceux de mes autres sponsors, plus d'autres photoshoots, plus le Tour, et le peu de temps qu'il restait je le passais à la maison. Je pense que c'est le moment où je me suis dit "OK, quels aspects de ce métier me plaisent et quelle est ma place là-dedans ?".

Pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment sentie à l'aise dans la compétition. Je ne me suis jamais dit "Oh, je suis heureuse d'être ici avec tout le monde !".

Beaucoup de gens pensent que j'ai pris ma retraite, ce qui est assez drôle. Je voyage beaucoup plus qu'avant, mais merci. C'est drôle. C'est tout nouveau et c'est arrivé au moment parfait pour moi. J'en suis à la moitié de la vingtaine aujourd'hui et c'est un nouveau chapitre dans ma vie, et c'est cool.

Comment avez-vous réussi à surmonter le moment où vous avez flippé l'an dernier ?
Je pense que ça m'a pris du temps d'accepter où j'en étais, où j'en suis maintenant. Cela m'a pris du temps pour organiser mon premier voyage aussi : c'était au Mexique et j'ai payé un réalisateur pour venir avec moi. C'était bizarre, parce que je n'avais jamais fait ça, et je n'avais jamais organisé mon propre voyage, je n'ai jamais dû faire attention aux swells, aux conditions ou aux spots. Tout cet aspect-là a été très effrayant pour moi et je ne savais même pas par où commencer. Mais je l'ai fait et au fil du temps je suis devenue de plus en plus à l'aise avec ça. A la fin de l'année 2015, j'ai regardé dans le rétro et je me suis dit "C'était vraiment très cool en fait. Je peux faire ça, mais je le fais vraiment mieux aujourd'hui".

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Est-ce que vous avez l'impression de devoir vous justifier auprès des gens ? De devoir prouver votre talent ?
Non, j'imagine que je n'y ai jamais pensé de cette façon. Je m'en fiche vraiment. Je veux simplement sortir des vidéos cool et espérer que des gens les regarderont, et montrer aux gens que je sais surfer dans ces vidéos…

Par contre, je vois parfois les filles de compétition surfer des vagues exceptionnelles comme la Cloudbreak aux îles Fidji et je me dis "Mon dieu, j'aimerais tellement être là-bas". Mais j'ai choisi la voie qui me rend heureuse. Je peux parler tranquillement de compétition, et je ne suis plus en concurrence avec mes amies désormais. Je peux désormais leur parler de compétition en tant que personne, et c'est cool. C'est bizarre. Je suis vraiment heureuse pour ce que font les filles sur le Tour - je n'ai aucune méchanceté envers elles. C'est plutôt du genre "Woah, ce que vous faites, c'est tellement dingue, c'est tellement stressant. C'est exceptionnel. Moi je ne peux simplement pas le faire, ça m'a rendu folle."

Quand on vous dit toute votre vie que vous ne savez pas surfer et que vous avez à vous justifier… Est-ce que cela vous ennuie quand des filles qui ne savent pas surfer se présentent comme des surfeuses ? Il y a cette dynamique étrange de surfeurs hardcore qui détestent les femmes qui font du mannequinat à côté du surf, ou l'inverse.
Je pense que ça m'est arrivé évidemment. Je me disais, oh mon dieu, elle ne sait pas surfer du tout mais elle fait semblant de savoir. Mais aujourd'hui, je m'en fous. Ça n'a plus d'importance. Le monde entier vend quelque chose non ? Si elles veulent faire ça, très bien. Si elles veulent faire semblant d'être surfeuses, pourquoi pas ? C'est cool qu'on en soit arrivé, dans le surf, à un point où des gens veulent faire semblant de savoir surfer.

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Ouais, je pense que ça doit être énervant pour certaines personnes qui se disent "Hey, j'ai bossé comme un dingue pour surfer aussi bien, et vous, vous vendez juste votre corps avec mon sport et on fait plus attention à vous qu'à moi !". Ce serait chiant. Mais ce n'est pas que ça. Il n'y a pas que l'attention qui compte. Cela ne m'énerve pas personnellement. Je pense que c'est drôle.

Qui a dit que vous ne pouvez pas porter une planche et faire semblant d'être un surfeur ? Cela ne me fait rien, je pense juste que c'est intéressant. Je n'irai pas insulter les filles qui font ça.

Ça va paraître super prétentieux, mais comment est-ce que vous équilibrez la façon dont vous vous présentez au monde en termes d'image ? C'est-à-dire surfeuse ou mannequin ?
C'est une question difficile, parce que ça va forcément froisser des gens. Si je ne surfe pas assez, on va dire que je ne surfe plus. Et on m'a dit ça toute ma vie. C'est pour ça que je voulais faire de la compétition au début : pour montrer au monde que je savais surfer. Et ça n'a même pas fonctionné, les gens pensent toujours que je ne sais pas surfer. Mais ça va, je m'en fiche. Mais d'un autre côté, si vous mettez en ligne une vidéo, ils diront "Oh ouais, on s'en fout, elle craint dans tous les cas". Tu ne gagnes jamais. Et je n'ai pas besoin de me justifier auprès du monde entier, parce qu'on est tous humains, on est tous pareils.

J'aimerais simplement être une vraie personne, authentique, plutôt que de passer mon temps à essayer de prouver que je sais surfer. Je préfère m'éclater, parce que c'est comme ça que je surfe le mieux : quand je suis dans l'instant et que je m'amuse.

Est-ce que les voyages freesurf avec vos partenaires qui font de la compétition comme Tyler Wright ou Nikki van Dijk vous donnent un peu de perspective ? Est-ce que vous prenez du recul et vous réalisez que vous êtes heureuse là où vous êtes ?
Du recul sur ma vie ? Ouais. Je pense que les freesurf trips avec mes coéquipières de Rip Curl sont exceptionnels. Nous sommes toutes les trois très différentes et c'est cool de voir comment on arrive à travailler ensemble. C'est sympa de se retirer un peu du monde réel et de partir dans la nature, juste pour surfer. C'est du surf pur. En tant que surfeuses, on est parfois un peu écartées de ça à cause des shootings, de l'entraînement, etc. J'adore faire des choses qui ne concernent que le surf. C'est tellement fun parce que finalement, j'aime vraiment simplement surfer.

Qu'est-ce qui vous attend pour la suite ?
Je veux vraiment faire d'autres choses en plus : un peu plus de vidéos, et j'adorerais pouvoir aller dans un endroit comme le Sri Lanka pour en faire une. Et puis quelques autres projets, même en-dehors du surf. Je ne sais pas, je réfléchis même à écrire un livre. Je veux juste continuer à grandir et continuer de sentir que je vis de mieux en mieux. Je ne veux pas me sentir coincée, je veux avoir la possibilité de pouvoir faire des choses différentes. Je ne sais pas encore quoi, mais ce sera excitant, ce sera bien. Je me sens plus légère en un sens, et je pense que quand on se sent comme ça, de bonnes choses surviennent.

@MimiLamontagne