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Une vague, une histoire : Timmy Curran se met la tête à l’envers

Considéré comme l’un des pionniers du surf aérien, Tim Curran deviendra en 2005 le premier surfeur à replaquer un backflip, marquant ainsi l'avènement du surf new school.
30.3.17

Surfeur emblématique des années 90, c'est dans le sud de la Californie que Tim Curran a grandi. Originaire de la ville de Temecula, Timmy (surnom choisi pour ne pas être confondu avec son ainé Tom Curren) prend ses premières vagues dès l'âge de cinq ans avant de connaître une progression fulgurante. Épaulé par son père qui effectue chaque week-end les allers-retours pour Ventura, le kid va rapidement attirer les sponsors et se faire un nom. Plongé dans le grand bain des compétitions professionnelles alors qu'il n'est qu'adolescent, Tim est déjà très populaire. En 1992, il apparaît aux côtés de Kelly Slater, Rob Machado, Ross Williams, Shane Dorian, Shane Powell et Kalani Robb dans le film Momentum réalisé par Taylor Steele. Une production qui fera date dans l'histoire du surf, constituant selon les propos de son réalisateur « un document fondamental du surf contemporain ». Une sorte de passage de flambeau entre les surfeurs qui occupaient jusqu'à présent l'espace médiatique (comme Tom Curren, Gary Elkerton ou Tom Caroll) et ceux de la génération Momentum.

Parmi ces pionniers du surf aérien, Tim Curran est sans conteste l'un des plus créatifs et des plus talentueux. Influencé par ce qui existe déjà dans le skate et le snowboard, le Californien va mettre au point de nouveaux tricks. En 1994, à l'occasion de la sortie du film Focus tourné par Taylor Steele, on découvre pour la première fois les images de Tim Curran replaquant un alley-oop. Que ce soit en compétition ou en freesurf, cette manœuvre new school s'est depuis largement démocratisée : en témoigne les alley-oops hallucinants de John John Florence à Keramas, de Julian Wilson au Portugal ou encore ceux de Kolohe Andino et Jordy Smith en freesurf l'année dernière.

Un temps considéré comme une menace pour Kelly Slater mais trop souvent auteur de résultats en dents de scie sur le World Tour (6e en 1999, son meilleur classement), c'est finalement loin des contests que l'Américain marquera de son empreinte l'histoire du surf. En 2005, alors qu'il vient de se retirer du circuit pro, il devient le premier surfeur à replaquer – images à l'appui – un backflip. Une prouesse exécutée sur le spot de Rocky Point, à Hawai'i. L'enchaînement est parfait : un départ frontside, une prise de vitesse, une rampe, et une envolée tête en bas accompagnée d'un double grab pour garder la planche sous les pieds et assurer la réception. Imaginez un peu le bruit que ce move aurait fait aujourd'hui !

Les images de cet exploit seront toutefois largement commentées et saluées. La séquence ne tardera pas à envahir les magazines… et faire sortir de leur silence certains surfeurs au sujet de ce flip. C'est le cas de Flynn Novak. Si son nom n'est pas des plus ronflants, l'Hawaïen a toujours soutenu qu'il avait été le premier à poser cet air. « Je ne suis pas amer car je sais ce que j'ai réussi. D'ailleurs, Tim Curran n'a jamais réalisé un vrai backflip, c'était un air 360. Demandez plutôt à Tim le nom de celui qu'il a vu replaquer ce move pour la première fois… ». En 2010, après huit ans d'essais, Flynn Novak replaquera enfin son premier backflip devant une caméra. Une figure qu'il baptisera le Flynnstone Flip.

Depuis cette époque, l'idée de se retrouver tête en bas dans les airs a fait son chemin. Le Brazilian storm s'est emparée du move : Gabriel Medina (auteur cette année au Brésil du premier backflip en compétition), Italo Ferreira, Yago Dora… tous l'ont déjà rentré. Indépendamment d'une gestuelle parfaite dans l'espace, le vent joue aussi un rôle majeur dans la réussite du backflip. Les forts trade winds du North Shore sont propices aux airs et ce n'est pas un hasard si Rocky Point est un spot de choix pour s'y exercer. Toutefois, depuis celui de Tim Curran en 2005, le backflip n'est pas encore devenu une manœuvre banale que chaque surfeur pro ressort quand bon lui semble. Contrairement aux reverse airs, alley-oops, tail slides et grabs en tout genre, le backflip relève encore aujourd'hui du sensationnel. De quoi donner encore un peu plus de relief à la performance réalisée par Tim Curran il y plus de dix ans.

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