Culture

Comment les Panama Papers ont révélé les secrets du marché de l’art | Première partie

La plus grosse fuite de l’histoire du journalisme ne concerne pas que les hautes sphères de la finance mais aussi des mystères impliquant des Van Gogh, Picasso, Rembrandt et autres toiles de maîtres.
11 avril 2016, 8:23am
Des visiteurs à l'exposition "Miró, Monet, Matisse - The Nahmad Collection" au Kunsthaus Museum de Zurich, en Suisse, le 20 octobre 2011. Photo : Walter Bieri/EPA

Cet article a été conjointement publié par le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) et fait partie de l’investigation des Panama Papers.

Après une découverte fortuite, le petit-fils d’un marchand d’art juif a appris qu’une peinture de grande valeur qu’il croyait avoir été spoliée par les nazis pourrait bien être aujourd’hui entre les mains d’une des familles les plus influentes du monde de l’art. La révélation a initié un procès qui renvoie aux Panama Papers et illustre bien les relations entre le commerce international de l’art et les paradis fiscaux.

Le pactole de plus de 11 millions de documents issus des dossiers de Mossack Fonseca, le cabinet d’avocats panaméen spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore, se présente comme la plus grosse fuite de l’histoire du journalisme. Datés de 1977 à 2015 et impliquant des chefs d’état, des politiciens, des hommes d’affaires et des sportifs du monde entier, les documents révèlent également les liens cachés entre le marché de l’art et l’univers fumeux des sociétés offshore. Les Panama Papers dresse un portrait d’une industrie peu contrôlée où le recours à l’anonymat est régulièrement employé pour couvrir un paquet de pratiques douteuses.

L’œuvre au centre de la controverse, de l’artiste italien Amedeo Modigliani, est connue sous le nom d’Homme assis (appuyé sur une canne), peint en 1918. Modigliani, mort alcoolique à 35 ans il y a presque un siècle, est un peintre immensément reconnu dont les œuvres se vendent aujourd’hui jusqu’au 170 millions de dollars. Le portrait de cet homme moustachu élégant perché sur une chaise, les mains reposant sur sa canne, et représentant très certainement le célèbre chocolatier Georges Meunier, est estimée à 25 millions de dollars.

Les investigateurs ont suivi la piste de la peinture jusqu’à un clan de milliardaires qui a acquis l’œuvre en 1996 lors d’une vente aux enchères.Les avocats du petit-fils, Philippe Maestracci, ont envoyé un courrier à la Helly Nahmad Gallery de New York, faisant état de l’appartenance de la peinture au petit-fils, qui réclame sa restitution. Ils ont demandé un rendez-vous pour discuter du problème. La galerie n’a pas donné de réponse. Le petit-fils a engagé une procédure judiciaire. Quatre ans plus tard, les avocats des deux partis se disputent encore.

Les Nahmad ont répliqué, lors d’une audience à la Cour fédérale de New York, que la famille n’est pas en possession du Modigliani. C’est une société offshore appelée International Art Center, enregistrée dans un cabinet panaméen peu connu, qui l’est.

Cependant, les Panama Papers — des documents secrets obtenus par le Consortium international de journalistes d’investigation, le journal allemand Süddeutsche Zeitung et des médias partenaires — suggèrent que l’acte est un tour de passe-passe légal destiné à couvrir le nom des véritables propriétaires de la toile. La famille Nahmad a le contrôle de la société International Art Center (IAC), basée à Panama, depuis plus de vingt ans, montrent les documents révélés. Elle fait partie intégrante d’une bonne part du commerce d’art de la famille. David Nahmad, le chef de famille, est le seul propriétaire de la société depuis janvier 2014.

Lorsqu’il a été confronté aux documents qui indiquent Nahmad comme propriétaire d’IAC, l’avocat de David Nahmad, Richard Golub, a répliqué : « Qui possède l'IAC n’a pas plus d’importance que de savoir qui vit sur Pluton. Le but est de savoir quels sont les griefs de cette affaire et si le plaignant peut les prouver. » La question centrale, dit Golub, est de savoir si Maestracci peut démontrer que cette peinture-là a bien été volée à son grand-père. Malgré des années de procédures judiciaires, c’est une question qui intéresse les juges, vu que les deux camps débattent toujours de l’appartenance de la peinture.

Mossack Fonseca n’a pas seulement permis aux Nahmad de créer l’IAC en 1995, le cabinet a également fourni à nombre de ses clients des moyens pour dissimuler des transactions à l’international liées à des œuvres d’art, notamment de Van Gogh, Rembrandt, Chagall, Matisse, Basquiat ou Warhol.

Parmi les autres collectionneurs d’art avec des sociétés enregistrées par Mossack Fonseca, on trouve le clan espagnol Thyssen-Bornemisza, le magnat chinois  du divertissement Wang Zhongjun et la petite-fille de Picasso, Marina Ruiz-Picasso. Zhongjun n’a pour l’instant pas donné de réponse à nos sollicitations. Ruiz-Picasso a refusé tout commentaire. Brojia Thyssen, par l’intermède d’un avocat, a reconnu avoir une société offshore mais a indiqué être à jour avec ses déclarations d’impôts auprès des autorités espagnoles.

Les documents du cabinet font mention de suffisamment d’œuvres pour remplir un petit musée. En plus de nouvelles évidences cruciales dans la bataille judiciaire autour du Modigliani, il y a des pistes dans les documents de Mossack Fonseca vers les chefs-d’œuvres disparus d’un magnat grec et des détails sur l’une des plus grosses ventes d’art moderne du XXe siècle. Les documents révèlent que les vendeurs et acheteurs d’art utilisent les mêmes ruses du système financier mondial que les dictateurs, les politiciens, les escrocs et les autres bénéficiaires de l’anonymat qu’offrent ces zones d’ombre.

Durant les dernières années, avec l’inflation des prix du marché de l’art, les transactions sont souvent occultées par le recours à des sociétés offshore, des intermédiaires, des zones de libre-échange et des ventes privées. Si le secret peut être utilisé légalement pour éviter une médiatisation ou faciliter des opérations transfrontalières, il peut également être employé à des fins malfaisantes, comme la fraude fiscale ou des histoires d’appropriation suspectes. Comme les œuvres sont aisément transportables, de grande valeur et peu contrôlées, les autorités craignent que ce recours cache souvent du blanchiment d’argent.

L’inflation du marché de l’art actuel — et ses liens avec des zones d’ombre dans le système financier mondial — illustre d’autant plus la croissance spectaculaire des catégories les plus aisées. L’art est devenu un capital important d’une élite mondiale encline à planquer son argent dans des paradis sécurisés. En 2015, les ventes d’art ont dépassé les 63,8 milliards de dollars, selon la publication économique Art Market Report. Les richesses liées à l’art des milliardaires du monde entier ont été estimées à 32,6 milliards de dollars en 2013, selon les données de la compagnie de recherches Wealth-X.

« Le seul meilleur conducteur du marché de l’art est une accumulation de richesses », estime Michael Moses de Beautiful Asset Advisors, qui analyse les ventes d’art. « Si les très grandes richesses augmentent à une vitesse jamais égalées, ces gens ont un trop-plein d’argent qu’ils dépensent dans l’art. » À peu près la moitié des transactions d’art sont privées, connues strictement du vendeur et de l’acheteur, toujours selon Art Market Report. Il y a peu d’informations publiques sur ces ventes. Le reste a lieu lors de ventes aux enchères, qui offrent une certaine transparence au regard des sommes en jeu mais autorisent les acheteurs et vendeurs à conserver l’anonymat, ajoute Moses.

Quand des œuvres de très grande valeur changent de main, cela passe souvent par des zones de libre-échange. Tant que l’œuvre demeure dans cette zone, les propriétaires ne paient pas de taxes d’importation ou des frais de douane. Les détracteurs craignent que ce système de libre-échange soit utilisé pour fraude fiscale ou blanchiment d’argent, puisqu’il n’y a pas de traces d’inventaires précis et des transactions. Selon la firme internationale de services professionnels Deloitte, 42% des collectionneurs d’art qu’ils inspectent disent préférer avoir recours à ce système.

La plus vieille zone franche, où sont stockés le plus d’œuvres d’art, est Génève. Il se dit que son complexe de stockage d’œuvres contient suffisamment de trésors pour rivaliser avec n’importe quel musée du monde. Natural Le Coultre, une compagnie dirigée par Yves Bouvier, loue presque un quart de de cet espace dans la zone franche de Genève. Bouvuer est également un des plus gros propriétaires dans les zones franches au Luxembourg et à Singapour et consultant pour une zone en construction à Beijing. Ces intérêts lui ont fait gagner le titre de « roi des ports francs ».

Mais c’est les activités de Bouvier comme entremetteur dans des accords privés qui l’ont placé comme porte-parole du monde de l’art et cible de poursuites civiles. Le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev a porté plainte contre Bouvier à Monaco, Paris, Hong Kong et Singapour, l’accusant de fixer les prix d’œuvres de manière frauduleuse avant de les vendre. Après examen des plaintes, un juge à Singapour a levé le gel des capitaux de Bouvier et un juge à Hong Kong a poursuivi l’affaire. Bouvier a férocement renié les charges qui pèsent contre lui.

Sans surprise, étant donné le nombre milliardaires et de marchands d’art qui font appel aux services de Mossack Fonseca, les deux hommes sont clients de la firme. Les registres du cabinet montrent au moins cinq compagnies liées à Bouvier, bien qu’aucune ne montre de lien avec le cas de Rybolovlev. L’ennemi de Bouvier, Rybolovlev, en a deux. Rybolovlev a décliné tout commentaire. Un représentant de Bouvier a annoncé que son client a utilisé des sociétzs offshore à des fins légales reconnues.

Le jeu des ventes aux enchères

Beaucoup font remonter l’enthousiasme effréné du marché de l’art pour l’art moderne à une vente de novembre 1997. Tenue à Christie’s à New York, la vente aux enchères de la collection de Victor et Sally Ganz a explosé les estimations de vente et a marqué une étape dans la transformation de l’art comme marchandise mondialisée.

« Tout d’un coup, le jeu était lancé avec la vente Ganz comme jamais auparavant », se souvient Todd Levin, directeur de Levin Art Group, une compagnie de conseils d’art à New York. « C’était comme une injection de stéroïdes dans le marché. » Toute l’histoire derrière la vente Ganz n’a jamais été dévoilée. Les documents qui ont fuité révèlent des intérêts cachés et l’un des intermédiaires offshore préférés du monde de l’art, Mossack Fonseca.

Les Ganz collectionnaient des œuvres de Pablo Picasso, Frank Stella, Jasper Johns, Robert Rauschenberg et Eva Hesse. Après la mort du couple, leurs enfants ont été obligés de vendre la collection qui ornait les murs de leur maison de famille. Il a coûté au Ganz deux millions de dollars sur près de 50 ans pour réunir cette collection. En un soir, elle a été vendue pour la somme record de 206,5 millions de dollars.

Le salon des Ganz, avec, au fond, Les Femmes d'Alger de Picasso, vendue pour 179,36 millions de dollars. Photo via

Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on apprend que les héritiers Ganz avaient en réalité vendu la collection des mois avant la vente aux enchères. Un acteur-clef de la transaction était une corporation basée à Niue, un bout d’île dans le Pacifique sud. La compagnie répondait au nom de Simsbury International Corp. Il apparaît que Simsbury International a été créée seulement pour la transaction Ganz en avril 1997. Un mois plus tard, la compagnie procédait à l’acquisition de la collection. L’intermédiaire de Simsbury enregistré est Mossack Fonseca. Des employés du cabinet panaméen ont servi de « directeurs » de Simsbury International, des prête-noms qui dirigent la compagnie sur le papier mais qui n’exercent aucune autorité réelle dans les faits. Ces prête-noms ont signé des accords au nom de la compagnie avec une banque, une maison de vente et une entreprise de transport.

La propriété de la compagnie était tenue par des « titres au porteur ». Ce sont de simples certificats qui permettent à celui qui détient ces papiers de transférer ou réclamer anonymement leur valeur. Aujourd’hui, ils sont interdits dans de nombreux pays en raison de leur utilité pour ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ou le blanchiment d’argent.

Dans un accord passé le 2 mai 1977, Simsbury International a acheté les peintures les plus importantes de Ganz pour 168 millions de dollars de Spink & Son, une maison de vente aux enchères londonienne qui appartenait alors à Christie’s, selon les documents de Panama Papers. La nature exacte des arrangements entre la famille Ganz et Christie’s ne sont pas indiqués clairement dans ces dossiers.

Un représentant de la famille Ganz n’a pas souhaité répondre aux questions de l’ICIJ concernant les détails spécifiques de la transaction de la vente aux enchères. La vente venait avec un accord latéral. Si les enchères des biens dépassaient le prix le haut fixé, le propriétaire de Simsbury International et de Spink & Son partageraient la différence.

L’homme qui officiait comme avocat pour Simsbury, et qui avait le contrôle sur la compagnie et son compte en banque, était le milliardaire britannique Joseph Lewis. Alors homme le plus riche d’Angleterre, Lewis a fait fortune en pariant sur les fluctuations de devises. Il était également actionnaire majoritaire de Christie’s. Le catalogue de la vente Ganz énonçait « Christie’s a des intérêts financiers directs dans tous les biens de cette vente » mais les termes de ces intérêts n’ont jamais été éclairés. La vente Ganz a permis à Christie’s de faire de 1997 l’une de ses plus meilleures années de vente jusqu’à aujourd’hui encore. L’actionnaire a empoché plus de 2 milliards de dollars cette année-là. Lewis n’a pas donné de réponse à notre demande de commentaire.

L’une des peintures les plus chères vendues ce soir-là était Les Femmes d’Alger, version O de Picasso [acquise pour 179,36 millions de dollars, ndlr]. C’est l’une des œuvres d’une série de 15 que l’artiste espagnol a réalisée au milieu des années 50. En sus de la version « O », la vente Ganz incluait les versions « M », « H » et « K ». Parmi les enchérisseurs, on trouve le clan du milliardaire Nahmad. David Nahmad est reparti avec la version « H », venue parfaire ce qui est considéré comme l’une des plus grandes collections privées de Picasso.

Une dynastie du marché de l’art

Les Nahmad ont commencé par bâtir une dynastie bancaire de Juifs séfarades originaires d’Alep en Syrie. En 1948, Hillel Nahmad déménage avec sa femme et ses huit enfants à Beyrouth. Trois de ses fils — Giuseppe, David et Ezra — finissent par s’installer à Milan, et au début des années 60, sont d’importants marchands d’art. Giuseppe, le patriarche de la famille, a un goût prononcé pour les voitures de sport et, selon son frère David, a même eu une aventure avec Rita Hayworth. Il a également excellé dans le business d’art au même titre qu’en bourse, gardant des œuvres jusqu’au moment le plus opportun pour en tirer le maximum de profits.

Après la mort de Giuseppe en 2012, David a endossé le rôle de chef de famille. Son grand frère Ezra et lui ont tous deux appelé leurs fils respectifs Hillel, d’après leur grand-père. Qui répondent depuis tous deux également au surnom d’Helly. Les quatre poursuivent le business familial. Les fortunes additionnées des deux frères survivants est estimée par Forbes à 3,3 milliards de dollars. Ils vivent à Monaco, entre autres lieux de résidence. En plus d’opérations boursières et du commerce d’art, David Nahmad est également un champion de backgammon. Chacun des deux frères a une galerie à son nom : le fils d’Ezra tient la Helly Nahmad Gallery à Londres et la descendance de David, une galerie du même nom à New York.

La Helly Nahmad Gallery de New York à Art Basel Miami, le 4 décember 2013. Photo : Rhona Wise/EPA

Les documents de Mossack Fonseca démontrent que les Nahmad sont parmi les premiers adeptes de l’offshore pour le commerce d’art. Giuseppe Nahmad a enregistré l’International Art Center S.A. en 1995 par le biais de la banque suisse UBS et de l’antenne suisse de Mossack Fonseca. Il n’est pas exclu que le tour de passe-passe ait existé sous une autre forme avant cette date. Un document dans les dossiers de Mossack Fonseca fait état de l’acquisition des Danseuses d’Edgar Degas par l’IAC en octobre 1989.

Le commerce des Nahmad, qui contourne les juridictions, est bâti sur mesure pour l’offshore. Avec les bases du clan établies dans trois pays, des galeries de chaque côté de l’océan Atlantique et la plupart des œuvres stockées en Suisse, la famille a besoin des rouages plus ou moins légaux qu’offrent les sociétés offshore.

L’IAC n’est pas la seule société de la famille chez Mossack Fonseca. Giuseppe Nahmad a également créé Swinton International Ltd., qui a été enregistrée dans les Îles Vierges britanniques en août 1992. Les sociétés sont interconnectées pour l’usage de la famille. Giuseppe Nahmad était mandataire du compte UBS d’IAC dès 1995. David et Ezra avaient aussi le pouvoir de signer au nom de la compagnie. Giuseppe a ouvert un compte avec son frère Ezra Nahmad chez Citibank deux ans plus tard.

En 1995, Switon International autorise David Nahmad à négocier la vente de cinq peintures que la société détient détient — une huile sur panneau de Picasso, les Danseuses de Degas, deux huiles sur toile d’Henri Matisse et une huile sur toile de Raoul Dufy. Certaines des peintures ont ensuite été vendues chez Sotheby’s, indiquées comme provenant d’une « collection privée ». Deux d’entre elles sont devenues la propriété d’International Art Center.

La possession d’IAC était à l’origine détenue en titres porteuses, rendant impossible de dire à qui elle appartenait vraiment. En 2001, une résolution du conseil de direction de Mossack Fonseca a créé 100 titres dans la compagnie et les a attribués à Giuseppe. En 2008, ces centaines de titres ont été distribués en parts égales à David et Ezra Nahmad. Un an plus tard, Ezra les a partagé avec son fils Hillel. David n’a pas suivi l’exemple.

Helly et David Nahmad devant un Picasso. Photo via

Des tensions font surface en 2007 entre David et son fils, dans l’un des rares portraits de la famille, paru dans Forbes. L’article cite David, qui arbore un air renfrogné : « Mon fils aime beaucoup la publicité. Je n’aime pas la publicité. » Les loisirs de son fils Helly ne le désigne pas comme actionnaire approprié pour l’International Art Center. Comme son oncle Giuseppe, Helly a un gros appétit. Les tabloïds rapportent ses exploits : un étage d’appartements à plusieurs millions de dollars dans la Trump Tower, des relations amoureuses avec des mannequins, amicales avec des stars du cinéma et le jeu avec d’importantes sommes. Rien de ça n’a réellement posé problème jusqu’à un procureur du Southern District de New York, Preet Bharara l’inculpe en avril 2013 pour son rôle dans un jeu impliquant 100 millions de dollars et du blanchiment d’argent en lien avec des gansters russes.

Des enregistrements de cette affaire dévoilent des discussions sur l’utilisation du commerce d’art de sa famille. « Les banques ont parfois besoin d’un motif pour un virement, n’est-ce pas ? » dit-il dans une conversation datée de mars 2012, citée dans le rapport de sentence du tribunal. « On peut juste dire “Ah, vous achetez une peinture”. S’ils ont besoin d’une justification, tu vois ce que je veux dire ? Tu n’as qu’à faire “Ah ouais, j’ai acheté, vous savez, un dessin de Picasso” ou quelque chose comme ça. » Il n’a jamais été prouvé en audiences que ces indications entendues ont eu lieu. La conversation n’a pas été prise en compte dans le jugement final et l’avocat des Nahmad a affirmé en interview que ça n’avait rien à voir avec l’affaire du Modigliani.

Helly Nahmad a plaidé coupable pour avoir participé à un business de jeux d’argent illégal en novembre 2013. Un juge l’a condamné à un an et un jour d’emprisonnement. Il a également accepté de verser une amende de 6,4 millions de dollars et de se dessaisir d’une peinture de Raoul Dufy. Il a purgé cinq mois.

*Suite de l'investigation à retrouver demain sur The Creators Project. *_Cet article est paru à l'origine sur _Vice News US.

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Alexandre Haederli, Juliette Garside, Frederik Obermaier et Bastian Obermayer ont contribué à cet article.