Élections 2017

Que se passera-t-il (vraiment) si Marine Le Pen est élue présidente de la République ?

Référendums à gogo, politique sécuritaire et possible sortie de l'UE : en compagnie d'un historien spécialiste du FN, on a tenté de comprendre tout ce qui nous attendait, au cas où.

par Ludivine Bénard
14 Avril 2017, 5:00am

Image tirée du clip de campagne officiel de Marine Le Pen

Depuis quelques mois, les sondages se suivent et se ressemblent : Marine Le Pen serait au second tour de l'élection présidentielle. Si ces mêmes enquêtes annoncent pour l'instant systématiquement sa défaite finale, faisons-nous un peu froid dans le dos et imaginons que le 7 mai 2017, à 20 heures, ce soit le visage de Le Pen fille qui se dessine sur les écrans de nos télévisions. Que se passerait-il vraiment dans une telle situation ?

Outre le départ quelque peu anecdotique de personnalités du monde de la culture et des médias – Jean-Marie Gustave Le Clézio, Enrico Macias, Laurent Ruquier et Anthony Delon en ont fait le serment –, la nouvelle occupante de l'Élysée pourrait chambouler l'Hexagone, et pas seulement en « restaurant une véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires » (mesure 112 de son programme). Modification de la Constitution, sortie possible de l'Union européenne, rétablissement d'une monnaie et de frontières nationales, limitation drastique de l'immigration : le programme de Marine Le Pen, s'il était scrupuleusement mis en place, aboutirait à de profonds revirements du point de vue de nos institutions, de l'Union européenne, des marchés financiers, de la monnaie, de l'emploi… On a donc voulu en savoir plus sur ce qui pourrait se produire après sa possible élection. Pour ce faire, on a demandé de l'aide à Nicolas Lebourg, historien et spécialiste du Front national.

Entre les résultats et l'investiture de Marine Le Pen, une semaine cruciale pour la France

L'investiture d'un nouveau président a habituellement lieu une dizaine de jours après le second tour, et au plus tard le dernier jour du mandat du président sortant – fixé au 14 mai selon le calendrier électoral de 2017. Du 7 au 14 mai, Marine Le Pen n'est donc pas encore officiellement présidente. Durant cette période transitoire, elle pourrait assister, impuissante, à la débandade des marchés financiers et la fuite des capitaux.

Dès le lundi 8 mai, les marchés financiers ont le temps de s'organiser. Mais revenons au B.a.-ba. On entend par « marché financier » un marché sur lequel des personnes, des sociétés privées et des institutions publiques peuvent négocier des titres financiers, des matières premières et d'autres actifs, à des prix qui reflètent l'offre et la demande – c'est la définition Wikipédia classique. Depuis que la France n'a plus le droit de financer la dette publique par des emprunts gratuits à la Banque de France (interdiction formulée clairement par le Traité de Maastricht), les marchés financiers en détiennent la totalité – sachant qu'une grande partie de la dette est détenue par des investisseurs étrangers. Marine Le Pen élue, on peut imaginer que ces investisseurs, effrayés par la perspective d'une sortie de la zone euro (voire de l'UE) et sans doute désireux de « faire payer » à la France son choix politique, s'empresseront de revendre les obligations françaises – ce que l'économiste Gaël Giraud redoute, arguant que la France ne pourra alors s'endetter qu'à un taux d'intérêt nettement supérieur. Pour contrer cela, Marine Le Pen propose d'autoriser à nouveau le financement direct du Trésor par la Banque de France (mesure 43), sans jamais évoquer les risques d'inflation que cela sous-entend.

En une semaine, les investisseurs peuvent également décider de retirer leurs fonds placés en France : c'est ce qu'on appelle la fuite des capitaux – une fuite qui est à prendre avec des pincettes, tant la France demeure une place forte de la finance mondiale. Le départ des investisseurs vers l'Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Chine ou le Japon serait lourd de conséquences. En plus de créer une possible crise de liquidités pour les banques françaises, le phénomène créerait des créances considérables dans les pays d'accueil, bousculant l'ordre économique mondial. Face à ce possible bouleversement, Marine Le Pen semble pour le moment exclure un contrôle des capitaux, comme l'a précisé Bernard Monot, « stratégiste économique du parti », qui préfère miser sur « la communication, l'échange » entre pays européens et, si la sortie de l'euro était validée par référendum, sur la mise en place d'une double monnaie, l'une pour les Français au quotidien, l'une pour les États et les entreprises. 

Les banques, sur le qui-vive depuis la faillite de Lehman Brothers et la grave crise qui a suivi, organisent désormais des stress-tests pour déterminer leur capacité à faire face à des chocs très défavorables. Aujourd'hui, ces mêmes banques organisent en toute confidentialité d'autres tests du même genre pour estimer leurs pertes en cas de victoire du FN. Ce qui prouve deux choses : les banques craignent réellement l'arrivée de Le Pen au pouvoir ; elles se préparent activement à cette éventualité pour survivre.

Entre l'investiture et les élections législatives : le gouvernement provisoire

Sitôt investie, Marine Le Pen devra nommer son Premier ministre, qui lui proposera un gouvernement. Quelle stratégie opérer ? Selon Nicolas Lebourg, « avant les législatives, Marine Le Pen devra se contenter de gestes symboliques, dans l'optique de gagner le futur scrutin. À ce stade, son principal adversaire sera la peur. Il lui faudra donc s'adresser à l'électorat de droite sur des signaux clairs : sécurité, travail, nation. » Donc, de fait, « pas de poids lourds du FN dans ce gouvernement, tant le risque de cohabitation serait extrême un mois plus tard. Il lui faudrait tenir l'État avec ce qu'elle a à disposition – ce que l'on vendrait à l'opinion sur le thème du gouvernement resserré et exemplaire. »

Ce gouvernement provisoire est tenu de démissionner au lendemain des élections législatives, prévues les 11 et 18 juin 2017. Et c'est là que les choses se compliquent et que les scénarios se multiplient, car les députés fraîchement élus à l'Assemblée nationale doivent voter la confiance au gouvernement. Sans majorité parlementaire, Marine Le Pen se verra dans l'obligation de composer un gouvernement de cohabitation ou de dissoudre l'Assemblée nationale, entraînant de nouvelles élections législatives.

Marine Le Pen peut-elle avoir la majorité ?

Dans l'histoire de la Ve République, un effet mécanique fait qu'après une élection présidentielle, les législatives confirment la victoire du nouveau président, qui peut compter sur une majorité absolue de députés lui étant favorables. Évidemment, le cas d'un parti comme le Front national – dont les candidats feront sans doute face à des « fronts républicains » et à des triangulaires serrées – est éminemment complexe et rebat toutes les cartes. Sur combien de députés le Front national pourra-t-il compter ? Et son corollaire : Marine Le Pen pourra-t-elle gouverner comme elle l'entend ?

D'aucuns ont longtemps considéré que le FN avait du mal à s'ancrer localement. Or, selon les dernières élections locales, la donne a considérablement changé. Prenons en exemple les régionales de 2015. Si le FN n'a finalement remporté aucune région, il a réuni 6,8 millions d'électeurs au second tour – un score historique, qui dépasse le record de la présidentielle de 2012 – et a triplé le nombre de ses conseillers régionaux – de 118 sièges en 2010 à 358 en 2015.

Dans ces conditions, difficile de nier que le FN connaîtra une augmentation fulgurante du nombre de ses députés. En 2012, 61 candidats frontistes à la députation s'étaient maintenus au second tour. Deux seulement avaient été élus : Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse, et Gilbert Collard dans le Gard. Avec un système d'alliances efficace avec les partis de droite, combiné au climat victorieux de la présidentielle, le Front national peut logiquement envisager une augmentation considérable de son nombre de députés. Si certains cadres du parti se veulent « raisonnables » – comme Nicolas Bay, secrétaire général du FN, qui tablait, en décembre 2016, sur 30 à 40 députés frontistes en 2017 – Marine Le Pen, elle, est confiante. « Depuis un certain nombre d'années, on a accueilli pas mal de gens qui viennent d'horizons divers. Nous allons avoir beaucoup d'autres personnes qui vont nous rejoindre, avant le premier tour, dans l'entre-deux-tours, après le second tour », confiait-elle récemment au Monde. Son succès à la présidentielle et la volonté d'une partie de la droite de toujours peser sur la politique nationale – permettant des alliances locales entre FN et Républicains – seront-ils suffisants ?

Majoritaire (absolue ou relative) à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen pourrait modeler un gouvernement à son image, bien qu'elle ait précisé que son Premier ministre « ne sera pas forcément issu du FN ». Si L'Obs, dans son « scénario noir de victoire du FN », imagine un Dupont-Aignan à la tête du gouvernement, d'autres se figurent un Florian Philippot ou… un Henri Guaino. Mais, si on en croit ses récentes déclarations, l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy semble assez réticent : selon lui, le clivage FN - En Marche !, qui pourrait succéder à celui du Parti socialiste - Les Républicains, serait un « nouveau clivage [qui] s'imposerait sous sa forme la plus radicale, ou si l'on veut, la plus caricaturale » sans qu'il n'y ait « plus de place dans ce débat-là pour la moindre nuance, pour la moindre pensée qui prennent en compte la complexité du monde et de la condition humaine ». À défaut de la jolie prise Guaino, Marine Le Pen pourrait aussi envisager de se rabattre sur un Laurent Wauquiez, dont la proximité avec le FN n'est plus à démontrer.

Et si Marine Le Pen n'a pas la majorité ?

Si, malgré le climat favorable et le jeu des alliances, Marine Le Pen se retrouve sans majorité parlementaire, les choses se compliquent. Sans la confiance de l'Assemblée, seul un gouvernement de cohabitation est possible. Marine Le Pen sera alors obligée de choisir un Premier ministre reconnu par la nouvelle majorité, comme François Mitterrand avec Jacques Chirac en 1986 et Édouard Balladur en 1993, ou ce même Chirac avec Lionel Jospin en 1997.

Pour constituer ce gouvernement, Marine Le Pen pourrait alors miser sur des hauts fonctionnaires et des conseillers inconnus du grand public. Comme le souligne Nicolas Lebourg, « il resterait alors la voie de techniciens, jamais élus, renvoyant à ce sondage de 2015 qui montrait que 67 % des sondés seraient tentés par un gouvernement "de personnes non élues qui réaliseraient des réformes nécessaires mais impopulaires". Mais l'affaire resterait délicate, car la composition d'un gouvernement doit correspondre à divers critères : avoir des gens aptes à mener une politique et à tenir leur administration, satisfaire l'électorat, rassurer vos partenaires internationaux. » Un casse-tête pour la nouvelle présidente. D'autant plus que, parmi les noms connus, si Florian Philippot peut légitimement prétendre à l'Économie, ni Marion Maréchal-Le Pen (qui devrait se rabattre sur la présidence du groupe parlementaire FN) ni Louis Aliot ne devraient être de la partie.

Chantier prioritaire n° 1 : la modification de la Constitution

Marine Le Pen l'a martelé durant la campagne : son objectif premier est de « redonner la parole au peuple » et, pour ce faire, de recourir massivement aux référendums – ce qui lui permettrait notamment de modifier la Constitution (mesure 2). Un trait caractéristique de son appartenance politique, selon Nicolas Lebourg : « L'idée d'une République référendaire, avec un président fort gouvernant à coups de référendum, par-delà les corps constitués et intermédiaires, est consubstantielle du courant national-populiste auquel se rattache le FN, tel que ce courant apparaît dans les années 1880. »

Marine Le Pen s'appuie sur un argument de poids : le non-respect du référendum de 2005, où les Français ont rejeté le traité établissant une Constitution pour l'Europe à 54,7 %, lequel sera légèrement réécrit et sera soumis, trois ans plus tard, sous le nom de traité de Lisbonne, au Parlement – qui le validera. Forte de cette « trahison » des partis de gouvernement, la nouvelle présidente pourrait bénéficier à plein du référendum – seule voie d'action pour elle sans majorité parlementaire, au passage – en s'assurant à peu de frais une réputation de vraie démocrate.

L'extension du champ référendaire doit-elle inquiéter si on n'est pas d'extrême droite ? Selon Lebourg, « la solution rationnelle pour éviter la dérive plébiscitaire serait que nous soyons assez mûrs collectivement pour organiser annuellement plusieurs référendums le même jour. On sortirait du problème du soutien à l'exécutif puisque, par exemple, on voterait « oui » à deux questions et « non » à deux autres. On pourrait ainsi concilier la demande participative et la stabilité du pays. » Pour résumer, le citoyen français pourrait ainsi exprimer son opposition à certaines mesures proposées par Marine Le Pen, tout en en validant d'autres – dans un tel cas de figure, ce ne serait pas uniquement la personnalité de la présidente qui serait en jeu, mais aussi les politiques qu'elle compte mettre en place. 

Chantier prioritaire n° 2 : la sortie de l'Union européenne

Comme elle le confiait au Monde, Marine Le Pen souhaite, tout de suite après les élections législatives, organiser un référendum qui portera sur la révision constitutionnelle avec « inscription dans la Constitution de l'interdiction du communautarisme, [de l']autorisation de la priorité nationale, [de la] défense et promotion du patrimoine historique et culturel, [de la] suppression des régions et des intercommunalités, [de la] réduction du nombre des députés à 300 et des sénateurs à 200, [de l']introduction de la proportionnelle intégrale à l'Assemblée nationale – avec une prime majoritaire à 30 % –, [de la] suppression du chapitre sur l'Union européenne, [de la] supériorité de la loi française sur les traités européens et les droits dérivés antérieurs, […]. » Un chantier conséquent qui, si le référendum est accepté par la population et les mesures traduites dans la législation, implique des changements de premier plan concernant l'économie, les institutions républicaines, la hiérarchie des normes

Concomitamment, Marine Le Pen souhaite se rendre à Bruxelles afin d'engager une négociation avec les partenaires européens « sur le retour des quatre souverainetés : monétaire, législative, budgétaire et territoriale » de la France (mesure 1). Six mois après, elle veut organiser un second référendum, concernant la sortie de l'Union européenne. « Si j'ai obtenu gain de cause [auprès des institutions européennes], je suggère aux Français de rester. Sinon, je leur conseille de sortir de l'UE », annonce-t-elle. Et quel serait le vote du peuple en cas de référendum ? Nicolas Lebourg rappelle : « Si les opinions positives à l'égard de la situation économique de l'UE sont majoritaires dans douze états membres, en France, elles plafonnent à 18 %. Le problème, c'est que si ces thèmes permettent de bien différencier le parti de Marine Le Pen de LR et du PS, le FN n'a toujours pas trouvé de réponse crédible au risque d'explosion des dettes privées et publiques. »

Du côté des sondages, tout est flou. S'ils étaient 53 % à souhaiter un référendum sur le maintien ou non de la France dans l'UE en mars 2016 (avant le Brexit), les Français étaient, deux mois après, 45 % à vouloir s'y maintenir et 33 % à vouloir en sortir. Ce qui fait dire à Nicolas Lebourg : « Après le Brexit, une enquête d'opinion a montré que ce dernier avait plutôt eu pour effet de renforcer le scepticisme vis-à-vis d'un Frexit. L'idée que l'appartenance du pays à l'UE est "plutôt une bonne chose" a bondi à 67 %. »

Mais si les Français décidaient de partir ? Un référendum qui validerait la sortie de la France de l'UE aurait tôt fait d'inquiéter (encore plus) les marchés financiers.

En cas de « Frexit » – et donc de fin de l'euro dans notre pays – les solutions seraient peu nombreuses. Marine Le Pen pourrait envisager un coup de poker politique en lançant la procédure de sortie de l'UE le week-end, alors que les marchés financiers sont fermés. Sinon, elle pourrait envisager de réquisitionner la Banque de France et décider, par la suite, de recréer la monnaie nationale qu'elle appelle de ses vœux afin de rembourser la dette en francs – ce qui n'est pas sans risques, comme Les Échos l'ont récemment rappelé.

Et concrètement, pour les Français, il se passe quoi avec le FN au pouvoir ?

Marine Le Pen prévoit dans son programme des mesures fortes à destination des classes populaires : abaissement des charges sociales des TPE-PME (mesure 46), fixation de l'âge légal de la retraite à 60 ans (mesure 52), retrait de la loi El Khomri (mesure 53), rehaussement du plafond du quotient familial (mesure 54), revalorisation du minimum vieillesse (mesure 58), baisse des tarifs de gaz et d'électricité de 5 % (mesure 60), baisse de 10 % de l'impôt sur le revenu sur les trois premières tranches (mesure 75)… Toutes ces mesures, qui s'inscrivent dans sa volonté de construire un « nouveau modèle patriote », seraient financées par des économies réalisées, entre autres, sur le coût de l'immigration. C'est le principe posé par la mesure 43, qui veut « remettre de l'ordre dans nos finances publiques par la fin des mauvaises dépenses publiques (notamment celles liées à l'immigration et à l'Union européenne) et par la lutte contre la fraude sociale et fiscale ». Concrètement, et selon la mesure 71, les économies réalisées se feraient, par exemple, par la suppression de l'Aide médicale d'État, réservée aux sans-papiers – qui ne devrait pas rapporter tant que ça. On notera par ailleurs que la fraude sociale – estimée à 700 millions d'euros par an – est citée AVANT la fraude fiscale – qui, elle, constituerait un manque à gagner de 60 à 80 milliards d'euros pour les finances publiques. En outre, pas un mot sur l'optimisation fiscale, qui concernerait un grand nombre de multinationales. De la même façon, on peut noter l'absence – qui en dit long – des occurrences « actionnaire » ou « dividende » dans un programme pourtant riche de 144 mesures. L'ennemi de Marine Le Pen, ce n'est pas la finance. 

Selon le programme frontiste, la possibilité d'un État social serait donc faisable sans augmentation de l'imposition, le tout reposant « simplement » sur la limitation de l'immigration et la sortie possible de l'UE. L'immigration légale serait réduite à un solde annuel de 10 000 personnes (mesure 26) – en lien avec la fin du regroupement familial et de l'acquisition automatique de la nationalité française par mariage. Le droit du sol serait supprimé, ainsi que la double nationalité extra-européenne (mesure 27). Le FN évite ici de s'atteler à un chiffrage précis des économies réalisées, sans doute parce que le parti semble avoir du mal à se mettre d'accord. Comme le fait remarquer Nicolas Lebourg, « Marine Le Pen a estimé, en 2012, que l'immigration coûtait 40 milliards d'euros, puis 70 milliards en 2014, puis 100 milliards en 2015. Alors que son secrétaire général, Nicolas Bay, situait ce coût entre 25 et 60 milliards à l'université d'été du parti, en 2016. »

À quoi ressemble la France Bleu Marine ?

Sans surprise la France Bleu Marine est celle de l'ordre et de la sécurité. Pour ce faire, Marine Le Pen veut réarmer massivement les forces de l'ordre (en personnels – avec un plan de recrutement de 15 000 policiers et gendarmes – et en matériel), tandis qu'elle veut garantir à ces derniers une protection juridique difficilement concevable pour pas mal de juristes : la « présomption de légitime défense » (mesure 13). Inversant la charge de la preuve (ce ne serait plus au policier de prouver qu'il était en situation de légitime défense, mais à la victime de démontrer qu'il ne l'était pas), la mise en place de cette présomption bousculerait des principes de base de notre État de droit.

Le programme tout-sécuritaire de Marine Le Pen passe également par l'action contre les « bandes délinquantes et criminelles » et le terrorisme. Ainsi, elle propose « l'interdiction des organismes de toute nature liés aux fondamentalistes islamistes », la « fermeture de mosquées extrémistes », « la déchéance de la nationalité française, l'expulsion et l'interdiction du territoire pour tout binational lié à une filière djihadiste » et le retour de l'indignité nationale pour les Français liés au terrorisme islamiste (mesures 29 à 32) – des mesures dont l'application se heurtera à des obstacles juridiques certains.

Véritable pilier de son programme, la lutte contre le terrorisme permet, selon Nicolas Lebourg, « de faire passer des représentations sur le multiculturalisme, les migrations, le passé colonial ou la répression pénale. Avec le FN, le terrorisme n'est pas qu'une question sécuritaire mais aussi une question culturelle, qui vise la société multiethnique. »

Conjointement, Marine Le Pen prévoit des réformes massives du côté de la justice. Le volet judiciaire prévoit ainsi la suppression de la loi Taubira – qui réaffirmait le principe d'individualisation de la peine – le rétablissement des peines plancher, la suppression des « remises de peine automatiques », la suppression des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes, la création de 40 000 places de prison supplémentaires, l'expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers et… la suppression de l'École nationale de la magistrature, plus sûr moyen selon Marine Le Pen de « rompre avec la culture du laxisme » (mesures 17 à 23). Voilà qui devrait entraîner la mobilisation d'une bonne partie des acteurs de la justice française.

Et s'il vous prenait l'envie de manifester ?

Justement, peut-on espérer infléchir la politique lepéniste à coups de grève et de manifestation ? Réponse dès le soir du second tour, où une victoire de la candidate frontiste devrait entraîner de fortes mobilisations. Mais la présidente du FN a été très claire : pour elle, il ne doit pas y avoir de manifestations durant l'état d'urgence. Les Français resteront-ils sagement chez eux ? Pour Nicolas Lebourg, « il est bien évident qu'une interdiction de manifestation ne serait pas respectée. Cela conduirait à une très grosse prise de risque politique et sécuritaire, qui pèserait extrêmement lourd sur la campagne des législatives. Pour dire les choses franchement : il faudrait que Marine Le Pen soit sérieusement inconsciente pour appliquer une telle décision. » 

Un dernier conseil, cependant, à l'attention des manifestants : une mesure du programme frontiste prévoit de « simplifier pour ceux qui en sont victimes les procédures visant à faire reconnaître la diffamation ou l'injure ». Un point qui tient visiblement à cœur à Marine Le Pen, puisqu'elle l'a placé en septième position de son programme. Prenez donc garde à ne pas crier trop fort des insultes à l'encontre de la future présidente potentielle de la République française.

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