Souviens-toi, Barcelona !
Culture

Souviens-toi, Barcelona !

On a demandé à Laura Lacoste comment elle racontait sa vie, sa ville et ses potes en photos.
22.2.17

En plein hiver on reste au lit, on regarde les rayons d'un soleil trop rare donner un peu de vie à la pièce. On joue avec son vague à l'âme en triturant des souvenirs et les plus insulaires des casaniers notent, captent ou écrivent — pour eux — cette nostalgie légère et si particulière. Cela donne des journaux intimes à la sensibilité dévastatrice et dans le cas de Laura Lacoste, des photos justes. Des photos qui racontent sa vie, sa ville et ses proches tout en laissant la porte ouverte à beaucoup plus.  Laura Lacoste a 27 ans, viens de Bordeaux et habite à Barcelone depuis 3 ans. Elle y réalise des clichés sur son quotidien, en couleurs et en noir et blanc. Comme on n'arrivait pas à comprendre pourquoi ses photos si simples étaient aussi efficaces, on est allé lui poser quelques questions.

Creators : Salut Laura, tu photographies depuis longtemps ? 
Laura Lacoste : Je photographie depuis mes 16 ans, ça s'est fait assez naturellement. Je passais beaucoup de temps à regarder les photos de famille, chez mes parents, grands-parents. Je ressentais comme une nostalgie et dès que j'ai eu un appareil photo entre les mains je me suis mise à photographier tout ce qui m'entourait.

Photographier me permet de garder des moments et d'en raconter. J'aime prendre en photo mon entourage car beaucoup ont une vision négative d'eux-mêmes. C'est un défi de prendre en photo quelqu'un qui ne s'aime pas.

Comment tu choisis entre couleurs et noir et blanc ?
Je n'ai pas la réponse, ça a toujours été le dilemme mais le noir et blanc l'emportent presque tous le temps. J'aime révéler mes pellicules et faire des tirages, je ne sais le faire qu'en noir et blanc. Quand j'y pense, tous les travaux de photographes que j'admire travaillent en noir et blanc.

Qui sont les gens sur tes photos ?  
Les personnes sur mes photos font partie de mon entourage: mes amis, mon copain, ma famille… Je suis à l'aise avec eux. Ma satisfaction est de photographier un proche qui se trouve tous les défauts du monde et peut se découvrir sous une autre perspective en voyant le regard que je porte sur lui. J'ai plusieurs amies très complexées avec leurs corps qui ont accepté de se faire photographier nue, et ceci a été une transition importante dans leurs vies. C'est vraiment ça qui me plaît.

Je photographie rarement des personnes que je ne connais pas, j'ai l'impression que l'inspiration me vient quand j'ai une relation avec le sujet photographié. Récemment, je suis tombé sur le profil Instagram d'une fille sublime sur Instagram.  Je lui ai écrit et je l'ai photographié, c'était pas si dur finalement.  

Ma grand-mère est complètement hallucinée lorsqu'elle me voit prendre en photo son lit défait, ou un portrait d'elle à son réveil; "tu vas encore gâcher ta pellicule, c'est n'importe quoi".

Pas d'inconnu dans la rue donc ? 
Je croise des personnes très touchantes tous les jours, qui ne s'imaginent pas que quelqu'un peut les regarder sous cet œil. Mais si cette personne à la rue par exemple, je n'oserai pas la photographier. Il faut que je bosse là-dessus.

Qu'est ce que tu fais lorsque tu ne prends pas de photos ?  Je regarde beaucoup de films qui m'inspirent également, je vais au cinéma je lis dès que j'ai un peu de temps, et je pense toujours à des projets photos que j'aimerais mettre en place. Lorsque j'étais en licence pro, j'ai fait un long stage au Pôle Culture d'un hôpital psychiatrique. Je me suis rendue compte que la culture était partout. Lorsque je rendais visite aux patients le matin, je trouvais dans leur chambre des mots, des poèmes, des collages, des peintures ou des dessins. J'ai parfois été bouleversée en écoutant les poèmes de certains patients. Cette période a été pour moi une véritable source d'inspiration, et j'aimerais retranscrire ça en images un jour.