sexe

La vie sexuelle d’une MILF de Saint-Eustache

Du bowling, des pipes et Kangourou Jack.
3.3.17

Je suis allée jouer au bowling avec Marie Lachance. J'étais en robe trop courte et printanière, pour oublier qu'à l'extérieur du sous-sol de la Salle de Quilles Iberville, il y avait du verglas, de la neige brune et un vent assez fort pour dévoiler mon g-string à tous les automobilistes. Marie Lachance, elle, portait ses petites lunettes, un gros chandail de laine et ses leggings Lululemon d'ex-professeure de Pilates.

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Âgée de 29 ans, elle a deux enfants : une fille de 6 ans et un garçon de 5 ans. Avant d'être maman à la maison et de se préoccuper de compost, elle a voyagé partout dans le monde et collectionné les aventures, avec un héroïnomane, un sosie de Chewbacca et trois pizzaïolos.

Après avoir persuadé le gérant de la salle de quilles que nous n'avions pas besoin de souliers de bowling parce que nos talons hauts étaient antidérapants, j'ai posé des questions à Marie sur sa vie sexuelle, entre nos tentatives d'être des championnes de bowling.

Quel est ton sous-vêtement préféré? 
Je porte du coton confo tous les jours, mais pour les moments romantiques je porte de la dentelle noire.

Fais-tu l'amour menstruée?
Jamais. Jusqu'à 22 ans, je le faisais et je me suis fatiguée des sensations trop « shmouteuses » et de la boucherie dans mes draps.

Qu'est-ce qui te rend mal à l'aise dans la sexualité?
J'ai vraiment souffert d'entendre mes parents baiser. Je veux pas que mes enfants m'entendent et, quand je suis chez mes parents ou chez mes beaux-parents, il n'est pas question que je baise.

À quel âge as-tu perdu ta virginité?
Disons qu'il y a eu plusieurs prises. En secondaire trois, je n'ai rien senti, comme si finalement mon chum ne m'avait pas pénétrée vraiment, qu'il était juste passé entre mes cuisses. À 16 ans, mon professeur d'école de conduite a tenté de me faire l'amour, mais j'ai vraiment une trop petite porte d'entrée et lui, il avait une trop grosse queue. Puis, avec mon Thomas, mon amoureux, on s'y est pris par deux fois, parce que sa queue était trop grosse aussi. Maintenant, je suis bien. Je me suis adaptée, mais il y a des positions sexuelles que je ne fais jamais, comme la cowgirl à l'envers, parce que ça défonce trop ma petite porte d'entrée.

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Est-ce qu'il y a d'autres pratiques sexuelles que tu n'aimes pas?
Je n'avale pas. Je n'ai jamais avalé. Ça sent l'eau de javel. Et c'est un liquide gluant et chaud, comment tu veux que j'aime ça? Je me sens parfois comme une vieille Anglaise de 150 ans.

Qu'est-ce que tu aimes plus comme pratique sexuelle?
J'aime beaucoup faire des pipes. J'aime être assise sur le lit, et que Thomas soit devant moi, debout. Mais en hiver, il a trop froid alors je dois le sucer sous les couvertures. J'aime mieux les pipes du printemps.

Avant de passer à une autre question, un monsieur d'environ 70 ans est venu nous voir pour nous apprendre des trucs : « Il faut lancer la boule, lui faire faire un rebond, pas juste la pousser devant vous ». Il nous a montré comment, puis nous a encouragées. La gang de personnes aux cheveux blancs avec lui nous a saluées, enthousiaste et avec une aura de sucre à la crème maison et de gentillesse aux boules à mites.

Quand est-ce que tu trouves ça ennuyant de baiser?
Je ne fais jamais l'amour quand ça ne me tente pas. J'ai peut-être fait semblant deux fois dans ma vie. Alors je ne trouve ça jamais ennuyant, sinon j'imagine que, lorsque je suis fatiguée, c'est moins le fun.

Quelles sont les différences entre baiser droguée et baiser pas droguée?
Pour moi ce n'est pas compatible, la drogue et le sexe. Quand je consommais beaucoup, je n'avais pas envie de contacts très intimes. Sous l'effet de l'ecstasy, j'aimais être touchée et toucher, mais ça se rapprochait du tantrisme. Je n'aurais pas voulu plus.

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Quelle est ta meilleure aventure sexuelle en voyage?
J'étais en Australie, dans le désert et c'était le lieu de tournage du film Kangourou Jack. Je travaillais dans un café et un jour j'ai vu la plus belle affaire du monde entier. C'était un acteur du film. On a eu une liaison, mais un jour, après m'avoir baisée, il est allé sous la douche et le téléphone a sonné. J'ai répondu, sans y penser, et c'était sa blonde. Plus tard, j'ai rejoint l'acteur à Melbourne, pendant trois semaines, et il m'a fait rencontrer son ex. Elle était vraiment sympathique, pas du tout offusquée de ce qui s'était passé entre lui et moi. Elle était tellement belle et parfaite, comme une top-modèle.

Et ta pire aventure de voyage?
Ce n'est pas ma pire, mais elle est assez surprenante. En temps normal, je ne suivrais pas n'importe qui d'un bar à son appartement. Lui, un autre Australien, je l'ai suivi dès qu'il me l'a proposé. Il ressemblait à Al Pacino quand Al Pacino était jeune. Il portait une chemise attachée au max. Il avait une colocataire et nous ne sommes pas allés jusqu'à sa chambre. On a commencé à se déshabiller dans sa cuisine, avec l'intention de baiser sur le plancher. Une fois nu, j'ai remarqué que sous sa chemise, il avait du poil lisse et long comme des cheveux. Comme un yéti tout doux.

Maintenant que tu es maman, que recherches-tu dans ta vie sexuelle?
Je voudrais retrouver mon sex-appeal d'antan, retrouver ma jeunesse libidineuse. Je tente toujours de mettre du wow dans le quotidien de mes enfants, mais je n'en fais pas assez pour mon homme et moi. Après avoir eu ma fille, on réussissait à prendre du temps, à jouer à des jeux de rôle. Je me faisais maquiller par une copine et je revenais chez moi avec seulement un imperméable et de la lingerie. Quand mon chéri ouvrait la porte, je faisais semblant d'être une escorte qu'il venait de téléphoner. Nous élaborions des mises en scène très complexes. Je sais qu'il me trouve encore sexy, il me le dit tout le temps, mais je veux me trouver sexy à nouveau moi aussi.

Après l'entrevue, une dame de 90 ans est venue s'asseoir avec nous et nous avons commandé des rondelles d'oignon, des frites et de la salade, en placotant d'arthrite, de talons hauts et de chanteuses qui tournaient des vidéoclips à la meilleure salle de quilles de Rosemont.

Photos : Myriam Lafrenière