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Vice Blog

PHOTO - DAVID KASSMAN FAIT DES PHOTOS POLITIQUES AVEC SON FRÈRE DÉGUISÉ EN SPIDERMAN

12.2.10

L'expo AAF (Affordable Air Fair) de Bruxelles est un vrai ramassis de grosses bouses et de petites croûtes dont l'unique intérêt est de n'être pas trop chères. Mais au milieu des têtes de morts et des toiles de grapheurs je suis tombé sur David Kassman, un artiste israélien de 39 ans inspiré par les super-héros Marvel. Kaussman enseigne actuellement la photographie à l'université des Arts de Tel Aviv et a passé les douze dernières années à prendre des photos un peu partout dans le monde. « Plus on a de pouvoir, plus on a de responsabilités » comme disait Tobey Maguire.

Vice : C'est quoi que vous cherchez à transmettre, une blague ?

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David Kaussman : Ça n'a rien à voir avec le sens de l'humour, c'est un concept que j'ai bâti ces cinq dernières années autour de Spiderman, le héros de mon enfance. Je le prends en photos dans des paysages qui reflètent une situation qui m'inquiète. Ça peut être le réchauffement climatique, le judaïsme fanatique, le conflit israélo-palestinien à Gaza ou le communisme qui a existé à une certaine époque à Berlin.

Qu'est-ce qui t'inquiète dans le judaïsme ?

Ce sont tous ces gens qui ne font rien à part prier et gaspiller l'argent du gouvernement. Ils sont extrêmement fanatiques et causent beaucoup de problèmes dans le pays. Tu vois, on dirait des extrémistes iraniens, et ça me dérange en tant que jeune homme israélien. Ils obligent les femmes à se couvrir, tu n'as pas le droit de faire la fête devant eux, et bla bla bla…

Qui est le vrai Spiderman que tu prends en photo ?

C'est mon frère. J'ai commencé ce projet quand il est rentré de la guerre dans le nord d'Israël contre le Hezbollah. Il allait très mal à ce moment-là et j'ai décidé de l'aider.

Tu pourrais m'en dire plus sur cette photo ?

C'est une photo du mur des lamentations. Elle a été prise un vendredi, et le vendredi est le jour où tous ces pingouins (on les appelle « pingouins » entre nous) viennent prier. J'aime bien le contraste entre Spiderman et les autres. Je ne crois même pas qu'ils sachent qui est Spiderman, ils ne regardent pas la télévision.

Et celle-ci ?

Ouais, c'est une photo de la bande de Gaza, une sorte de grand mur de séparation entre juifs et musulmans, et l'un des endroits les plus dangereux du Moyen-Orient. C'est une zone par laquelle passent toutes les unités de commando pour aller vers Gaza. Cette photo me rappelle quand j'étais soldat, et que je devais souvent me rendre dans cet endroit, la nuit parfois, pour des missions secrètes. À cette époque là, le mur n'existait pas encore. Je trouvais ça important de prendre mon frère en photo à cet endroit précis, pour essayer de mieux comprendre. Ça ne fait que 20 ans que le mur de Berlin est tombé, et celui d'Israël est encore plus grand. Je veux dire, ça m'ennuie qu'on doive encore séparer les gens en 2010.

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Vous pensez que les gens de votre génération tendent à penser comme vous ?

Bien sûr, mais vous savez, le Hamas et le Hezbollah datent de l'époque où le mur de Berlin existait encore. Moi, je suis un homme ouvert spirituellement et je pense que toutes ces barrières et ces murs n'ont rien à faire de nos jours.

Mais lorsque vous faites ça, c'est pour rire ou c'est sérieux ? Je veux dire, c'est plutôt comique de voir ton frère déguisé en Spiderman courir devant le mur.

C'est tout à fait sérieux.

Pourquoi avez-vous choisi cet endroit précis pour la photo du mur de Berlin ?

Je l'ai choisi parce que le mur de Berlin a longtemps été considéré comme le centre du monde. On peut encore s'imaginer Brejnev en train d'embrasser Honecker, on peut encore sentir la présence de la STASI, ou l'énergie de Berlin Est. C'est très comique, mais je la trouve différente de toutes les autres.

Quel a été l'endroit le plus simple à prendre en photo ?

Aucune d'entre elles n'a été simple. À New York, c'est la jungle permanente, devant le mur des lamentations, on a dû fuir les pingouins en courant et à Gaza, il faut faire attention à ne pas se faire prendre par l'armée. Ah, peut être que celle du Mur de Berlin a été la plus facile, la guerre froide est passée.

Vous avez exposé seulement quatre photos pour l'instant. Vous en avez d'autres ?

Oui, c'est une longue série. Nous allons bientôt allé en Égypte, à Red Rock aussi. J'ai aussi des photos de la cordillère des Andes, puis d'autres encore, je vais bien finir par toutes les exposer.

INTERVIEW ET PHOTO : LAURENT LAUGHLIN

PHOTOS : DAVID KASSMAN