FYI.

This story is over 5 years old.

News

OK, les États-Unis – vous avez envoyé un détenu en isolement juste parce qu’il possédait « un grand nombre de publications anarchistes »

Le fait qu’il n’ait ni dieu ni maître constituerait « une menace sérieuse », selon l’administration pénitentiaire.
24 octobre 2013, 8:30am

Mark « Migs » Neiweem

Un prisonnier de l'Illinois a été placé en isolement en juillet dernier pour possession d’un « grand nombre de publications anarchistes » et de « plusieurs manuscrits d’obédience anarchiste », selon les extraits du procès verbal.

Mark « Migs » Neiweem est en détention à la prison de haute sécurité de Pontiac. Il a, en plus de ses publications et écrits sur l’industrie carcérale, également été trouvé en possession de plusieurs symboles anarchistes. « Je fais ce travail depuis 1979 et je ne peux pas penser à un autre cas où quelqu'un aurait été puni pour quelque chose d’aussi clairement orienté politiquement », a déclaré Alan Mills, avocat de Neiweem et professeur à l'Université de Northwestern.

Neiweem possédait également dans sa cellule des documents de l'Anarchist Black Cross, caractérisé par le Département de Correction de l’Illinois comme étant « une organisation politique soutenant activement les personnes ayant commis des activités illégales dans la poursuite d’objectifs révolutionnaires ». C'est une autre façon de dire que le groupe écrit des lettres aux prisonniers et sollicite des dons afin que ces derniers puissent acheter de la bouffe au commissaire de prison.

Une carte postale écrite par Neiweem et envoyée à ses partisans via l’Anarchist Black Cross.

Les autorités pénitentiaires ont passé des mois à enquêter sur Neiweem, passé sa cellule au peigne fin, et même utilisé un informateur afin d’obtenir plus d'informations sur ses opinions. Selon un rapport disciplinaire daté du 8 août 2013, Neiweem aurait été identifié par l'unité de renseignement comme un anarchiste, tandis que l'informateur aurait indiqué que Neiweem tentait de recruter d'autres prisonniers afin de « créer un véritable collectif ».

Lors d'une audience disciplinaire, à laquelle Neiweem n'a pas été autorisé à être épaulé d’un avocat, il a été jugé pour violation de deux règles: celle de posséder des symboles de gangs, et celle de posséder des « documents écrits présentant une menace pour la sécurité et la sûreté des personnes. »

Même si Neiweem n'est pas accusé d'avoir comploté pour nuire aux gardiens ou à d'autres détenus, ses convictions politiques seules ont été décrites comme de potentielles menaces.

« À aucun moment, ils ne lui ont demandé, Qu'est-ce que l'anarchisme ?, a déclaré Mills. S'ils avaient seulement lu ce qu'il avait écrit, ils auraient eu une impression très différente de la définition du mot ‘anarchisme’. »

Pour Neiweem donc, l'anarchisme signifie s’opposer « au patriarcat, à l'homophobie, à l'incarcération de masse, à la destruction de l'environnement et au capitalisme. » Ce n’est pas très abusé, donc. Dans une déclaration publique, il a déclaré que le soutien qu'il avait reçu en prison n'a faisait que renforcer ses croyances antiautoritaires : « Tous ces actes de solidarité continuent de prouver la beauté de notre humanité. Ils montrent pourquoi nous n'avons pas besoin d'un État ou d’une force quelconque pour nous réglementer ou nous aider. »

La commission d'examen de la prison n'a pas retourné non plus les appels téléphoniques qui exigeaient pourtant « plusieurs nouveaux commentaires » de cette affaire.

Neiweem a été placé en isolement le 13 juillet dernier. Sa punition implique six mois de mise à l’écart des autres détenus, pas d'accès à la cour de la prison, et six mois sans aucune visite. Bizarrement, il s’est pourtant plus tard vu assigné un compagnon de cellule situé à l’opposé sur l’échiquier politique : un suprématiste blanc.

« Ils sont dans une toute petite cellule qu’ils ne peuvent pas quitter de la journée », a déclaré Rachel Unterman, membre actif du comité de soutien à Neiweem**. **« [_Les agents pénitentiaires_] sont prêts à tout pour le déprimer autant qu’ils le peuvent. Mais il conserve toute sa bonne humeur. Ça les tue. »

Unterman affirme qu'elle ne connaissait pas Neiweem avant qu’il soit incarcéré, bien qu’elle travaille main dans la main avec Occupy Chicago et qu’elle ait participé à la manifestation  devant les bureaux de l’OTAN. À la suite de plusieurs manifestations, Neiweem et d'autres – « les 5 de l’OTAN » – ont été la cible de policiers en civil, et ont tous été arrêtés. La police les a accusés pour possession d’engins incendiaires. Les défenseurs des droits civiques dénoncent le rôle déterminant qu’ont joué les informateurs de police dans cette affaire.

Les gardes de la prison ont également dit à Neiweem qu'il allait voir sa certification de « bonne conduite » révoquée, ce qui signifie qu'il ne serait plus admissible pour une éventuelle libération anticipée. Unterman et d'autres militants ont, en réponse, organisé une campagne de soutien téléphonique et épistolaire. Petite victoire, puisque l’État d’Illinois a récemment réduit la peine de Neiweem pour « non-bonne conduite » de trois à un seul mois. Sa sortie d’isolement est prévue pour le 12 décembre prochain.

Toutefois, il lui reste encore dix semaines à tirer loin des autres détenus.

« J’étends mes bras et je touche les deux murs ; je n’ai pas assez de place pour les étendre complétement, » a-t-il indiqué dans une lettre à son équipe juridique. « Je ne connais pas les dimensions, mais c'est de loin la plus petite cellule dans laquelle j'ai jamais vécu. La porte est faite de plaques d'acier avec quelques trous percés à l’intérieu. La vue, minuscule, donne sur un mur en briques. La seule lumière provient de la lampe, que les gardiens laissent allumée à peu près 24 heures par jour...

S'il vous plaît, envoyez-moi des photos de gens, de lieux et d’extérieurs – ces murs sont vraiment laids. »

Will Potter est aussi l’auteur de CINQ ANS DE PRISON POUR AVOIR GRIMPÉ DANS UN ARBRE – Les nouvelles lois américaines vont transformer les défenseurs de l’environnement en terroristes

Plus de cachots :

D’UNE PRISON L’AUTRE - La vie (presque) rêvée des taulards philippins

BAISER EN PRISON, C’EST POSSIBLE

LES PRISONS NORVÉGIENNES