Ford Journeys

Thristian Richards, le DJ qui retourne aux sources de la world music

« J'aime faire découvrir de nouveaux sons à une plus large audience – les transformer, les décomposer et ouvrir les oreilles des gens. »

par Hisham Bharoocha
15 Septembre 2015, 9:28am

Cet article est une production de l'agence Virtue Worldwide pour le compte de FORD.

« J'aime faire découvrir de nouveaux sons à une plus large audience — les transformer, les décomposer et ouvrir les oreilles des gens », m'explique Thristian Richards, DJ et co-fondateur de Boiler Room, autour d'une tasse de thé dans les studios Brownsood dans le nord de Londres. Quiconque a écouté son émission radio sur NTS « Dark and Lovely », assisté à ses mixes sur Boiler Room ces dernières années, ou pu l'entendre jouer dans des free-parties (à l'époque où ce genre d'évènements avaient encore cours dans l'est londonien), savent qu'il ne s'exprime pas à la légère.

Éclectique est un adjectif trop faible si l'on évoque les goûts musicaux de Richards. Rien n'est trop bizarre ou inaccessible pour lui, et sa soif de sons nouveaux ou méconnus semble inextinguible. Il en est de même pour son désir d'explorer les origines de divers genres musicaux – afin de découvrir où, quand et comment ces sons variés ont vu le jour.

« Je suis fier d'avoir réussi à me trouver dans une situation où j'ai le loisir de voyager » explique Richard. « Avant que je lance les Boiler Room, Gilles [Peterson, ce DJ radio aux côtés duquel Richards a travaillé durant 10 ans] s'est rendu en Afrique du Sud et était revenu avec toutes ces histoires sur Johannesburg et Cape Town. Je me suis dit que c'était ce que je voulais faire. Je ne voulais pas me contenter d'écouter ces histoires, je voulais les vivre."

Mais avant de pouvoir partir, Richards a dû se contenter de découvrir de nouvelles musiques de la même façon que tous les adolescents des années 1990 : en écoutant la radio et en regardant MTV.

« Je me suis intéressé au UK Garage en écoutant Kiss FM vers la fin des 90's [...] Je me souviens de l'émission de DJ EZ qui passait à 2h du matin le mardi. Je réglais mon réveil, mettais une cassette dans l'enregistreur, et ajoutais une nouvelle sonnerie 45 min plus tard pour penser à retourner la cassette. Le lendemain matin j'écoutais l'enregistrement sur le chemin de l'école. »

La façon dont on consomme la musique a beaucoup changé depuis lors, mais la passion de Richards pour la radio n'a jamais faibli. Il rédigeait ses copies universitaires en écoutant l'émission de référence Worldwide de Peterson sur Radio 1, avant de travailler pour lui peu après l'obtention de son diplôme. Aujourd'hui, il a sa propre émission sur NTS Radio. « Mon émission est devenue le moteur de ma quête de nouvelles musiques », explique-t-il.

Il est évident que Richards a un appétit insatiable pour la recherche et l'écoute de nouvelles musiques, mais il est par dessus tout intéressé par la façon dont ces genres sont intrinsèquement liés aux lieux où elles naissent. Le Grime par exemple est le produit de l'est Londonien au début des années 2000, de la même façon que le Hip-Hop est le produit des 70's à New York.

« La musique est inspirée et déterminée par de nombreuses choses – la politique, la culture, l'époque, la géographie, mais aussi les instruments et les moyens à disposition. Vous pouvez avoir un studio immense, ou bien simplement des sonneries extraites d'un téléphone portable. Mais si elle est le fruit d'une expression sincère, elle sortira nécessairement du milieu qui l'a vu naître ». Et en effet, le succès des Boiler Room — la chaîne de streaming née dans des bureaux de l'est londonien en 2010, qui a depuis été répliqué partout sur la planète— est autant le produit conjugué des talents de Richards et des autres co-fondateurs Blaise Belville et Femi Adeyemi, que le produit d'une époque particulière.

« Le contexte s'y prêtait de plusieurs façons » explique Richards. « Internet était devenu assez rapide pour supporter le streaming vidéo, Twitter et Facebook se développaient, et des gens comme Jamie XX, James Blake et Mount Kimbie, débarquaient avec des sonorities nouvelles. On a simplement attrapé le train en marche. »

Maintenant que Richards ne se consacre plus à la gestion quotidienne de Boiler Room il a pu reprendre sa quête pour en savoir plus sur les musiques qu'il aime tant. Sa prochaine destination ? L'Angola, où il souhaite explorer les racines du Kuduro. « L'Angola réunit de nombreux genres de musiques qui m'intéressent, mais je n'y suis jamais allé. Pas plus qu'au Senegal, au Nigéria ou au Ghana d'ailleurs. Pourtant, l'influence de ces endroits est omniprésente dans les musiques que je joue. »

Le Kuduro, un genre musical remarquable au rythme très rapide originaire d'Angola, est depuis quelque temps très en vogue à Lisbonne, mais peu de gens connaissent ses origines véritables. « le son Kuduro de Lisbonne est devenu très à la mode ces derniers temps, c'est le truc cool du moment, mais le genre existe depuis déjà pas mal de temps, en particulier en Angola. Ce qui se passe à Lisbonne est génial et ça raconte l'histoire d'une séparation culturelle et d'une ghettoïsation, mais je crois qu'on ne peut pas comprendre complètement le Kuduro sans comprendre ce qui se passe en Angola"

C'est ce besoin de comprendre qui motive Richards. « Un grand nombre de genres sont le produit de mutation, je veux remonter le cours de leur évolution, dans le cas du kuduro je veux trouver qui a imaginé cette danse folle et ces sons étranges. D'où viennent ces percussions métalliques, ces steel pans ? Bien sûr, on dispose de vidéos Youtube, mais la culture musicale dans des endroits comme l'Angola est très différente – on y échange des cassettes sur le marché ou bien en parlant à un mec qui te conduit chez un autre. J'essaie d'appréhender ces endroits par des expériences personnelles, plutôt que des lectures sur le sujet. Je suis du genre « Mec, je sais pas de quoi tu parles, mais montre-moi. »

Cet article est une production de l'agence Virtue Worldwide pour le compte de FORD.