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LE NUMÉRO MORTS DE RIRE

Reviews

THE OFFICE UK L'an dernier, on avait envisagé de faire un numéro spécial classement des meilleurs trucs des années 2000, mais ça oblige à recourir à des artifices typographiques pourris, Technikart était déjà sur le coup
1.11.10

THE OFFICE UK

LES WEBSÉRIES

CURB YOUR ENTHUSIASM

JEAN-BAPTISTE POQUELIN DIT « MOLIÈRE »

IT’S ALWAYS SUNNY IN PHILADELPHIA

Rob McElhenney

FX Network

Notre ancienne music editor canadienne nous a fait découvrir il y a quelques années cette série sur une bande de ramasses qui tient un bar de ramasses à Philadelphie et on l’avait trouvée tellement déconneuse qu’on avait fini par fumer un joint pour fêter ça, ce qui ne nous était pas arrivé depuis la fête de la musique 1999. Toutes les intrigues tournent autour du fait de se mettre la mite sans raison (les premières minutes) et de ramasser (le reste de l’épisode) en impliquant alternativement des enfants, des éducateurs sociaux et Danny DeVito dans sa gueule de bois. Les quelques épisodes que j’ai regardés m’ont persuadé qu’une telle formule était condamnée à s’essouffler très rapidement, et c’est précisément ce qui me plaisait. Mais en me renseignant pour cette chronique, j’ai découvert que non seulement c’était diffusé sur Canal + mais aussi qu’ils en étaient à leur cinquième saison. Mais ils parlent de quoi maintenant ? Je suis hyper intrigué là.

LADY DE NANTES

Qu’est-ce que c’est que cette série de merde ? J’ai l’impression d’être emprisonné dans le cerveau de mon petit cousin qui vient de redoubler sa troisième et de chier son brevet. Il me fait penser à Will Smith. Il se marre pour un oui ou pour un non, il aime bien danser, et il est dans le groupe « Barack Obama, yes papa ! » sur Facebook. Quoi d’autre ? Il porte des dreadlocks et ressemble à Guy Bedos. OK, je viens d’inventer la dernière partie, mais vous aurez compris que cette série est encore plus humiliante pour l’esprit humain que de devoir s’épiler les poils des aisselles avec un crayon à papier en écoutant au volume maximum le morceau « Sex Bomb » de Tom Jones.

KELLY SLAUGHTER

H

Kader Aoun, Xavier Matthieu, Éric Judor

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CANAL +

J’ai commencé à regarder cette série quand j’étais au collège parce que j’aimais bien Éric & Ramzy et leur humour naïf tellement inoffensif et débile qu’il en devenait presque progressif (au sens de rock progressif). Quand j’ai compris que ce prétexte de départ était insuffisant, que c’était pas génial voire un peu triste toutes ces situations poussives dans un grand hôpital vert bouteille et gris, il était déjà trop tard et j’avais déjà contribué par ma part d’audience à mettre Jamel Debbouze en orbite autour des années 2000.

LADY DE NANTES

EASTBOUND & DOWN

Ben Best, Jody Hill, Danny McBride

HBO

Exactement ce que j’attendais de la part d’une comédie à laquelle est associé Will Ferrell : un humour franc, direct, qui nous fait rire avec trois bières dans le corps et préférablement trois kilos de saucisse. Cette malice sans prétention prend sa source dans les cavernes secrètes de l’

entertainment

américain, celles-là mêmes qui ont servi à bâtir un empire en se servant des blagues sur les enfants, les handicapés, les homosexuels, les mongoliens et les pétomanes comme certains usent des pinceaux et du fusain. J’ai volontairement oublié de faire figurer le mot « lourd » dans cette chronique, mais c’est par amour de la langue et parce que Kenny Powers fait la couverture de ce numéro. Et puis il y a une vanne à double entrée sur la prononciation de « Werner Herzog » à un moment. Non, je déconne. Ah ah – c’est exactement de ce genre d’humour que je parlais.

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PHOEBE OH,WELL

S’il y a une chose que j’ai encore moins envie de savoir que comment mes parents se sont rencontrés, c’est bien d’en parler avec eux. On s’en fout de ce qui se passe dans votre chambre, les boomers. Laissez-nous tranquilles, on veut des emplois et ne plus avoir à payer pour vos conneries, on demande rien de plus. On a bien compris que vous aviez le temps de piner, de lire des polars et de manger de la compote de rigolade. On viendra dîner avec vous pour Noël mais vous nous empêchez de bosser, là.

MICHEL ROCKHARD

LES WEBSÉRIES

Les jeunes

Internet

Les webséries sont l’affect triste de tous les affects tristes et pourtant elles suscitent des « mec c’est juste énorme ! » et des « frais » dans la France entière comprise entre l’agence TBWA et le bar Chez Jeannette. Elles forment une sorte d’univers parallèle qui se superpose au monde réel et dans lequel les rencontres sont toujours improbables, l’actualité la matière première d’un regard toujours plus décalé, l’ironie un impératif éthique et l’horizon indépassable des relations sociales, et dont Yann Barthès serait à la fois le démiurge et le prophète.

MARCO POLIO

Vous pensiez qu’on allait vous appeler

Family Guy

? Que dalle ! Vous êtes les putains de Griffin. Et ne venez pas nous emmerder avec l’arbitraire du signe et l’illusion cratyléenne, vous avez le nom que vous méritez. D’ailleurs, c’est quoi cette idée que tout est absurde et que rien n’a de sens ? Vous savez qui était le dernier à avoir basé tous ses gags là-­dessus ? Camus ! Et vous pensez qu’il aurait été fier de lui, Camus, s’il avait vécu assez longtemps pour se rendre compte qu’il avait mis sur les rails le Nouveau roman ? Alors réfléchissez un peu la prochaine fois que vous penserez que c’est une hyper bonne idée de mettre en scène un bébé cynique ou un chien qui parle, parce que pour l’instant Sisyphe s’emmerde en attendant le début des

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Simpson

.

HUBERT MENSCH

JEAN-BAPTISTE POQUELIN DIT « MOLIÈRE »

Jean-Baptiste Poquelin

La Comédie Française

Hé le tragi-comique, t’en as pas marre de nous casser les couilles depuis qu’on est nés avec tes blagues pas drôles ? Ta série elle est naze, chaque épisode se passe chez des snobs et des sous-fifres qui se font des coups fourrés qu’on n’arrive pas à suivre, tout ça pour arriver à fourrer (après le mariage). À un moment, y’a un type qui fait chier son monde sur sa maladie et qui arrête pas de se plaindre et après il veut pas prêter son argent mais il veut faire son intello alors qu’il est niais et blablabla, c’est trop long. On s’en branle des rois et de Pierre Arditi. En plus on y comprend rien sérieux, dans quelle langue tu parles ?

PIERRE-AUGUSTIN CARON DE BEAUMARCHAIS

Voici une série fondée entièrement sur la vulgarité, la méchanceté et l’outrance. Enfin, au début. Les deux auteurs ont quand même réussi à faire évoluer leur série vers quelque chose de plus abouti : y’a qu’à comparer les saisons qui suivent la première au pilote qui est, il faut l’admettre, passablement naze. C’est peut-être une des seules séries dont la qualité suit une progression linéaire. Elle délivre même des « messages » tout en s’affranchissant du politiquement correct

liberal

. Contrairement à ce que beaucoup de gens obtus ou mal informés peuvent penser, cette série est proprement intelligente. Même l’épisode où ils avancent en rebondissant sur leurs couilles.

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CHARLES MOREASS

KING OF THE HILL

Mike Judge,

Greg Daniels

Fox

Beavis et Butt-Head étaient marrants parce que leurs plaisanteries ne cherchaient jamais à attirer la sympathie du spectateur (voir plus haut) et visaient plutôt à le contrarier, voire à lui faire éteindre son téléviseur en agitant les bras d’indignation. L’âge aidant, les deux créateurs du cartoon ont cherché à accepter leur nouvelle condition de quadragénaires et à créer du « sens ». Mauvaise idée, puisque le seul ressort comique de la série repose sur le fait de se foutre rondement de la gueule des Texans, peuple sous-civilisé qui va jusqu’à faire rire les

frat boys

les plus portés sur la viande de bœuf. C’est trop facile. Ce serait comme se spécialiser dans les vannes sur les lesbiennes et les Australiens. Hyper lourd, man !

GÉNÉRAL MORE SWELL

ARRESTED DEVELOPMENT

Mitchell Hurwitz

Fox

C’est une série animée centrée autour de deux

metalheads

qui rient en faisant « hin hin » et composée de courts sketchs au sein desquels se déploie une intrigue concernant le fait de péter en cours d’histoire ou de se composer une barbe en poils de cheveux. Aucune blague n’est drôle, les références ne touchent plus personne depuis 1988, les personnages sont irritants et l’ensemble donne l’impression d’être une écharde de 20 cm plantée dans le gros orteil de la culture. Ma sœur déteste ça. Mes parents détestent ça. C’est tout pourri.

KELLY SLAUGHTER

MR. SHOW WITH BOB AND DAVID

Bob Odenkirk,

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David Cross

HBO

Mr. Show

est une série à sketchs américaine du milieu des années 1990 créée par David Cross et Bob Odenkirk. C’est légendaire là-bas mais ici trop méconnu. Fin sociologue, ma description consistera à affirmer que cette série opère une synthèse entre la culture humoristique américaine – directe et visuelle – et la culture anglaise de l’absurde à la Monty Python – à laquelle d’ailleurs

Mr. Show

emprunte sa structure narrative complexe et emboîtée. Le produit de cette acculturation se présente sous la forme d’épisodes d’une demi-heure constitués de sketchs hétérogènes (pubs, JT, reportages, scènes du quotidien, etc.) à la fois diffusés et joués en direct, où se mêle une observation fine des types et usages sociaux et l’irruption du surnaturel ou du complètement débile.

ÉTIENNE ZAHO

Arrested Development

est une série mettant en scène une riche famille dysfonctionnelle qui perd sa fortune à la suite de l’emprisonnement du père, chef d’une entreprise immobilière. Un seul personnage, Michael Bluth fils, apparaît comme responsable et se démène pour sauver sa famille composée d’une sœur qui a épousé un ­psychiatre hippie inventeur de l’analyse combinée à la thérapie (le tout premier «

analrapist

») ; d’un frère magicien se déplaçant en Segway nommé « Gob » ; d’un autre frère « introverti » bien trop proche de sa mère, alcoolique et vénale ; et de son fils nerd. C’est la troisième saison qui est la plus marrante, bien plus osée que les deux précédentes, et je soupçonne notamment ce bon vieux David Cross de l’avoir fait exprès en sachant que la série allait être déprogrammée par un connard de

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TV executive

.

PHIL-PIPE SOLLERS

Dans

Seinfeld

il ne se passe jamais rien parce que dans la vie et dans les années 1990, il ne se passe jamais rien. Ce postulat à la fois juste et radical permet à Jerry Seinfeld et Larry David d’explorer toutes les zones de non-droit de la sociabilité, toutes ces situations et interactions pour lesquelles le droit, la morale et la politesse ne fournissent aucune norme de comportement. L’autre parti pris qui contribue à faire de

Seinfeld

le truc le plus drôle du monde consiste à rendre attachants sans les rendre cyniques ni niais des personnages égoïstes, lâches et velléitaires qui ont su incarner leur époque avec plus de justesse que les coupes de cheveux successives de Jennifer Aniston. Je ne sais pas dans quelle mesure exacte nous sommes tous des juifs allemands ou des Américains, des enfants de Marx et du Coca-Cola, si on naît femme ou si on le devient, si Emma Bovary c’est lui, mais je sais qu’on est tous des George Costanza.

MARCO POLIO

CURB YOUR ENTHUSIASM

Larry David

HBO

Non en réalité, ta gueule Matt Groening. Le seul vrai Dieu ici, c’est ce mec chauve et acariâtre, alors tu peux remballer ta barbe, ton short et tes personnages jaunes que tout le monde aime bien, et aller te faire foutre toi aussi.

JIMMY MORE HELL

THAT ‘70s SHOW

Mark Brazill, Bonnie Turner, Terry Turner

Fox

Bon, les années 1970, je sais que ça vous fait déconner de nous laisser pour tout héritage Led Zeppelin, le chômage et Plantu mais méfiez-vous quand même un peu parce qu’avec une équipe pareille votre royaume est pas vraiment parti pour durer mille ans. Je sais que vous pensez que rien ne prête à conséquence mais je vous assure que vous feriez bien de nous écouter un peu quand on essaie de vous faire comprendre que non, l’histoire n’admet pas de parenthèses. Pensez-y, vraiment, sinon ça risque de mal tourner pour vous le jour où vous réaliserez que ce souffle froid et martial qu’Eric Forman sent dans sa nuque depuis deux saisons, c’est Ian Curtis qui s’apprête à surgir de derrière son canapé.

FÉLIX ATARI

THE OFFICE UK

Ricky Gervais, Stephen Merchant

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BBC Two

L’an dernier, on avait envisagé de faire un numéro spécial classement des meilleurs trucs des années 2000, mais ça oblige à recourir à des artifices typographiques pourris,

Technikart

était déjà sur le coup, et puis surtout on n’avait trouvé que deux trucs bien dans les années 2000. Alors voilà, le top 2 des années 2000 par

Vice

France :

→ n°2 : les Strokes

→ n°1 :

The Office

Si vous avez des suggestions de trucs qu’on aurait oubliés, ça pourra faire l’objet d’un « Cher Vice, … » mais honnêtement, nous, on voit pas trop.

MAURICE PARESSE

SHAZAAM ! Merci pour tout Matt Groening, tu es la personne la plus importante au monde depuis ce mec qui a ouvert la mer en deux pour échapper aux pharaons, s’est installé près de Tel-Aviv et en a profité pour fonder sa propre religion. Ton rôle a été encore plus déterminant dans l’histoire de l’humanité que cet hurluberlu qui portait une barbe et une toge, a dit aux Romains d’aller se faire foutre, aux Juifs d’aller se faire foutre, et qui a fondé sa propre religion. Tu as plus marqué le monde que ce chevalier qui a vu une lumière dans la nuit, s’est approché, a convaincu les femmes de se recouvrir le corps d’un tapis de bain, a dit aux Américains d’aller se faire foutre, aux porcs d’aller se faire foutre et qui a fondé sa propre religion. Tu es genre, l’équivalent de Bono pour les nerds. Tu es tout, Matt.

JIMMY MORE HELL

BLAGUE À PART

Daive Cohen,

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Éric Laugérias

Canal +

Éric Laugérias joue un comique raté et cynique inspiré de sa propre vie. Il vit avec Agnès Soral dans un grand appartement en carton-pâte régulièrement investi par son meilleur ami loufoque et stupide et son manager malhonnête et pathétique. Ces quatre personnages hauts en couleur sont régulièrement impliqués dans des situations surréalistes interprétées de façon théâtrale et inspirées d’un humour d’observation des petites choses triviales qui font le quotidien. Enfin bref, c’est le

Seinfeld

français.

MARCO POLIO

SPIN CITY

Gary David Goldberg,

Bill Lawrence

ABC

C’est la série qui passait sur Canal + quand j’étais au lycée, après 18 h le soir toute l’année et entre midi et deux l’été. Le

plot

c’est : « Je suis l’adjoint au maire de New York et je fais tout ce que je peux pour sauver la face de cet homme politique incompétent. » C’était assez cool, même si je me doutais bien que les rouages de l’adminis­tration municipale n’étaient pas aussi poire-fendants et que ne travaillait pas dans ce genre de locaux cette secrétaire latina hyper excitante. Je peux quand même vous dire que c’était mieux sous Michael J. Fox qui a été obligé de se retirer pour cause de maladie de Parkinson, que sous Charlie Sheen qui avait tout le temps envie de baiser comme dans sa série d’oncle pineur invétéré et dans la vie réelle.

COLONEL TAMER

EXTRAS

Ricky Gervais,

Stephen Merchant

BBC Two

Oui, bon, OK, Extras c’est moins bien que

The Office

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, mais quoi, vous seriez du genre à mettre 7 aux Évangiles parce que c’est moins bien que l’Ancien Testament ?

BERNADETTE SUBARU

PALACE

Jean-Michel Ribes

CANAL +

Cette série réunit dans un projet cohérent et concerté tout ce qui me fait chier dans l’humour français : label « Qualité France » de bon ton qui célèbre sa propre particula­rité, théâtre filmé (si j’étais une fille je dirais « au secours »), « grande famille de la comédie », gimmicks à tous les étages et hommage appuyé à la grande tradition du boulevard et du vaudeville qu’il s’agirait de réhabiliter en vertu de je ne sais quelle audace culturelle d’arrière-garde.

JULIEN CRACK

DILBERT

Scott Adams,

Larry Charles

Columbia-Tristar

FATHER TED

Graham Linehan, Arthur Mathews

Channel 4

C’est certainement la série la plus mal jouée de tous les temps mais d’un autre côté, c’était quand même des gens qui arrivaient à faire tourner vingt-cinq minutes hyper déconneuses autour d’une tâche ressemblant à la moustache d’Hitler. En vérité, je ne sais plus du tout quoi en penser, je regardais ça quand j’avais 12 ou 13 ans et j’ai vraiment du mal à me rappeler précisément comment c’était. Je suis pas sûr que ça ait très bien vieilli, mais à l’époque je trouvais ça hyper marrant, et bon, faudrait être un sacré connard pour mettre une mauvaise note à son adolescence.

ARNAUD DE GYGÈS

J’avais un semblant de souvenir de cette série : un célibataire attachant affublé d’une cravate-bite qui a la gaule, un patron chauve un peu con sur les bords et un chien cynique qui parle français couramment. Ça m’avait l’air pas trop mal, ça passait juste après le match NBA du mercredi après-midi et je m’en servais comme d’un bon alibi mental pour ne pas aller faire mes exercices de trigonométrie. Dix ans plus tard, j’ai revu ce truc, compris les blagues, saisi la critique « kafkaïenne » de l’auteur, grillé toutes les phases pompées sur les

Simpson

, capté que le co-scénariste n’était autre que le réalisateur de la plupart des épisodes de

Seinfeld

, et tout ça en bouffant une pizza que je m’étais moi-même payée. Je n’ai pas trouvé ça mieux pour autant. J’ai juste réalisé que j’avais 25 ans.

GÉNÉRAL MORE SWELL