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Petits coups de fouet entre amis

Amuse-bouches, cravaches et femmes en cage : tous les mois, une association de passionnés réunit des gens de tous horizons au fin fond de la campagne bretonne.

par Jeoffrey Guillemard
12 Octobre 2016, 5:00am

Toutes les photos sont de Jeoffrey Guillemard

Avant d'entamer cette série de photographies sur les soirées BDSM en Bretagne, je ne connaissais absolument rien de cette scène. Comme la plupart des gens, j'avais une image très floue de la réalité, et j'avais envie de montrer quelque chose de différent. Les seules images que je connaissais sur cette thématique datent des années 1990 – elles sont issues du livre Corps Sacré de Claude Alexandre, qui m'a beaucoup inspiré. J'avais très envie d'offrir une nouvelle perspective sur la communauté BDSM, et montrer par la même occasion qu'elle était ancrée dans une culture qui nous est toujours inconnue.

Il y a quelques années, j'ai rencontré un artiste visuel qui travaille beaucoup sur le BDSM et m'a appris leurs codes et leurs valeurs. Il m'a parlé d'une association de passionnés qui organisent des soirées dans la campagne bretonne, et m'a fait rencontrer des pratiquants auxquels j'ai demandé la permission de participer à plusieurs soirées.

L'association en question est composée d'une quarantaine de membres âgés de 19 à 65 ans. Ces soirées SM ne sont pas dédiées à une classe sociale ou ciblées sur une identité sexuelle particulière – elles sont ouvertes à tous et on y trouve aussi bien des femmes, des hommes, des hétéros, des homos, des banquiers et des gens au RSA. Chaque mois, les soirées sont organisées à un endroit différent, toujours dans la campagne et dans un lieu plein de charme.

Lors d'une soirée type, les gens arrivent en civil. Comme ils se connaissent tous depuis des années, ils commencent souvent par se saluer et se raconter les dernières nouvelles. À la tombée de la nuit, tous les pratiquants se changent. Un dress code est imposé : tenues fétichistes en cuir, latex ou vinyle. Tous les « soumis » doivent porter un collier. Le reste ressemble vraiment à une soirée normale entre amis, avec un apéritif, suivi d'un buffet et de desserts. Entre chaque plat, les gens jouent à quelques jeux et se divertissent. Tout le monde est vêtu de manière relativement élégante, les gens se vouvoient entre eux et n'ont aucun rapport sexuel. Souvent, la soirée dure jusqu'à l'aube.

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre quand je me suis rendu à ma première soirée, même si je n'étais pas inquiet pour autant. Au cours de la fête, j'ai discuté avec plusieurs pratiquants, que j'ai trouvés vraiment très sympa. Je me suis senti très vite à l'aise, puis j'ai entendu un énorme coup de fouet ce qui m'a poussé à aller voir ce qu'il se tramait. C'était un couple, qui pratiquait avec un grand fouet d'environ 1m50. J'ai commencé à les photographier, et c'est comme ça que j'ai obtenu la toute première image de la série, où on les voit près d'un étang.

J'ai commencé cette série en 2014, et je l'ai réalisée sur un an. Réaliser ce reportage a complètement changé l'idée que je me faisais du SM – si je ne suis pas devenu pratiquant, je pense comprendre beaucoup mieux les personnes qui le sont. À rebours des stéréotypes qu'on peut voir dans des fictions telles que 50 Shades of Grey, les adeptes du BDSM sont des gens normaux, non violents et dépourvus de problèmes psychologiques. C'est à la fois une passion, un mode de vie et une pratique saine où chaque pratiquant est respectueux de son prochain.

Je pense que nous avons tous à apprendre sur notre corps et notre esprit, son plaisir et ses limites. Malheureusement le BDSM continue d'être stigmatisé, ce qui pousse ses disciples à adopter l'adage « Vivons heureux, vivons caché ». La société a encore du mal avec les différentes formes de pratiques sexuelles, et la sexualité dite « vanille » reste la norme – au point que l'on oublie les possibilités infinies du plaisir, et le respect de ceux qui savent en profiter.

Retrouvrez Jeoffrey sur son site, et plus de photos ci-dessous.