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Crime

La « coke du pauvre », la cat, envahit l’Afrique du Sud

La méthcathinone, ou la cat, est « presque aussi addictive que le crack, » plutôt simple à produire. Elle se propage à une vitesse inquiétante au sein de la société sud-africaine.
24 février 2015, 6:45pm
Image via Bloomberg/Getty Images

La méthcathinone est une drogue peu connue dans le monde occidental, mais cette poudre blanche cristalline, communément surnommée « cat » et parfois « bathtub speed, » s'est popularisée vitesse grand V en Afrique du Sud.

La police locale dit avoir démantelé, ces dernières semaines, de larges réseaux de production et de distribution de cette drogue — mettant sous les verrous quatre suspects de premier plan dans les villes de Kuruman et Secunda. À la fin de l'année dernière, Marilize van Emmenis, une conquête éphémère de la légende des Springboks — l' équipe de rugby sud-africaine — Joost van der Westhuizen, a été arrêtée. Dans son sac à main, une petite cachette pour la drogue. Toujours l'année dernière, une femme a été arrêtée en possession de 14 petits pochons de drogue dans la couche d'un bébé qu'elle avait apparemment kidnappé pour faciliter son petit commerce de contrebande.

Cette drogue est « quasiment aussi addictive que le crack, » selon certains avis, mais ses effets sont plus bénins, comme du speed pas trop chargé ou une copieuse dose de Ritalin — un médicament utilisé pour traiter les troubles de l'attention. Les centres de désintoxication sud-africains rapportent que la drogue n'est plus seulement utilisée par la tranche d'âge typique — 17 à 25 ans — mais touche toutes les générations.

La popularité de la méthcathinone est en partie due à sa production d'une facilité déconcertante. La chimie amateure est souvent le point délicat pour tout apprenti dealer. Synthétiser de la MDMA demande une précision au degré près, la synthèse du speed nécessite un équipement spécial et des molécules dont la vente est étroitement surveillée par le gouvernement.

La cat est bien plus simple à faire. Il vous faut de l'éphédrine (que l'on trouve dans les médicaments contre le rhume), de l'acetone (que l'on peut remplacer par du solvant pour la peinture, qu'on trouve dans tout magasin de bricolage), et de l'acide sulfurique. En termes d'équipement, un filtre, un micro-ondes ou un sèche-cheveux, puis un frigo sont les seuls accessoires nécessaires.

La dose de cat se négocie entre 20 et 60 rands sud-africains (soit entre 1,50 et 4,50€), ce qui rend la drogue terriblement attractive, si bien qu'elle talonne la méthamphétamine pour devenir la sixième drogue la plus consommée en Afrique du Sud.

La drogue est consommée un peu partout dans le pays, par poches disséminées sur le territoire sud-africain, mais le chef-lieu de la consommation de cat c'est la province de Gauteng, qui abrite la plus grande ville du pays, Johannesburg, et la capitale, Pretoria. La cat peut être avalée ou fumée, mais l'effet est plus fort si elle est sniffée.

« La cat a l'image de la coke du pauvre, » explique à VICE News, Wayne Kellsal qui dirige le centre de traitement Step Away. « La cocaïne est chère ici, ce qui explique en partie la demande grandissante pour la cat, à l'instar de la crystal meth. »

Sandra Pretorius, est directrice de la clinique de réhabilitation SANCA Horizon qui dépend du gouvernement. Elle explique à VICE News que les changements de consommation chez les toxicomanes suggèrent qu'un marché grandissant est en train de se créer. « Avant c'était juste une drogue pour les jeunes adultes, entre 19 et 26 ans, » nous dit-elle. « Maintenant on voit des ados et des personnes plus âgées en prendre. La cat est devenue une "drogue de clubs", comme l'ecstasy, la cocaïne et le speed. »

Alan est web designer et vient de sortir d'une clinique privée de Johannesburg. Il raconte à VICE News son histoire, « Je suis rentré dans le milieu gay un peu tard dans la vie. Au début je me suis dit que c'était une drogue plutôt cool pour faire la fête, parce que je ne pouvais pas me payer de coke. Tu pouvais tenir une soirée avec un gramme de cat, alors qu'il m'aurait fallu 3 grammes de coke. Tu n'as pas d'effets paranoïaques non plus. T'as l'impression d'être toujours en contrôle. Et c'est aussi très facile de se mentir à soi-même sur les effets. »

Michael Morris vient de Port Elizabeth et a commencé à prendre de la cat régulièrement à l'âge de 15 ans. Maintenant il en a 17 et vient de sortir de cure de désintoxication. Il explique à VICE News, « La cat est consommée, et surconsommée, partout en Afrique du Sud, c'est une des drogues les plus prises ici, surtout par les Blancs. » Il convient du fait que cette drogue est plus satisfaisante que la cocaïne, avant d'ajouter: « Mais la descente pour moi était vraiment douloureuse, ça m'a rendu dépressif et agressif. »

La cat est apparue en Union soviétique. Elle a été synthétisée pour la première fois en Allemagne en 1928, pour être ensuite prescrite comme antidépresseur dans l'URSS des années 1930 et 1940. Son utilisation a été interdite après la guerre pour cause d'usages détournés — mais pendant les années 1960 et 1970 la cat est restée populaire en Union soviétique.

Au moment où les Russes bannissaient son usage, la compagnie pharmaceutique américaine Parke Davis a commencé à explorer son utilisation pour traiter la perte de poids et la dépression. Ils ont arrêté leurs recherches lorsqu'ils ont pris conscience du côté addictif de la drogue. En 1989, un étudiant qui travaillait pour Parke Davis, aurait réussi à sortir de la drogue d'un laboratoire dans la région du Michigan. C'est alors que les premiers usages récréatifs de la drogue sont apparus en occident. Dès lors, le culte autour de la cat continue d'alimenter les esprits du Midwest américain. Mais à part l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande est le seul autre pays du monde à être connu pour avoir un nombre conséquent de consommateurs réguliers de cat.

Les consommateurs de cat atteignent un état de relaxation poussé tout en restant extrêmement concentrés. Les programmateurs informatiques et les étudiants l'utilisent pour augmenter leur productivité. Toutefois, la cat est addictive et les gros consommateurs peuvent passer jusqu'à quatre jours sans fermer l'oeil, ce qui crée des psychoses liées au manque de sommeil et des dépressions fulgurantes.

« D'après mes constats, je dirais que c'est aussi difficile de décrocher de la cat, que d'arrêter le crack, » confie Pretorius. « Le plus délicat avec la cat, c'est qu'un des effets secondaires de la drogue est de couper le drogué de la réalité et de ce qui l'entoure. Quand l'addict arrive à décrocher, ses émotions deviennent très versatiles et il ne sait plus les gérer. Donc généralement, quand ils arrivent au centre, ils sont hospitalisés et nécessitent tout un attirail de traitements, comme des benzodiazépines qui leur permettent de décrocher. Cela revient vite très cher. »

En cure, Alan est tombé dans un état de catatonie (un syndrome psychiatrique s'exprimant à la fois dans la sphère psychique et motrice). « Les quatre premiers jours au centre ont été les plus longs de ma vie. Une dépression profonde. Des gens venaient me visiter, mais j'étais incapable de les saluer ou de notifier leur présence. »

« On appelle ça « avoir la tête en coton, » explique Pretorius. « Les gens sont surstimulés par la cat et quand ils nous arrivent ils deviennent extrêmement lents. Vous leur posez une question et le temps qu'ils en captent le sens, vous êtes sur le point de reposer la même question. »

Pour les services de police sud-africains, qui sont déjà totalement débordés, la cat est loin d'être une priorité, bien qu'ils procèdent parfois à des raids pour démanteler des laboratoires mobiles de cat. Du point de vue de la chimie c'est peut-être simple, mais c'est aussi très dangereux. Des traces de feux et de produits chimiques sont autant d'indices.

Au moins cela sent bon. Pour des raisons chimiques un poil obscures, la réaction créée émet une odeur qui ressemble à s'y méprendre à « de la glace à la pistache. »

Les risques, personne ne semble vouloir s'en soucier. Alors que la demande continue de grandir, la marchandise est toujours là. Et tant que la cat restera si peu chère, dans un pays pauvre, la demande sera toujours forte.

Suivez Gavin Haynes sur Twitter @gavhaynes