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Comment le sport m'a aidé à surmonter mon handicap

Thierry Corbalan a perdu l'usage de ses deux bras. Mais le sport lui a permis de se relever et, aujourd'hui, il fait figure d'exemple.

Le 24 janvier 2016, se disputait la 36e édition de la traversée de Lyon à la nage et avec des palmes. Près de 340 nageurs se sont jetés dans le Rhône dans une eau à 8 degrés. Parmi eux, Thierry Corbalan, qui a terminé les 8 kilomètres de course en 1h13, se classant à la 27e place du général et à la 3e chez les Vétérans. C'est un nouvel exploit pour celui qu'on surnomme le Dauphin Corse.

Un exploit car la vie de Thierry Corbalan a changé depuis le 23 mai 1988 et n'a plus jamais été comme avant. Ce jour-là, à Mandelieu-La Napoule, dans les Alpes-Maritimes, sa canne à pêche se coince dans un caténaire de 25 000 volts. « J'ai perdu connaissance quelques minutes, se souvient Thierry. Un ami qui était venu avec moi a entendu la déflagration, j'était en flammes ». Il est aussitôt transporté à l'hôpital de Cannes avant d'être transféré dans un établissement plus adapté à ses blessures, à Marseille. Il doit notamment subir une opération pour enlever la canne à pêche plantée dans son abdomen. « Sur le coup, j'ai mal, mais je n'imagine pas que j'ai perdu l'usage de mes bras. A l'hôpital tout fonctionnait sauf mes bras ». C'est alors que le chirurgien lui annonce qu'il va falloir l'amputer de ses deux membres supérieurs.

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Thierry Corbalan ne prendra conscicence de son corps métamorphosé que plus tard : « J'ai pris une claque la première fois que je me suis vu dans une glace ». Commence alors une longue rééducation qui débute à l'hôpital où il fait des abdos sur son lit et des petits footings dans les couloirs. Il apprend également à se débrouiller sans deux membres essentiels. Il a fallu réapprendre à faire tous les petits gestes du quotidien. Thierry Corbalan s'habille grâce à un système de crochets et de vêtements élastiques. Il peut conduire, écrire des mails et téléphoner. « Je ne porte pas de prothèse, j'en ai eu au début mais j'ai fini par m'apercevoir que j'étais plus autonome sans, explique-t-il d'une voix assurée, tranquille, qui ne laisse transparaître aucune gêne vis-à-vis de son handicap. J'utilise des aides techniques (temporairement) sous forme d'emboiture pour conduire, pour taper sur un clavier d'ordinateur, pour manger. »

C'est aussi sa pratique sportive qui doit changer. Sans ses deux bras, Thierry Corbalan ne peut plus faire de judo, lui qui a été trois fois vice-champion de France Police en -86 kg. Il se met à la course à pied entre deux séances de kiné au centre de rééducation. « Mon but était de courir avec les valides. Ça me permet de ne pas me sentir handicapé. Je préfère être centième chez les valides que premier chez les handicapés. »

Mais en 2009, l'arthrose de son genou le contraint à changer une nouvelle fois de sport. Installé depuis quatre ans en Corse, la natation s'impose à lui. Il est bien entendu contraint de changer sa façon de nager : « Je nage comme on nage le papillon, avec un masque et un tuba », à la seule force de ses jambes, muni d'une monopalme. D'où le surnom de Dauphin Corse.

L'eau devient son élément et le sport toujours une thérapie. Thierry enchaîne les défis pour des associations caritatives, dont la sienne le Dauphin Corse, qui vient en aide aux personnes malades et handicapés. « Dans le sport il existe la solidarité entre les bons et les moins bons, donc avec un handicap on a sa place. Le sport avec un handicap est différent mais il existe. »

Le Dauphin Corse enchaîne les performances : plusieurs traversées des Bouches de Bonifacio, une nage en slip de bain au Groenland dans une eau à -1,6° (pour l'association de Pascal Olmeta « Un Sourire, Un Espoir pour la Vie », ndlr). Chez les valides, il participe au défi Monte-Cristo, reliant le château d'If à Marseille et termine à la 9e place et aux traversées de Lyon.

Thierry concède que s'il n'avait pas été sportif, l'électrocution aurait surement été fatale. C'est le sport justement qui l'a aidé à mieux accepter son nouveau corps et aujourd'hui il montre la voix à toutes les personnes qui souffrent d'un handicap et qui peinent à vivre avec. « Quelque soit le type de handicap, il existe un sport qui peut aider à se reconstruire. » Et de montrer qu'on peut faire aussi bien que les valides.