environnement

Les chars sous-marins suceurs de diamants veulent retourner les océans

L’activité minière devient un peu trop compliquée sur la terre ferme, certains se tournent donc vers les 70 % de la surface de la planète recouverts d’eau.

par Sefton Darby
14 Avril 2015, 11:30am

Photo via Nautilus Minerals

La semaine dernière, le célèbre milliardaire Richard Branson a publié un appel pour une protection globale de l'Arctique, ce qui lui a valu des commentaires assez durs. Certains ont fait remarquer que la compagnie aérienne de M. Branson, ainsi que ses aventures spatiales, dépend en grande partie des énergies fossiles. L'acteur écossais Frankie Boyle a adressé un tweet à M. Branson : « Tu possèdes une compagnie aérienne, connard ».

Mais ces réactions indignées ne constituent pas la partie la plus intéressante des déclarations de Richard Branson. Car, dans son énumération des menaces habituelles pour l'environnement, comme les forages pétroliers ou la pêche commerciale, il a également mentionné l'activité minière sur les fonds marins. C'est une menace qui risque de faire beaucoup plus de bruit dans le futur.

Historiquement, des ressources comme le pétrole, le gaz et les minéraux ont été accessibles facilement et à bas coût. Mais aujourd'hui, elles sont de plus en plus rares, chères et compliquées à extraire. De nouvelles technologies, comme la fracturation hydraulique, ont ouvert de nouveaux gisements de ces ressources. La montée des prix a aussi rendu d'autres ressources rentables, comme le minerai à faible teneur.

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Aller dans des endroits plus éloignés pour parvenir à des ressources, c'est la nouvelle norme. Si vous aviez demandé à des responsables de compagnies pétrolières des années 1980 ce que seraient les gros projets d'oléoducs dans les années 2000, ils n'auraient probablement pas répondu « Bakou en Azerbaïdjan » et encore moins « l'oléoduc du Tchad au Cameroun ». Mais, au début des années 2000, ces deux projets étaient déjà bien avancés, et les bars de Bakou déjà remplis par des piliers de comptoir écossais, texans et norvégiens qui se réunissent inévitablement autour de tous les grands projets pétroliers dans le monde. (Il y a quelques années, le plus grand restaurant KFC du monde ouvrait ses portes dans la gare historique de Bakou.)

Et si l'activité minière est trop compliquée sur la terre ferme, vous pouvez toujours vous tourner vers les 70 % de la surface de la planète recouverts d'eau.

La compagnie minière De Beers Marine a dragué les fonds marins des côtes de Namibie à 120 mètres de profondeur pendant dix ans pour trouver des diamants. Et à des profondeurs moindres depuis plus longtemps que ça. Cela consiste à utiliser un énorme véhicule sur chenilles de 280 tonnes, déployé sur le côté d'un bateau, pour aspirer les fonds marins riches en diamants. C'est comme un char Leclerc, mais quatre fois plus grand. Et sous l'eau.

Mafuta, le nouveau véhicule suceur de diamants, en 2013, quand il était fabriqué pour le conglomérat minier De Beers. Photo : De Beers

Le prochain projet du genre sera probablement Solwara 1, de Nautilus Minerals, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui utilisera aussi d'énormes découpeuses de fonds marins et des collecteurs pour extraire du minerai de cuivre et d'or dans des cheminées volcaniques riches en or et en cuivre, situé à 1 500 mètres de profondeur.

La Nouvelle-Zélande semble entrer dans le business des mines sous-marines. Deux entreprises, Trans-Tasman Resources et Chatham Rock Phosphate, ont présenté respectivement des projets d'extraction de minerai de fer et de phosphate. Les ONG locales, les iwi (tribus) maoris et l'industrie de la pêche ont protesté et, récemment, l'Agence de protection environnementale (APE) du gouvernement néo-zélandais a refusé de délivrer les permis.

La bataille de l'extraction sous-marine ne fait que commencer. Richard Branson et James Cameron (le réalisateur de Titanic et Avatar) ainsi que de nombreuses ONG environnementales se sont mobilisés. Faites une recherche dans Google sur « seabed mining » et vous trouverez un grand nombre de collectifs qui s'opposent à cette pratique. Les décisions de l'APE néo-zélandaise leur ont donné de l'espoir.

La principale préoccupation de ceux qui s'opposent à cette industrie minière tient au fait que personne ne connaît réellement l'écosystème et les espèces qui se trouvent au large des côtes. On ignore donc quel impact aurait ce type d'extraction dans ce milieu. La poussière de minerai ou la pollution pourraient étouffer des coraux et perturber sévèrement la vie sous-marine.

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Pour comprendre pleinement la valeur économique et environnementale de ce qu'il y a sous l'océan, des centaines de millions de dollars d'investissements seraient nécessaires pour financer la recherche et l'exploration. Les gouvernements ne semblent enclins qu'à donner une petite partie de cette somme. Les compagnies minières pourraient se permettre de faire ces recherches, mais aucun investisseur ne va les financer sans être certain que l'extraction minière suivra. Quant à la qualité et à l'intégrité des études environnementales menées par ces compagnies minières, elles suscitent le scepticisme des ONG.

D'un côté se trouvent les promoteurs qui, de leur point de vue, se demandent bien qui pourrait refuser d'essayer de bénéficier de telles ressources qui vaudraient des milliards de dollars. Les compagnies qui pratiquent l'extraction sous marine signalent en plus que cette activité n'aura lieu, au sens propre comme au sens figuré, sous les fenêtres de personne. De l'autre côté, les défenseurs de l'environnement regardent comment l'activité minière sur la terre ferme a été développée, et considèrent toute dérégulation favorable à l'extraction sous-marine comme une pente particulièrement glissante vers la dégradation du reste de la planète.

Qui va gagner ? La réponse à cette question se trouve dans un minerai relativement abondant. Il y a vingt ans, les 5,7 milliards d'humains de la planète consommaient en moyenne 1,8 kilo de cuivre par personne et par an, pour leurs produits électroniques, leur logement, etc. Aujourd'hui, ce sont 7,25 milliards d'humains qui utilisent chacun près de 2,3 kilos par an. Voilà pourquoi les compagnies minières sont aussi impatientes d'exploiter l'océan et ont peu de sympathie pour ceux qui essaient de les freiner sur cette voie.

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