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Un hôpital MSF bombardé au Yémen — L’Arabie Saoudite rejette la faute sur MSF

L’ambassadeur saoudien aux Nations unies a admis qu’une « erreur » avait été faite lundi par les avions de la coalition menée par Ryad, tout en expliquant que MSF avait fourni des coordonnées GPS erronées quant à l’emplacement de l’hôpital.

par Samuel Oakford
28 Octobre 2015, 10:15am

L’hôpital de MSF qui aurait été frappé par des avions de la coalition menée par l’Arabie Saoudite dans la province de Saada, ce lundi soir. (Photo via MSF)

L'ambassadeur saoudien aux Nations unies a admis qu'une « erreur » avait été faite quand des avions de la coalition menée par Ryad ont bombardé lundi un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) au Yémen. Le représentant a affirmé que MSF avait fourni des coordonnées GPS erronées quant à l'emplacement de l'hôpital — ce qui a mené à l'incident de ce lundi.

MSF a annoncé, ce mardi en fin de journée, qu'un hôpital soutenu par l'organisation installé dans la province de Saada (nord du Yémen), dans le district de Hidane, a été frappé par plusieurs frappes aériennes sur les coups de 22h30 (heure locale) ce lundi. Les premiers bombardements ont touché l'extérieur du bâtiment — tous les employés et les patients ont alors eu le temps de s'échapper avant que de nouvelles frappes viennent détruire l'hôpital. Un employé de MSF souffre de légères blessures.

Dans un communiqué, MSF a déclaré que les coordonnées GPS de l'hôpital « étaient régulièrement fournies à la coalition menée par l'Arabie Saoudite, et le toit du bâtiment portait un logo MSF. »

Dans une interview avec VICE News, l'ambassadeur saoudien aux Nations unies, Abdallah Al-Mouallimi, a remis en question la version de l'association humanitaire, rejetant la faute sur MSF.

« Les forces de la coalition ont fait en sorte d'éviter l'emplacement donné par MSF, et elles visaient un champ qui était utilisé par les Houthis pour s'entraîner et stocker des munitions, » nous a expliqué Mouallimi. Les Houthis sont un groupe rebelle du nord du Yémen, que l'Arabie Saoudite et ses alliés de la coalition frappent depuis mars dernier. « [Cet hôpital] a été frappé par erreur à cause des mauvaises coordonnées GPS fournies par MSF. »

La déclaration de l'ambassadeur semblait contredire la version délivrée quelques heures plus tôt par le porte-parole de la coalition, le Général Ahmad Asseri, à qui Reuters a demandé si les avions de la coalition avaient frappé l'hôpital. « Pas du tout, » a répondu Asseri.

Mouallimi a expliqué que le gouvernement saoudien a lancé une enquête sur cet incident « pour examiner les causes exactes et l'impact de la frappe, » ajoutant, « Nous allons prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela se reproduise à l'avenir. »

« Clairement, une erreur a été commise, » a dit l'ambassadeur.

MSF a décrit l'hôpital comme « le seul établissement de la région où des vies peuvent être sauvées ». La région couverte par l'hôpital compte 200 000 personnes. Miriam Czech, coordinatrice de projet MSF à Saada, a déclaré que l'hôpital était « à 99 pour cent détruit ».

Ce mardi, MSF a expliqué que les employés craignaient toujours de retourner à proximité de ce qui reste de l'hôpital — au moins 2 obus largués sur l'hôpital n'ont pas explosé. 

L'hôpital de MSF qui aurait été frappé par des avions de la coalition menée par l'Arabie Saoudite dans la province de Saada, ce lundi soir. (Photo via MSF) 

Saada est un des fiefs des Houthis. La guerre aérienne contre les rebelles a détruit des pans entiers de la province, et causé la mort de nombreux civils.

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D'après l'ONU, la majorité des morts de civils au Yémen — on en dénombre 2 355 depuis mars — est due aux frappes aériennes.

Au début du mois d'octobre, Amnesty International a diffusé des informations selon lesquelles la coalition violait les droits de l'homme et perpétrait des crimes de guerre à Saada.

Les frappes contre l'hôpital de MSF à Saada surviennent seulement quatre semaines après un bombardement par les forces américaines d'un hôpital de MSF dans le nord de l'Afghanistan, à Kundunz. 30 personnes ont été tuées lors de cette attaque. Le président américain Barack Obama s'est excusé pour cette attaque, mais MSF n'a pas accepté les excuses présidentielles, appelant une enquête indépendante.

À lire : Hôpital MSF bombardé : Les États-Unis vont dédommager les familles des victimes en Afghanistan

L'hôpital de MSF qui aurait été frappé par des avions de la coalition menée par l'Arabie Saoudite dans la province de Saada, ce lundi soir. (Photo via MSF) 

D'après les informations de l'Associated Press, les forces spéciales américaines étaient au courant que la cible était un hôpital.

En plus de la vente d'armements pour des dizaines de milliards de dollars, les États-Unis fournissent à la coalition menée par les Saoudiens un soutien logistique de grande ampleur et ce qu'ils appellent « l'assistance au ciblage ». 

Des avions ravitailleurs américains effectuent aussi deux sorties par jour dans l'espace aérien saoudien pour ravitailler les avions de chasse entre deux bombardements — comme celui qui a détruit l'hôpital de Saada. Les autorités américaines ne souhaitent pas dire si elles enquêtent sur les morts de civils au Yémen, et elles renvoient les journalistes vers le gouvernement saoudien.

Le gouvernement saoudien justement n'a fourni aucune donnée fiable sur les victimes — ou même sur les frappes aériennes — et n'a pas l'air de mener une quelconque enquête. 

L'hôpital de MSF qui aurait été frappé par des avions de la coalition menée par l'Arabie Saoudite dans la province de Saada, ce lundi soir. (Photo via MSF) 

Ce mardi, un porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré que chaque pays impliqué au Yémen — dont les États-Unis — devrait enquêter sur les morts de civils dans le pays.

Comme pour l'attaque de Kunduz, MSF explique que les frappes de Saada représentent une violation du droit international, et appelle la coalition à s'expliquer sur les détails de l'opération.

« C'est une nouvelle illustration du dédain complet pour les civils du Yémen, où les frappes aériennes sont devenues la routine, » explique Hassan Boucenine, chef de mission MSF au Yémen.

Lors de son entretien avec VICE News, l'ambassadeur saoudien aux Nations unies, a expliqué qu'il n'essayait pas de « blâmer » MSF pour l'incident de lundi, mais a répété que si MSF n'avait pas fait d'erreur, les frappes aériennes n'auraient pas eu lieu.

Suivez Samuel Oakford sur Twitter @samueloakford