Mouvement social

Avec le mouvement anti-JO de Los Angeles

« On ne mesure pas la réussite d'un événement par le degré de richesse qu'il produit. On la mesure par le fait que la vie des gens s'améliore, et que l'égalité et la démocratie croissent dans notre ville. »

par Aaron Gordon
21 Juillet 2017, 8:03am

Si tant est qu'elle existe, Los Angeles semble être la ville idéale pour les JO de 2024. Les infrastructures existent déjà et sont relativement proches les unes des autres, le comité d'organisation projette de se débrouiller même sans l'assistance du contribuable, la ville a fait ses preuves en tant que ville hôte, le climat est parfait et le gouvernement local ainsi que les communautés commerciales soutiennent le projet. LA 2024 promet d'être respectueux de l'environnement, soucieux des droits de l'homme et socialement responsable.

C'est ce qui rend si unique le nouvel entrant au mouvement anti-JO, NOlympics LA. À la différence d'autres mouvements anti-JO, comme par exemple ceux de Boston ou de Budapest, NOlympics LA ne se focalise pas sur les retombées économiques inhérentes à l'accueil et à l'organisation d'une olympiade. Au lieu de cela, ses membres rejettent les bases mêmes sur lesquelles sont évalués les Jeux, où l'on parle de "réussite" lorsque les transports sont à l'heure, que les hôtels sont beaux, que les médias sont contents et surtout lorsque le CIO s'enrichit.

Au lieu de cela, NOlympics LA, dirigé par les DSA, les sociaux-démocrates (Democratic Socialists of America, ndlr) de Los Angeles, portent le mouvement anti-JO à sa fin logique : ils n'y a pas de bons Jeux olympiques. Face à une crise de l'immobilier, un problème de sans-abris généralisé et la violence policière, ils avancent l'idée selon laquelle accueillir les Jeux ne ferait qu'exacerber ces problématiques au profit des riches et de l'élite. Et ce dans le meilleur des cas.

J'ai discuté avec Anne Orchier et Jonny Coleman, deux organisateurs du groupe de travail NOlympics LA, à propos de leur mission et de ce qu'ils espèrent accomplir, au-delà d'empêcher la tenue des JO dans leur pays.

VICE Sports : Quand avez-vous commencé à former ce groupe et comment cela s'est-il passé ?
Jonny Coleman : Je ne sais pas exactement quand est-ce que ça a commencé. J'ai commencé à m'intéresser à la problématique des JO à travers mon métier d'écrivain. Comme je pensais peut-être écrire sur le sujet, je me suis documenté. Plus j'en apprenais et plus j'ai participé aux débats entre les DSA et les membres de notre groupe. Toutes ces discussions nous ont fait nous rendre compte à quel point c'était important. Le fait que personne n'ait jamais levé le petit doigt semblait encore plus important. Et c'est comme ça que nous avons commencé à nous réunir.

Anne Orchier : Oui, exactement. Je voudrais simplement ajouter que le succès d'autres campagnes dans d'autres villes nous a motivés. Nous sommes passés par le processus que Jonny vient de décrire, qui nous a permis de saisir pourquoi le sujet était aussi important.

La candidature de Los Angeles est perçue comme une candidature sûre et ne présentant que très peu de désavantages. C'est du moins comme ça qu'on le vend. Qu'est-ce qui vous fait croire que votre mouvement est important sachant que L.A. est clairement ce qui se rapproche le plus de la ville idéale pour accueillir les Jeux ?
Anne Orchier : C'est aussi l'un de nos objectifs principaux, en finir avec ce mythe, critiquer et remettre véritablement en question ce qui est affirmé. Comme vous le dites si bien, Los Angeles est le pari le plus sûr parce que la ville a de l'expérience. Mais la vérité c'est que les Jeux n'ont été rentables que pour un groupe réduit de personnes. Au-delà de ça, les J.O de 1984 étaient en lien étroit avec l'ère d'oppression et de violences policières qui s'était ouverte avant l'événement et que l'on observe aujourd'hui encore. Le soulèvement de 1992 est particulièrement resté dans les mémoires (des policiers blancs avaient été mis hors de cause après avoir frappé Rodney King, un jeune Noir, ndlr).

Nous voulons donc réellement remettre en question l'idée selon laquelle Los Angeles est un pari sûr et le lieu idéal pour accueillir les Jeux olympiques, parce qu'en vérité, cela signifie qu'elle est idéale pour les gens qui ont la richesse et le pouvoir, eux ne perdront pas d'argent avec l'événement. C'est ce que nous voulons dénoncer lorsqu'ils disent que l'événement sera bénéfique ou rentable.

Les Jeux de Los Angeles en 1984.

On dirait que vous voulez réinventer le concept de ''Jeux réussis'', parce qu'aujourd'hui réussite signifie éviter le désastre dans l'organisation.
Anne Orchier : C'est ça, mais ne nous voulons pas non plus laisser ces sujets de côté. Les gens se demandent : « Que se passera-t-il s'il y a un tremblement de terre ? Qu'en est-il des problèmes de trafic ? » Ces questions sont tout à fait pertinentes. Mais d'autres plus importantes encore se posent. Nous reconnaissons qu'il est important que le budget et les délais soient tenus, mais on ne peut pas juger du succès d'un projet uniquement sur la masse d'argent qu'il fait gagner aux gens.

Jonny Coleman : En effet. Le siège du CIO se situe en Suisse n'est-ce pas ? C'est un pays avec un niveau de vie élevé, des taux de criminalité et de pauvreté relativement bas, et une répartition équitable des richesses et des services publics. Par exemple, ils ne sont pas confrontés à une crise du logement comme celle qui frappe Los Angeles actuellement. C'est pour cela que LA n'est pas un candidat sûr et que ça ne l'a jamais été, parce qu'il y a beaucoup de gens qui vivent dans des situations précaires. C'est l'une des villes avec des taux de criminalité et de pénurie de logement les plus hauts des Etats-Unis. Nous croyons qu'il est fondamentalement inapproprié d'accueillir cette grande fête, parce que cela se fera aux dépens des autres, des plus pauvres et des moins concernés par les retombées positives des JO.

Quels sont les objectifs du mouvement NOlympics, au-delà d'empêcher la réalisation de l'événement bien évidemment ? Quelle est la probabilité que vous arriviez à vos fins étant donné le soutien dont jouit la candidature de Los Angeles auprès du CIO ? Avez-vous d'autres objectifs ?
Jonny Coleman : Nous aimerions beaucoup discuter avec des représentants de groupes qui n'ont pas souvent l'habitude de pouvoir s'entretenir avec le maire, et nous voulons améliorer la communication.

Anne Orchier : Sans aucun doute. Cela m'amène à un autre problème. Il se dit que le comité de candidature avait sollicité l'avis de la population, notre avis, et même si, en effet, cela a été vrai, personne n'a semblé convaincu. Nous souhaitons créer une plateforme afin de fédérer d'autres villes et communautés au niveau international.

Existe-il un scénario dans lequel vous seriez satisfait de l'événement s'il venait à avoir lieu ? Ou bien croyez-vous que les Jeux Olympiques ne sont pas compatibles avec votre vision ?
Anne Orchier : Nous sommes plutôt militants. Nous voyons les Jeux olympiques comme ils ont existé depuis je ne sais combien de décennies, comm un événement au service du pouvoir...

Jonny Coleman : C'est le cas depuis les premières éditions à la fin du XIXe siècle. Cela fait beaucoup de temps.

Anne Orchier : En gros, la façon dont les JO ont fonctionné depuis leur mise en place ne nous intéresse pas. Nous ne sommes pas intéressés par des réformes et garanties personnelles de qui que ce soit concernant la tenue du budget. Mais je ne suis pas en train de dire que nous sommes contre le sport ou les événements de ce genre en général. Mais nous sommes contre ceux de cette nature, qui sont organisés de telle manière à ne bénéficier qu'à un petit nombre de personnes.