Relaxe confirmée pour les Femen qui avaient sonné les cloches de la cathédrale de Notre-Dame de Paris

Huit militantes du groupe féministe Femen ont été relaxées ce jeudi matin, après avoir été accusées d’avoir dégradé une cloche de la cathédrale Notre-Dame lors d’une action en février 2013.

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oct. 29 2015, 5:37pm

Image par Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons

Au début de l'année 2013, le 12 février, au lendemain de la renonciation du pape Benoît XVI, des Femen se mêlent aux touristes venus visiter la célèbre cathédrale de Notre-Dame de Paris. Prenant la sécurité du lieu par surprise, elles enlèvent leurs manteaux dans la nef de la cathédrale, et scandent torses nus « Pope no more » (« Plus de pape »), en faisant sonner une des cloches exposée dans l'église. Elles la frappent avec des morceaux de bois recouverts de feutrine avant d'être expulsées de l'endroit.

Après cette action, le recteur de Notre-Dame, Mgr Patrick Jacquin, porte plainte, accusant les Femen d'avoir dégradé la précieuse cloche. 

La cour d'appel de Paris a finalement confirmé ce jeudi matin la relaxe des huit militantes du groupe féministe Femen.

Elles avaient déjà été relaxées il y a un an par le tribunal correctionnel de Paris. Le juge a une nouvelle fois estimé qu'il n'y avait pas assez d'éléments pour leur imputer les dégradations de la dorure de la cloche Marcel. Le jour de l'action des Femen, cette cloche était exposée provisoirement au centre de la cathédrale, pour fêter le jubilé des 850 ans de Notre-Dame de Paris. 

Elvire Duvelle-Charles fait partie des Femen en France depuis trois ans. Elle avait participé à l'action de Notre-Dame. Elle s'est rendue ce jeudi matin au délibéré annonçant le verdict. Contactée par VICE News en début d'après-midi, elle nous a dit que cette relaxe « n'était pas une surprise » pour les prévenues.

« Rien ne justifiait une condamnation quelconque », affirme la jeune femme de 27 ans. « En réalité, nous n'étions pas devant la justice pour avoir dégradé une cloche, mais parce que selon Notre-Dame nous avions commis un délit de blasphème. Comme en France, le délit de blasphème n'existe pas, ils se sont dit que nous attaquer pour "dégradation de bien en réunion" pouvait nous coûter cher. L'idée, c'était de nous dissuader de retourner dans les lieux de culte. »

Après l'annonce du verdict, la porte-parole des Femen en France, Inna Schevchenko, a publié ce message sur Twitter : « Girls won against Gods » (« Les filles ont gagné contre les Dieux »).

Deux surveillants condamnés

Contactée par VICE News, l'Église Notre-Dame nous a seulement dit « prendre acte de cette décision », notant toutefois qu'un surveillant avait été relaxé.

Lors du premier procès, trois surveillants avaient été condamnés à des amendes de 300, 500 et 1 000 euros avec sursis pour des violences sur les Femen alors qu'ils tentaient de les sortir de l'édifice. L'un d'entre eux a donc été relaxé en appel.

« Dans cette histoire, ce sont les activistes qui ont subi des violences », soutient Elvire. « Marguerite [ndlr, l'une des Femen] a eu une dent cassée pendant l'action, et elle l'est toujours, faute de réparation jusqu'à présent », rappelle-t-elle.

Contexte tendu de la loi sur le mariage homosexuel

L'action avait donc eu lieu le lendemain de l'annonce du pape Benoît XVI déclarant renoncer à sa charge, mais également le jour de l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi autorisant le mariage homosexuel. Sur le parvis de la cathédrale, les Femen avaient également crié « In gay we trust » (« Nous croyons en l'homosexualité »), parodie de la formule « in God we trust » (« nous croyons en Dieu »).

En France, le débat sur le mariage homosexuel avait déclenché une polémique pendant plusieurs mois, opposant ceux qui soutenaient cette loi avec ceux qui se prononçaient contre, parfois lors de manifestations violentes. Une partie de l'Église, qui n'y était pas favorable, avait fait entendre sa voix dans le débat public français.

Si les Femen ne remettent pas en cause « le droit à la croyance et à la foi personnelle », elles revendiquent le droit de critiquer la religion. « On doit aussi pouvoir se demander si c'est une bonne chose que les femmes soient considérées comme des êtres dépendants, ou qu'un enfant soit terrorisé par un Dieu tout-puissant. On doit pouvoir critiquer sans craindre de représailles, qu'elles soient physiques ou judiciaires, » soutient Elvire Duvelle-Charles.

« Autour de l'action de Notre-Dame, les gens ont pensé que nous avons heurté les croyances pour rien, » se souvient Elvire Duvelle-Charles. « Mais il faut se rappeler qu'une semaine avant, une prière de rue devant l'Assemblée nationale avait été le lieu de propos homophobes très violents. Nous cherchions un moyen de réagir à cette prière. Le renoncement du pape et le vote de la loi ont coïncidé avec cela. ».

Le 29 janvier, l'Institut Civitas, proche des chrétiens intégristes, avait en effet organisé une « prière de rue » devant l'Assemblée nationale, qui avait été autorisée en tant que manifestation. 

Suivez Lucie Aubourg sur Twitter : @LucieAbrg

Image par Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons

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