Drogue

CBD shop et poupées sexuelles : avec l’entrepreneur qui en voulait trop

« À ce moment-là, je tourne ma tête à gauche et je vois 25 flics en costards qui débarquent. On aurait dit que j’étais Pablo Escobar ! »
Paul Douard
Paris, FR
L'entrepreneur qui en voulait trop
Joaquim Lousquy dans sa nouvelle maison de poupées.

« Je dois livrer une poupée chez un client qui l’a réservée pour tout une journée », me dit Joaquim Lousquy à la terrasse d’un café, en face du métro Pelleport dans le XXe arrondissement de Paris. J’avais déjà rencontré l’homme quelques mois plus tôt, alors qu’il ouvrait la première maison close de poupées sexuelles en France. La presse avait bien sûr sauté sur l'occasion – moi le premier – et oscillait déjà entre dégoût et fascination. Pour Joaquim, il ne s'agissait que de répondre à une demande. Mais après seulement quelques mois de service et une clientèle déjà fidèle, l’établissement a brusquement fermé ses portes pour des raisons techniques. Pas découragé pour autant, l'entrepreneur a déjà d'autres projets en tête. Il s'est lancé dans un autre secteur : le CBD, cette particule présente dans le cannabis mais très faible en THC – ce qui la rend légale dans la plupart des pays d'Europe. Il laisse alors de côté X-Dolls [sa société de maison closes de poupées sexuelles, NDLR] et a ouvert le premier coffee shop de CBD en France. Mais à peine trois semaines après son lancement en grandes pompes, il s'est retrouvé inculpé pour trafic de stupéfiants. Retour à la case départ.

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Toujours en instance de procès, mais libre, Joaquim vient pourtant d'ouvrir une nouvelle maison close de poupées sexuelles – encore plus élaborées selon ses dires – dans le nord-est de la capitale. Si sa nouvelle entreprise est a priori légale, elle déclenche toujours la colère de nombreux élus parisiens, et notamment communistes. Traité de proxénète par certains, de dealer par d'autres, l'entrepreneur parisien a longtemps dû garder le silence sous les conseils de son avocat Emmanuel Marsigny [l’avocat de Tariq Ramadan, NDLR]. Aujourd'hui, ce dernier l'autorise à s'exprimer. L'occasion pour VICE de discuter avec lui de ses multiples aventures sans lendemain qui lui ont presque valu un voyage en prison.

VICE : Salut Joaquim, tu viens d’ouvrir une nouvelle maison close de poupées sexuelles « encore plus élaborée » que celles que j'avais pu découvrir en juin dernier. Tu peux m'en dire plus ?
Joaquim : Elle est bien plus grande. J’ai deux espaces plus grands et mieux équipés qu'auparavant. La grande nouveauté, c'est l'élargissement de notre panel de poupées. Cette semaine, je vais recevoir un homme poupée, qu'il sera possible de transformer en transsexuelle. Il y avait une vraie demande là-dessus de la part de nos clients. Si tu veux, c’est un système de plug que tu insères dans la poupée et le tour est joué. L’autre grosse nouvelle, c’est une option téléphone rose. Grâce à un petit casque bluetooth très discret, tu as une opératrice du téléphone rose avec qui tu peux parler en même temps que tu es avec la poupée. Il y a une vraie interaction.

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Pourquoi ta première maison close a-t-elle fermé ?
Selon Le Parisien, la pression des voisins, de mon propriétaire, qui soit disant n'était pas au courant de mon activité, et des élus communistes auraient eu raison de moi. Ce qui est entièrement faux. Ce n’est qu’une histoire d’inondations lors des violents orages de juin. Tout le bâtiment était sous l’eau et le plafond s’est effondré d'un coup. J'ai donc quitté les lieux.

« J’ai enchainé 13 interrogatoires en garde à vue. J’ai eu les impôts, le fisc, une enquête patrimoniale et la saisie des comptes et des coffres à la banque »

Après cette mésaventure, tu t’es lancé dans la création d’un coffee shop de CBD à Paris – expérience qui, là-aussi, a très mal tourné.
Je suis un entrepreneur, j’ai voulu mettre toute mon énergie dans ce projet familiale. Aujourd’hui, je suis toujours en instance de procès. Je suis mis en examen pour trafic de stupéfiants, sous contrôle judiciaire, interdiction de quitter le territoire et interdiction de gérer ou de commercer dans le secteur du CBD.

Tu peux me raconter ce qui s’est passé ?
J’ai commencé ce projet en mai 2018 avec mon père, je voulais être le premier à Paris. Je rappelle que pour moi, tout était légal. Sur le moment, j’ai été complètement dépassé par l'ampleur de la chose. Dès les premiers jours d’ouverture, il y avait une heure de queue minimum devant ma boutique et je n’avais plus de stock à partir 16 heures. J’ai même dû appeler les flics pour m’aider à fermer l’établissement car les clients ne voulaient pas partir sans avoir pu se fournir. Après, j’ai engagé une équipe de sécurité car les choses étaient intenables. C’était comme devant une boîte de nuit, ils faisaient une queue bien propre et évitaient que les gens crient, fument et boivent dans la rue. Pour le voisinage, c’était compliqué, c'est sûr. J’ai eu peur à un moment, il y avait trop de monde, et surtout trop d’argent sur place.

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J'ai passé une semaine sous CBD

Financièrement, c’était une réussite j’imagine ?
On a fait plusieurs centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires en 18 jours, et la police a tout saisie, dont une partie en cash dans la boutique. On a cartonné pendant une vingtaine de jours – tous les concurrents venaient devant ma boutique pour connaître notre recette. Le truc déjà, c’est que tous les coffee shops qui avaient ouvert avant nous avaient des noms de merde : Best Town, CBD Europe Shop, que des trucs à la con. Et contrairement aux autres, nos sachets de CBD n’étaient pas scellés et tu pouvais voir ce que tu achètes. On avait des gros bocaux posés sur le comptoir, ça rassurait les clients. On est même passé au JT de 20 heures sur TF1, ça c’était le graal !

Comment s'est déroulée ton arrestation ?
Le 22 juin, on ouvre la boutique comme tous les jours. Au coin de la rue, assis au café, on voit un mec de BFM TV avec son assistant. Ils avaient le trépied, la caméra et tout le bordel. Je me suis demandé pourquoi ils ne venaient pas nous voir, comme les fois précédentes. En fait, il s'est avéré qu'ils avaient été prévenus que les flics arrivaient*. À ce moment-là, j'ai tourné ma tête à droite et j'ai vu une voiture de flic qui barrait la route. J'ai ensuite tourné ma tête à gauche, et là, 25 flics en costards ont débarqué. Les stups et toute la brigade. On aurait dit que j’étais Pablo Escobar ! Perquisition de la boutique, et moi je suis parti pour trois jours de garde à vue. C’était très lourd psychologiquement. Les terroristes, c’est 96 heures.

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Et ensuite ?
J’ai enchainé 13 interrogatoires en garde à vue. J’ai eu les impôts, le fisc, une enquête patrimoniale et la saisie des comptes et des coffres à la banque. Tout ! Il voulait tout savoir, mais je n’ai jamais rien caché. J’avais les factures, les contrats des salariés et je parlais avec eux par messages. Encore une fois, selon moi je ne faisais rien d’illégal. J’ai appris qu’ils nous avaient filé pendant des jours, avec des photos bien sûr. J’ai halluciné. On n’a même pas pu payer les employés, ni même nous d’ailleurs. Tout a été saisi. C’est comme si j’avais vendu du cannabis et que j’avais fait des recettes d’activité illégale. Bien sûr, j’ai été perquisitionné, tout comme mes salariés. C’était de la folie.

Tu étais dans quel état après ?
J’ai eu deux semaines de dépression très lourde. Trois jours de garde à vue pour ça, c’est fou, et psychologiquement c'était compliqué. Me dire que là, avec un projet comme ça, mon père et moi aurions pu être tranquille pour le reste de nos jours. On m’a enlevé ma chance, je me fatigue à créer des projets. Là, on avait créé une franchise qui devait ouvrir partout en France avec une centaine de boutiques. C'est à ce moment-là que j’ai tout de suite embauché Emmanuel Marsigny pour me défendre. Tout ça n’est qu’une affaire d’interprétation entre la loi européenne et la loi française. Je n’ai pas envie de lâcher.

Le CBD, c'est de l'histoire ancienne maintenant pour toi ?
Aujourd'hui, si quelqu'un lance un coffee shop de CBD, il se fait soulever dans la semaine. C'est impossible. Nous, c'est soi-disant pour des taux de THC trop élevés. Mais en attendant la fin du procès, je m'occupe de X-Dolls. J'y crois énormément, car il y a une grosse demande.

Justement, tu reviens à la case départ. Dans un article Le Parisien daté du 28 août 2018, Nicolas Bonnet Oulaldj, Président du groupe communiste, n’hésite pas à considérer ton nouvel établissement comme « un lieu de prostitution avec un propriétaire pouvant être assimilé à un proxénète ». Tu en penses quoi ?
Tout est légal. Il peut dire ce qu'il veut, mais ce sont des robots. Beaucoup de personnes, même à la mairie de Paris, pensent que mes maisons closes de poupées pourraient aider à combattre la misère sexuelle. Il n’y a aujourd'hui aucun moyen pénal de me faire fermer. Le truc est que la France est l’un des pays européens les plus en retard sur tout ce qui est sexualité et CBD. Avec ces deux entreprises, la seule chose que j’ai vue est qu’il y a une demande et que rien de tout ça n’est illégal.

Merci Joaquim.

*Pour des raisons évidentes, il nous a été impossible de confirmer certains dires de Joaquim Lousquy.

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