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SwissLeaks

Source Sure, berceau du prochain SwissLeaks ?

Lancée il y a quelques jours, en pleine affaire SwissLeaks, cette plateforme francophone pour lanceurs d'alertes réuni le journal «  Le Monde  » et des médias belges.
23.2.15
Image via Flickr / Steven Depolo

Jeudi 12 février, dans les bureaux du journal Le Monde. Une conférence de presse est donnée pour présenter Source Sure, une plateforme créée pour les lanceurs d'alertes, les « Whistleblowers » en anglais (celui qui « donne le coup de sifflet). Le portail leur permet d'envoyer anonymement des fichiers confidentiels aux différents médias responsables de sa création : Le Monde côté français ; Le Soir, La Libre et RTBF côté belge.

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Autour de Gilles Van Kote, directeur du Monde et d'Yves Eudes, grand reporter, sont rassemblés les différents représentants des journaux belges associés à ce projet resté jusqu'ici discret. Nous sommes quelques jours après les révélations sur HSBC, ce que l'on appelle désormais « Swissleaks ». Suivis par une petite équipe de télé, les deux journalistes responsables de ce scoop (travaillé et partagé ensuite avec des journalistes du monde entier) Fabrice Lhomme et Gérard Davet s'installent en dernier, pour donner le coup d'envoi de Source Sure.

C'est un projet simple mais ambitieux. Le but est de devenir la première plateforme francophone pour les lanceurs d'alertes, ces « grands démocrates » selon les mots de Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information à la RTBF.

Peu connue il y a encore quelques années, avant les exemples d'Edward Snowden ou de Julian Assange dans une autre mesure, la figure du lanceur d'alerte est aujourd'hui au coeur de l'actualité, entre le tollé du dispositif abandonné de la loi Macron sur le secret des affaires et l'exemple d'Hervé Falciani à l'origine de la révélation SwissLeaks. Le Whistleblower s'inscrit dans une certaine tradition d'un « journalisme offensif de questionnement » pour Hervé Brusini, journaliste à France Télévisions présent à la conférence et dont le groupe vient de s'associer à Source Sure.

L'histoire du site commence autour d'un article d'Yves Eudes, journaliste au Monde, à propos du site pour lanceurs d'alertes hollandais Publeaks. Cette affaire réunit 53 médias néerlandais et attire l'attention de Patrick Remacle, journaliste à RTBF. Celui-ci contacte Yves Eudes, ils se rencontrent alors pour évoquer un projet de plateforme francophone pour lanceurs d'alertes qui deviendra Source Sure après quelques réunions. La Libre et le Soir rejoignent ensuite le projet.

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Pour Yves Eudes, Source Sure est « un site plus légitime quand il est fait ensemble » et il dispose par ce statut de forces associées d'un « un impact beaucoup plus grand » aux yeux du grand public. D'après lui, si jamais Source Sure se fait attaquer par les autorités d'un pays ou d'un autre, ces dernières se trouveront face à « un large front » du fait de sa nature internationale.

Christophe Berti, rédacteur en chef du journal Le Soir; Gilles Van Kote, directeur du Monde, Gérard Davet, journaliste d'investigation au Monde, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information à RTBF, Fabrice Lhomme, journaliste d'investigation au Monde, Patrick Remacle, journaliste à la RTBF, Hervé Brusini, directeur de la rédaction de francetv.info, Christophe Lamfalussy, journaliste à la Libre et Yves Eudes, grand reporter au Monde. Photo Frédéric Gendarme / VICE News.

Une interface simple, un système complexe

Source Sure ressemble à un site web ordinaire, où l'on trouve une section « à propos » et une page consacrée aux questions/réponses. L'ensemble se complexifie dès qu'on décide de faire passer des documents confidentiels. On arrive alors sur une autre plateforme, qui recommande au lanceur d'alerte d'utiliser le réseau alternatif Tor qui est gratuit, facile à utiliser et qui lui assure confidentialité et anonymat. Le lanceur d'alerte choisit ensuite à quel média il souhaite envoyer les documents, il peut l'envoyer à plusieurs d'entre eux, ou à un seul. Une fois envoyé, le fichier arrive sur une plateforme, Globaleaks. Arrivé ici, il est débarrassé des métadonnées qui pourraient permettre de trahir l'identité de celui qui a posté les leaks. Le fichier ressemble alors d'avantage à un simple texte. Ensuite il est crypté avec un système de chiffrement pgp. Enfin, il se retrouve stocké sur un des serveurs hébergé sur Tor. À ce moment, le journaliste reçoit un mail l'informant qu'un fichier l'attend. Il se connecte alors au serveur sur Tor avec un ordinateur équipé de l'outil informatique TAILS, (The Amnesic Incognito Live System), un dérivé du système d'exploitation Linux. Tails rend « amnésique » votre ordinateur, c'est-à-dire qu'il efface toutes les traces d'activités effectuées pendant votre session de travail, dès que vous éteignez votre machine. Une manière de prévenir toute tentative de piratage ou de vol.

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Chaque lanceur d'alerte se voit attribuer un numéro à 16 chiffres qui devient son identifiant unique et qui permet de le relier aux documents qu'il a envoyés. De plus, cette signature anonyme permet de communiquer avec le journaliste, via une messagerie intégrée dans le site. Un outil de dialogue utile pendant l'analyse des documents.

Rétablir la chaîne

Par la suite, l'information sera soumise à un travail journalistique à proprement parler, concentré sur l'authentification et le sérieux des documents reçus sur Source Sure. Pour Gérard Lhomme, « avoir une liste de données c'est bien, savoir l'exploiter c'est mieux ». Selon le journaliste d'investigation, « toute la chaîne est rétablie, du donneur d'alerte au journaliste en arrivant in fine au lecteur à qui nous pouvons donner la meilleure information possible. »

Pour Yves Eudes la protection des sources, notamment de leur anonymat est plus délicate que par le passé. « Les États disposent de moyens d'investigation électronique beaucoup plus puissants qu'avant, donc on est obligé de réagir sur le terrain. »

Appelé à grandir, Source Sure suscite déjà l'intérêt d'autres médias francophones, en Suisse et au Québec. « On va avancer en marchant » indique Yves Eudes, avant de conclure : « Si on a 99 pour cent de rebut et 1 pour cent de SwissLeaks, ça vaudra le coup. »

Suivez Frédéric Gendarme sur Twitter @GendarmeFred

Photo via Flickr / Steven Depolo