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Sivens

Face à face tendu autour du site du barrage de Sivens

Une centaine d’agriculteurs de la région occupent les accès du site du projet de barrage controversé pour réclamer l’expulsion des « zadistes ». Les forces de l’ordre ont du s’interposer. L’avenir du barrage sera connu vendredi.
2.3.15
Photo Sébastien Thébault/ Wikimédia Commons

Une centaine d'agriculteurs favorables à la construction d'un barrage ont entrepris ce lundi matin une opération de blocage des « Zadistes », surnom donné aux occupants de la ZAD, acronyme de Zone à Défendre, qui eux campent depuis l'été dernier dans cet ensemble naturel remarquable, pour s'opposer au projet dont l'avenir va se jouer à la fin de cette semaine. Chaque camp montre ses muscles, avant de connaitre le sort réservé à l'endroit.

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Un important dispositif de 150 gendarmes mobiles a été déployé sur le site pour tenter de contenir les dérapages. Les forces de l'ordre se sont disposées entre les lignes de barrage des zadistes et des paysans, qui pour certains entendent déloger les occupants du site, dénonçant le blocage de la zone par les zadistes.

Ce déploiement veut prévenir tout nouveau drame à Sivens. Le 26 octobre dernier, Rémi Fraisse, un militant écologiste de 21 ans qui manifestait contre la construction du barrage est mort, victime d'un tir de grenade offensive par les forces de l'ordre.

Sivens, le jour où Rémi Fraisse est mort. À lire ici.

Les agriculteurs favorables au barrage entendent faire pression sur le conseil général du Tarn, à l'origine du projet et qui doit étudier ce vendredi 6 mars d'autres options. Le projet initial c'est une retenue d'eau de 1,5 million de m3 pour l'irrigation de terres agricoles voisines. Il a été enterré le 16 janvier dernier par Ségolène Royal, ministre de l'écologie. Deux solutions encore possibles — qui ne satisfont pas les zadistes — ont été proposées par des experts. Soit construire une version allégée du barrage, située 330 m en amont, soit créer trois retenues latérales plus petites.

Le collectif opposé au barrage, « Tant qu'il y aura des bouilles » (un terme local qui désigne des terrains humides et peu rentables) n'est satisfait par aucun des deux scénarios. Il appelle à un rassemblement mercredi 4 mars dans la ville voisine de Gaillac pour collecter des victuailles à apporter aux zadistes qui se disent « victimes de séquestration », depuis que les paysans ont mis des barrages en place. Des zadistes ont dénoncé dans les médias le fait qu'ils ne pouvaient plus ni entrer ni sortir.

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Sur la page Facebook du collectif, on peut lire : « S'il semble acté que le projet initial est abandonné, il n'en reste pas moins que les deux scénarios alternatifs proposés restent inacceptables. En effet, ces deux projets restent sur la zone humide, ces deux projets surévaluent les besoins en eaux, ces deux projets continuent de servir les intérêts des pouvoirs locaux et ces deux projets restent dans une logique de destruction. On lâche rien ! »

Pierre Vincens, fait partie des agriculteurs qui soutiennent le barrage. Il dit à l'AFP avoir besoin d'« au moins 650.000 mètres cubes d'eau pour faire vivre 80 petites exploitations. » Il explique qu'il « est indispensable de construire un barrage sur le site initial et d'avoir la possibilité de l'agrandir en fonction des besoins futurs en eau. »

Au-delà des nécessités d'irrigation qui les poussent à faire pression pour que la construction du barrage se fasse, les agriculteurs présents sur le site de Sivens affirment vouloir faire pression sur l'État pour qu'il expulse les zadistes, qui les empêchent d'après eux notamment d'aller dans la forêt couper du bois pour l'hiver prochain.

« On veut mettre la pression sur les pouvoirs publics afin que les règles de justice soient respectées. En effet, la justice s'est prononcée il y a dix jours, en disant que l'occupation des zadistes est illicite et illégale et qu'ils devaient être expulsés sans délai, » a déclaré le président de la FDSEA de l'Aveyron (l'un des syndicats agricoles à l'origine du blocage), Dominique Faye, à la chaîne de télévision BFMTV.

Ce week-end, les tensions se sont concentrées autour d'une barricade des zadistes, qu'ils avaient installée sur la route départementale 999 et qui a été détruite et reconstruite plusieurs fois pendant le week-end. « Un ou deux coups de poing ont été échangés », rapporte la gendarmerie qui mentionne une altercation entre pros et antis barrage.

Ségolène Royal avait annoncé à l'Assemblée Nationale que l'expulsion des opposants au projet n'aurait pas lieu, tant qu'une solution pérenne n'aurait pas été trouvée. « Par rapport à l'occupation illégale du site, l'engagement que je peux prendre, […] en accord avec le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, c'est que dès lors que les élus locaux auront fait leur choix, alors il y aura une évacuation du site, afin que l'état de droit reprenne ses droits, » avait-elle déclaré fin janvier. La réunion de ce vendredi est attendue ou redoutée par les uns et les autres comme une étape décisive de ce choix.

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter @meloboucho

Photo viaWikimédia Commons