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« Dude Ranch » demeure un classique incontournable du pop-punk

Sorti en 1997, le deuxième album de Blink-182 montrait un groupe à son stade le plus spontané et le plus naturel, sur le point de basculer dans le mainstream.

par Emma Garland
28 Juin 2017, 9:37am

Est-ce que vous étiez considéré comme « cool » au lycée ? Moi, pas du tout. J'étais une nerd avec une épaisse masse de cheveux blonds arborant des pulls en V informe que je criblais de trous à force de les triturer nerveusement. Avec le recul, ça reflétait bien ma personnalité. Mais sur le moment, ça aurait pu être n'importe quoi d'autre. Pas évident de trouver son identité quand on n'est pas encore une personne entièrement constituée. Et encore moins de se trouver un point commun avec les gens alors qu'on entre tout juste dans l'adolescence et que tout le monde semble lancé dans une course effrénée pour éviter de devenir le plus gros loser du secteur. Il y avait pourtant, au début des années 2000, quelques trucs qui semblaient mettre tout le monde d'accord dans la cour du lycée : The Marshall Mathers d'Eminem, « Last Resort » de Papa Roach et bien sûr Blink-182 dont les morceaux, totalement irrésistibles, qui tournaient invariablement autour des trois mêmes thèmes : brancher des meufs, embrasser des meufs et se faire jeter par des meufs.

Il était facile de s'identifier à Blink-182 parce qu'ils retranscrivaient en musique les trois préoccupations majeures des ados en phase de puberté : le désir, de l'insécurité et les blagues sur les pets. Mais surtout, ils le faisaient d'une façon tellement naturelle et authentique que leurs titres plaisaient aussi bien aux gamins populaires qu'aux nerds et aux weirdos. Ce qui signifie qu'écouter « What's My Age Again ? » en boucle en disait autant sur votre personnalité que de posséder une Gameboy ou de regarder Les Simpsons, soit pas grand-chose. Ce qui n'était pas exactement le cas avec le deuxième album de Blink-182, Dude Ranch – qui fêtera son 20ème anniversaire ce 2 juillet.

J'avais 7 ans quand Dude Ranch est sorti en 1997, donc tout ce que je peux vous dire sur la façon dont il a été reçu par la presse, je l'ai appris au travers de quelques chroniques - peu nombreuses vu que l'album a marqué l'arrivée du groupe sur une major, MCA. Au fil des années, le disque a été réévalué à la hausse, mais à l'époque personne n'avait rien à foutre de Dude Ranch - à l'image de ce journaliste de Kerrang! qui trouvait que l'album manquait de « profondeur, de passion, d'âme et même de refrains un tant soit peu mémorables. »

Dans le même temps, « Dammit » devenait un énorme hit radio aux États-Unis, « Josie » se plaçait dans les charts australiens - l'Australie a d'ailleurs été le premier pays à avoir booké une tournée de Blink-182 à ses débuts et à avoir offert au groupe sa première apparition télévisée, mais est-ce vraiment étonnant ? - et avant qu'on soit passés à l'an 2000, tout le monde possédait son exemplaire de Dude Ranch, qui était devenu disque de platine. Commercialement parlant, Dude Ranch a mis du temps à décoller. Mais musicalement, il n'y a aucun doute : c'est très clairement le meilleur album qu'ils aient sorti.

Beaucoup de gens argueront que Enema Of The State, le troisième album de Blink, est celui qui se hisse au-dessus de la mêlée – à raison : c'est leur premier disque qui sonne comme un truc enregistré ailleurs que dans un garage, le songwriting est meilleur (si, si) et c'est le premier qu'ils ont composé avec Travis Barker. Un disque qui carburait au Sans Plomb 99 et qui enchaînait les pures mélodies pop, sans le côté craignos de Take Off Your Pants and Jacket.

Leur premier disque, Cheshire Cat, était plus un brouillon d'idées que d'un véritable album. « Carousel » et « Strings » laissaient entrevoir la dynamique qui allait se mettre en place entre la voix de Mark Hoppus et celle de Tom DeLonge - et qui allait devenir leur atout majeur, malgré le fait qu'aucun des deux ne savait réellement chanter. « Touchdown Boy » et « Does My Breath Smell » n'étaient rien d'autre que des gags mis en musique - comme la plupart des morceaux de leurs trois premiers albums. Mais Dude Ranch est une phase de transition dans la trajectoire de Blink-182 : c'est le disque d'un groupe sur le point de se découvrir. Ils étaient encore des kids - et ils étaient en plus loin d'être les kids les plus cools.

Les clips de leurs singles, « Dammit » et « Josie » sont d'authentiques teen movies low-budget compressés en 4 minutes, qui dépasseraient à peine les 30 % sur Rotten Tomatoes. « Josie » voit Mark devenir la risée du lycée parce qu'il a embrassé sa mère devant tous les élèves, ce qui lui vaudra d'être snobé par une cheerleader (interprétée par Alyssa Milano) avec qui il voulait sortir. Dans « Dammit », on voit Mark, Tom et Scott [Raynor, le premier batteur] dans une salle de cinéma importuner un stéréotype de couple américain en plein rencard, provoquant une baston entre les 4 mecs pendant que la fille continue à regarder film. Ils finiront par se barrer avec le guichetier du cinéma, aboutissant au même constat que 99 % des titres de Blink-182 : les filles sont belles et cruelles et les garçons passent leur temps à leur courir après en chouinant.

Le disque s'ouvre calmement sur « Pathetic » avant de vous éclater la tête sans prévenir. « Dick Lips », qui évoque l'exclusion de Tom de son école, reste probablement l'une des meilleures chansons de Blink-182 – et accessoirement celle avec le pire titre. « Untitled » et « Emo » vous renverront illico aux pages du journal intime de vos 15 ans - deux chansons ultra-rapides, pleines de frustration et s'appuyant sur la même dynamique que celle des groupes emo des années 90. Et pour finir, « A New Hope », le plus sincère exemple de fan fiction de Star Wars jamais créée. Citez-moi un autre groupe qui a utilisé la référence « drinking Colt 45's with Lando » dans une des ses chansons pour signifier le fait qu'il avait envie de piner une héroïne de fiction, qui a collaboré avec Robert Smith et est aujourd'hui acclamé partout dans la monde ? Allez-y, je vous écoute.

En 2014, Alternative Press a désigné Dude Ranch comme le meilleur album de Blink-182, leur contributeur Scott Heisel déclarant : « Dude Ranch, c'est Blink-182 dans sa forme la plus pure – ils n'étaient encore ni riches ni célèbres; tout ce qu'ils tentaient de faire, c'était d'écrire un disque skate-punk qui tuait », ce qui résume plutôt bien l'authenticité de la démarche. Avant que Enema Of The State ne déboule, Blink-182 se sont retrouvés avec un pied dans la culture mainstream. Terminé les clips où ils jouaient des déchets aux cheveux mal colorés qui tenaient leur guitare sous les genoux dans les toilettes du bahut; ces vidéos où ils parodiaient la culture des boys bands et des pop stars dont ils représentaient à l'époque l'antithèse et qu'ils raillaient en courant nus dans les rues aux côtés de Janine Lindemulder. En à peine un an, les types sont passés d'une apparition grotesque en compagnie de Mr. Patate à la télé australienne à un rôle dans le premier American Pie .

Pour avoir prouvé qu'ils valaient bien plus que l'image qu'ils s'étaient eux-mêmes créés, l'album éponyme de Blink-182 (sorti sur Geffen en 2003) est sans doute leur plus belle réussite artistique. Mais 20 ans après sa sortie, Dude Ranch reste LE classique formateur et intemporel de Blink. Dude Ranch, c'est tomber amoureux d'une nouvelle personne chaque semaine parce que vous ne savez pas encore ce que l'amour veut dire. Dude Ranch, c'est la B.O. de toutes les fêtes où vous avez picolé avant de vous rendre compte qu'elles se ressemblent toutes. Dude Ranch, c'est le match de catch éternel avec vos problèmes de croissance. C'est Blink-182 à son stade le plus naturel, le plus spontané, parce qu'ils avaient la jeunesse de leur côté - et le disque tient encore le coup aujourd'hui, contrairement à Blink, et à la plupart de leurs fans.

Ne parlons pas de l'artwork, par contre. Jamais. Merci.

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