Quantcast
L'Encyclopédie du style

Un guide des meilleurs looks et cultures de l'histoire du rock'n'roll.

Cet article est extrait du numéro du Sceptre et de la Couronne

Adolescent, j'ai été tour à tour mod, skinhead, goth fan des Cramps, clone de Morrissey, indie-kid, avant de redevenir mod en école d'art – mais avec les cheveux longs ce coup-ci. Je n'ai jamais été un skinhead très convaincant, mais j'aimais cette idée de me raser le crâne. Ça me semblait « radical ». De même, je dirais que je suis de nature trop bordélique pour avoir été un mod de première catégorie ; c'est pourquoi l'indie a toujours été le genre qui me correspondait le mieux.

Ça faisait des années que je voulais faire The Bag I'm In. Il était temps que quelqu'un analyse les différences entre chaque sous-culture sur le plan historique. Au final, j'ai choisi 36 mouvements. Mais avec un peu plus de place, j'aurais pu en rajouter une dizaine.

Le livre se concentre sur l'évolution des mouvances contre-culturelles le long du xxe siècle, en mettant en avant leurs liens, leurs prolongements, leurs racines – et leurs inévitables disparitions. J'ai collecté environ 2 000 photos, prises entre le début des années 1960 et la fin des années 1980. Elles m'ont toutes été données par des gens qui faisaient partie de ces mouvances, ou des membres de groupes. Elles sont toutes géniales et n'ont jamais été publiées auparavant.

Avec le recul, je dirais que mon look préféré demeure celui des beatniks du début des sixties. J'aime cette époque : tellement sous-estimée, visionnaire et idéaliste. Les années 1960 furent monochromes jusqu'à ce que le

groovy ostentatoire du reste de la décennie fasse son apparition. J'ai toujours préféré le noir et blanc.

L'aspect fondamentalement exhibitionniste de la monomanie vestimentaire, c'est ce qui fait le charme des sous-cultures de Grande-Bretagne. Ces mouvements auxquels tu prêtais allégeance devenaient tout ce qui comptait pour toi. Point.


CND/Beatniks, 1960-–1966 Arboré par des étudiants politisés fans de jazz, le look CND fut un authentique phénomène autonome partout au Royaume-Uni. C'était un mélange entre une version britannique de la mouvance beatnik et le jazz traditionnel, le tout dans un climat de crainte d'une possible annihilation nucléaire. Pendant les marches pour la paix qui ont eu lieu partout dans le pays et qui ont représenté l'épicentre du mouvement, on pouvait voir une marée de duffle-coats, de bottines et de symboles de paix. À part ça, ces jeunes se rassemblaient dans des pubs pour fumer et des salles de fac pour boire des bières. Photo : Leigh Darnton.


Hard Mods, 1966
1967 Le règne des hard mods s'étend sur un an et fait le lien entre la fin du premier mouvement mod et le début des skinheads. Souvent issus d'un milieu ouvrier, les kids de ce mouvement rejetaient le Londres bourgeois et les looks hippie et dandy – truc typique des classes moyennes, pour eux. Le genre s'est répandu partout dans les quartiers ouvriers de la capitale, la banlieue et les grandes villes anglaises du Sud-Est. Ils écoutaient de la soul, du R&B et du reggae ; rien à voir avec le rock pompeux des cols blancs.

Photo : Derek Smiley.



Greasers, 19681972 C'était une version restaurée des leatherboys à la Gene Vincent, mêlée à des influences Hells Angels et hippies. À fond dans le cuir, les greasers étaient branchés motos anglaises et rock de la côte Ouest des États-Unis, l'acid rock de Blue Cheer ou le heavy metal de Black Sabbath. Cette mouvance n'est pas restée confinée aux grandes villes. Les greasers traînaient dans les stations-service, les pubs et les festivals de musique gratos. Photo : Fred 59.




Teds Revival, 1968–1976 Les teddy boys sont réapparus en 1967 après s'être éclipsés pendant huit ans. Jeunes urbains d'origine ouvrière, les teds se foutaient de la société moderne, préférant se plonger avec nostalgie dans le rock des années 1950. La mouvance s'est agrandie au début des seventies, s'affirmant comme un énorme phénomène underground. Tout ce que les teds aimaient, c'était jouer du rock'n'roll hyper vite comme Shakin' Stevens & the Sunsets ou Crazy Cavan. Photo : Lal Hardy.

Suedeheads, 1970–1972 Prolongement du mouvement prolétaire skinhead, la sous-culture suede a repensé le style original et l'a recraché en moins brut. Les suedeheads se retrouvaient dans des rues désertes, des clubs de soul ou de reggae. C'était l'alternative logique à la scène rock progressif de la même période. Photo : Olly Pearson.



Soulboys, 1974–1977 La sous-culture soulboy n'était présente que dans le Sud du pays, à Londres notamment. Ils portaient des Americana des années 1950, des pantalons à bretelles et des chemises de bowling comme dans American Graffiti. Ils avaient un style à la Bowie, période « Plastic soul ». Cette scène était profondément underground : ses membres écoutaient de la soul et du jazz-funk. Leur idée, c'était que les trucs les moins connus étaient les meilleurs. Les soulboys fréquentaient des boîtes de la capitale et de l'Essex genre le Crackers, le Lacey Lady et le Goldmine. Photo : Deborah Driscol.


Postcard Look, 1979–1981
Orange Juice a montré qu'il existait une autre voie pour le post-punk, moins glauque et dure. Ce phénomène est né à Glasgow et s'est développé au tournant des années 1980. Les postcarders écoutaient beaucoup de groupes indie-rock contemporains mais aussi pas mal de folk-rock des années 1960 genre Buffalo Springfield, les Byrds et Love.


Photo : Peter McArthur.


2 Tone, 1979–1981
D'abord phénomène exclusivement localisé à Coventry, le 2 Tone s'est répandu comme un feu de forêt dans l'inconscient national. C'était un truc plutôt attirant pour les kids qui étaient trop jeunes pour la première vague punk de '77. Les 2-toners traînaient dans des clubs disco avec leur pantalon Levi's Sta-Prest, leurs mocassins à glands et ces vestes Harrington qu'ils portaient en toutes circonstances. Ça, c'est une photo de moi à 11 ans.
Photo : Janet Knee.




Blitz Kids, 19791981 Ce fut la plus poussée de toutes les sous-cultures londoniennes du point de vue vestimentaire. Les blitz kids mélangeaient leur univers austère avec des fringues datant de la Révolution française trouvées dans des shops vintage ou des boutiques de designers. Ils écoutaient du Bowie période Berlin, Roxy Music, Kraftwerk, Neu! et Suicide. La mouvance a explosé partout dans le pays en '81 et s'est désintégrée peu de temps après.
Photo 1 : Doreen Allen. Photos 2 et 3 : Rex Nayman.



Smithsmania, 1983–1987
Au début, c'était un truc de mecs de Manchester uniquement. Puis ça a commencé à captiver toute une nouvelle génération, déboussolée par l'absence de contre-culture, vers '83. Et elle a trouvé sa voix : celle de Morrissey. On pouvait croiser ces Smiths kids dans des bibliothèques désaffectées ou des cafés à la sortie du lycée. Ils avaient des vélos et écoutaient les New York Dolls, Twinkle ou Sandy Shaw – et bien sûr, les Smiths.
Photo : Alan Fairnie.

The Bag I'm In de Sam Knee est publié aux éditions Cicada.