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La peau imprimée en 3D est l’avenir de la chirurgie esthétique

peau3D

Grasse, sèche ou mixte, blanche, noire ou hâlée… Tous les types d’épiderme sont aujourd’hui à la carte avec les techniques d’impression de peau en 3D. « C’est comme pour le plastique mais au lieu de déposer de la matière plastique dans l’imprimante, on met de vraies cellules humaines afin de générer l’équivalent de véritables tissus biologiques » explique Christophe Marquette, spécialiste en biochimie moléculaire et directeur de recherche au CNRS. Implantée à Lyon, sa plateforme de bio-impression, 3D.Fab, travaille en étroite collaboration avec LabSkin Creations, une start-up spécialisée dans la confection de peau artificielle.

L’artiste Chloé Lavalette a enquêté auprès de 3D.Fab et LabSkin Creations pour concevoir une performance intitulée Crap #2 (la peau²). « Les biotechnologies contemporaines développant des échantillons de peau humaine synthétique à destination des laboratoires cosmétiques et du soin aux grands brûlés lui inspirent une réflexion sur la peau comme espace du lien social » explique le site de la Gaîté Lyrique, où l’artiste a donné sa performance mardi 20 novembre. En effet, notre peau révèle beaucoup de choses à ceux qui nous entourent : âge, santé, anciennes blessures… L’alliance de l’impression 3D de tissus cutanés et de la chirurgie esthétique permettra bientôt de modifier ces messages à loisir.

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Une technologie dédiée en priorité à l’industrie cosmétique

Aujourd’hui, 80% de l’activité de LabSkin Creations consiste à fournir des échantillons d’épiderme à de grosses sociétés cosmétiques comme L’Oréal. Crèmes anti-âge, lotions purifiantes ou baumes hydratants sont ensuite testés en laboratoire sur ces bouts d’épiderme de la taille d’une pièce de monnaie générés in vitro. Mais ces ersatz ont-ils vraiment tout de la peau humaine ? À en croire Fabien Guillemot, directeur général de Poietis, une société bordelaise œuvrant dans le même secteur d’activité : « Il s’agit environ de la même chose puisqu’on cherche à reproduire un tissu biologique, suivant un agencement pré-défini par un ordinateur. Les cellules générées de cette façon sont ensuite capables d’interagir entre elles. » La pigmentation de la peau, par exemple, peut être modifiée grâce à l’intervention de mélanocytes. Pour aller d’un tissu gras à un tissu plus sec, tout se joue au niveau des glandes sébacées. Mais pour se rapprocher davantage de la version réelle, ces laboratoire travaillent à l’implantation plus complexe du follicule pileux, cavité dans laquelle le poil prend sa naissance. Encore imberbes, les petits disques de peau vivante produits par Poietis ont pour matière première des déchets opératoires. Une pratique « très réglementée » précise Fabien Guillemot.

L’impression de peau en 3D bientôt appliquée à la chirurgie réparatrice

Outre le filon de l’industrie cosmétique, l’impression de peau en 3D est destinée à servir la chirurgie réparatrice. En clair, il s’agira d’ici trois à cinq ans de se servir de ces bio-technologies pour créer de la peau destinée à soigner les grands brûlés. Depuis son siège lyonnais, LabSkin Creations regarde dans cette direction. « Nous avons répondu à un appel à projet puis signé un contrat avec la direction générale des armées » explique Amélie Thépot, docteure en biologie cellulaire, à la tête de la start-up. Dans un futur proche, les soldats brûlés sur le champ de bataille pourront faire peau neuve grâce à ce savoir-faire en matière de bio-impression. L’idée est de prélever un bout de peau saine du militaire blessé, afin d’éviter tout rejet. Ensuite, ne reste qu’à laisser le bras robotique de l’imprimante 3D générer la peau reconstituée directement sur le patient. « Les cellules sont d’abord mélangées à de la bio-encre [composée notamment de collagène, ndlr] puis on applique directement sur sa plaie » détaille Amélie Thépot.

Qu’en pensent les praticiens de la chirurgie plastique ?

Pour l’heure, ces substituts cutanés ne peuvent être appliqués sur les êtres humains. Les laboratoires spécialisés que nous avons interrogés disposent des compétences nécessaires. Mais la réglementation en vigueur empêche l’arrivée sur le marché de ces pratiques dignes d’un film de science-fiction. Souvenez-vous de La Piel que habito (2011), le long-métrage de Pedro Almodóvar. Un chirurgien esthétique de renom s’affaire la création d’une nouvelle peau pour sa femme, victime de brûlures dans un accident de voiture. Le réalisateur était-il visionnaire ? Peut-on s’attendre à voir les progrès effectués dans le domaine de la bio-impression de tissus cutanés récupérés par la chirurgie plastique ? Pour le savoir, on a posé la question au docteur Thierry Van Hemelryck, chirurgien plasticien et esthétique, deuxième vice-président de la Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens (SOFCEP). « C’est à mon avis l’avenir de la chirurgie esthétique, il faut prendre le train en marche. C’est une évidence qu’on pourra recréer des peaux plus jeunes grâce à la crypto-préservation des tissus [congélation de peau jeune, ndlr]. Des entreprises américaines l’expérimentent déjà, mais on est encore un peu sur le fantasme. » affirme-t-il. Pas d’application immédiate pour la chirurgie plastique donc, mais ces avancées scientifiques sont scrutées de près par le secteur. Tout comme les problématiques éthiques prégnantes qu’elles font peu à peu émerger.

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