Laissez tomber : Jean-Louis Brossard a vu plus de concerts que vous et vos potes réunis, et ça va être chaud de le rattraper. Déjà parce qu’il a un peu dépassé de quelques années l’âge officiel de la retraite, et qu’il a pris une sacrée avance. Ensuite, parce qu’il essaie de ne rater aucun des artistes qu’il programme à ses Rencontres Trans Musicales de Rennes (environ 2.500 depuis 1979 !) et que le reste de l’année, il ratisse salles de concerts et festivals pour dénicher les inconnus dignes de son public rennais – qui en a vu d’autres et pas des moindres. N’en déplaise à ceux qui jugent l’époque faiblarde, lui n’arrive même plus à caser ses emplettes du moment. « J’ai dû ajouter une soirée le 15 décembre à l’Ubu pour des groupes qui n’avaient pas de place » lance-t-il, l’œil pétillant. Autre moyen de garder la foi, réaliser ses fantasmes en sortant des autoroutes balisées de la programmation à travers des plateaux qui réunissent le prochain truc post-punk londonien (au hasard cette année, HMLTD) à d’improbables fanfares venues de tous les continents, représentant ainsi plus de vingt-cinq pays dans cette 38e édition. Et puis des Français aussi, toujours des Français, comme Barbagallo, Aquaserge, une création à l’Aire Libre signée Fishbach, et encore des Rennais comme Volontiers ou les garage-rockers de Chouette…
Dès que JLB doit donner à chaud des idées pour préparer ces Trans 2016, voilà les noms qui se bousculent au portillon : « Nino de Elche, un chanteur de flamenco accompagné d’un groupe, ni rock, ni musique électronique, mais un peu tout ça à la fois… Les deux Espagnols de Cabo San Roque : une claviériste qui manipule des percussions sur un mur derrière elle, avec une machine à écrire et plein d’autres ustensiles, et face à elle, un guitariste, le tout influencé par Can… Reykjavikurdaetur, un groupe d’une quinzaine de rappeuses islandaises. J’ai toujours aimé les groupes nombreux, je sais pas pourquoi, comme les Allemands de Meute qui sont environ douze sur scène, un marching band qui ne fait que des reprises de house et de techno… Parmi les ovnis, Anna Meredith, une clarinettiste qui vient du classique, accompagnée de claviers, violoncelliste, tuba, guitare… Les Barberettes, trois Sud-Coréennes qui ont un show à la Diana Ross & Supremes, accompagnées d’un groupe, très très fun… Et puis No Zu, un groupe funk australien qui pourrait être signé sur le label DFA. On compte aussi quelques créations électros pour Møme, Comah, Contrefaçon, Leska, et le premier live de Yuksek, accompagné de Her, Monika, Chassol aux claviers et Jean-Sylvain des Juveniles à la guitare ». OK, 2016 s’annonce plutôt cool, mais s’il y avait 10 moments étonnants pour baliser l’histoire des Trans, Jean-Louis ? Pas radin, il nous en a donné 12.
DIZZY BRAINS (2015)
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J’ai revu récemment les mecs de ce groupe malgache qui a joué l’an dernier, et ils disent carrément qu’ils sont « sortis de leur cage ». Ils vivaient dans des conditions difficiles à Tananarive, sans avoir jamais vu la mer, sans gagner d’argent, à dormir avec des sans-abris après un concert parce qu’ils ne pouvaient pas rentrer chez eux… Permettre à ces mômes de 20 balais d’aller jouer aujourd’hui en Corée, je suis fier d’y avoir contribué car c’est arrivé après les Trans. Sans l’aspect humain, je ne pourrais pas faire ce métier. Par exemple, j’ai déjà fait jouer le groupe australien No Zu à l’Ubu avant les Trans cette année et il s’est passé un truc fort entre nous. Là, ils vont venir spécialement d’Australie juste pour ce concert, t’imagines ? Tout ça grâce à une amitié née en une soirée dans un club. Et puis les Trans, c’est un festival où tous les artistes sont accueillis de la même façon, il n’y a pas de stars. Alors oui, il y en a de plus difficiles, auxquels il faut faire plus attention. Comme dirait mon ami Titi, le régisseur : « tous les groupes sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ».
COLIN STETSON (2011)
MojoDANYÈL WARO (2003)
LCD SOUNDSYSTEM (2002)
INVISIBLE SCRATCH PICKLES (1997)
BOO-YAA T.R.I.B.E. (1996)
THE PRODIGY (1994)
UNDERGOUND RESISTANCE (1992)
C’était un peu ton MC5 à toi ?
Oui, aussi, si tu veux, ou les Stooges ! C’était la première rave aux Trans et la musique techno, je l’ai un peu découverte en la faisant. Je ne connaissais pas trop cette culture. J’avais bossé avec Manu Casana qui connaissait bien les DJ’s et je m’étais concentré sur les lives. J’ai beaucoup appris, je suis rentré dedans… Eux s’en souviennent encore. J’ai revu Mad Mike en Suisse qui m’en a reparlé. Ils étaient contents de jouer comme ça en France, alors que chez eux, c’est plus dans des warehouses, dans des caves, dans l’underground. Un super souvenir car un groupe particulier, sans concessions.
DENEZ PRIGENT (1992)
C’est lui mon premier moment de trac dans l’histoire des Trans ! Ce chanteur breton qui se produit a capella était programmé Salle de la Cité entre le groupe irlandais The Pale et le musicien égyptien Ali Hassan Kuban. Quand le mec monte sur scène, il est seul, à poil, juste un micro pour chanter de la musique traditionnelle bretonne. A l’époque, on avait un public assez rock. Après la première chanson, il y a eu un silence énorme de 4 ou 5 secondes, et là, ovation. C’était gagné. Mais j’avais eu beaucoup plus peur que lui, car j’aime pas envoyer les artistes au casse-pipe.
NIRVANA (1991)
Bleach NevermindMOONDOG (1988)
MARQUIS DE SADE (1979)
La 38e édition des Trans Musicales de Rennes aura lieu du 30 novembre au 4 décembre prochains et on a évidemment des places à vous faire gagner.
Pascal Bertin est pour l’autonomie de la Bretagne. Il est sur Twitter.
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