Biberonné dès son plus jeune âge au parti socialiste, rocardien convaincu, maire d’Evry hyperactif, ministre de l’Intérieur déterminé, enfin Premier ministre ambitieux du gouvernement sous François Hollande ou comment Manuel Valls fabrique un parcours sans faute, confirmé par un curriculum vitae de premier de la classe « politique du PS ». Voilà un homme droit dans ses bottes à qui tout semble réussir, qui se retrouve hissé à la tête d’un palmarès non enviable : celui de la personnalité politique la plus détestée de France, la tête de turc de l’assemblée nationale. Effectivement, selon un sondage Odoxa publié en mai 2017, Manuel Valls suscite le rejet auprès de 54 % des Français. Il devance pour la première fois Marine Le Pen dans ce classement (53 %). Une première place « habituellement réservée aux leaders du FN ou exceptionnellement à François Fillon et Nicolas Sarkozy aux pires moments de leurs affaires » écrit l’institut.
Alors, Manu, pourquoi tant de haine ? Ou comment passer de 62 % d’opinions favorables à la place malheureuse du Rémi « Sans Famille » de la politique française.
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Il faut dire que Manuel Valls a tout de suite compris comment se faire tacler sans même l’avoir cherché. Matignon, il en a toujours rêvé, il s’est battu pour l’avoir mais quelle erreur d’amateur, il connaît l’histoire, on ne devient pas président dans la foulée d’un mandat de premier ministre. Pour n’en citer que quelques-uns, Jospin en 2002, Chirac en 1988 ou Balladur en 1995. Ils ont tous échoué. Manuel Valls n’a donc pas pu échapper à la fameuse « malédiction de Matignon ». Est-ce à dire que passer par Matignon empêcherait de s’installer à l’Elysée ? Peut-être, mais cela n’explique pas tout.
Le 6 décembre 2016 Manuel Valls confirme sa place de vilain petit canard en démissionnant de son poste de premier ministre ou comment s’isoler définitivement de sa famille. Si Manu pensait pouvoir se « laver de ses pêchés » en quittant le gouvernement la tête haute, c’était sans compter sur son ambition de devenir le nouveau chef de l’Etat français en 2017. Il s’est vu Grand Seigneur, il a oublié « la malédiction de Matignon ».
Flash-back. 2010, la déchéance de la nationalité voulue par Nicolas Sarkozy fait dire à Manuel Valls qu’il s’agit là « d’un débat nauséabond et absurde ». Quelques années plus tard, en 2014, il dit « Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays. Il n’y a pas de tabou ». C’est le début des hostilités de la part des Français, mais aussi, celui de ses nombreuses contradictions à venir.
Faut-il rappeler qu’il n’a jamais été le chouchou des socialistes ? Une telle déclaration et le voilà démasqué. Au PS la coupe est pleine. Après avoir soutenu le Valls rocardien, découvrir un Manuel Valls dans la roue d’un Sarkozy ministre de l’intérieur ne passe pas. Sa famille politique le renie.
Pour Benoit Hamon « ce qui distingue Manuel Valls de Christian Estrosi ne tient qu’à des nuances ». L’ancien premier ministre Jean Marc Ayrault se permet même de le recadrer dans un tweet « Si la France est en péril de paix, alors ne la divisons pas davantage ! ». Manu est bien décidé à faire cavalier seul, quitte à en payer le prix.
Isabelle Alves, 27 ans, professeur de portugais à Paris possède la double nationalité. Pour elle, « le propos est radical déjà dans la forme, et dans le fond il manque d’étayage pédagogique. Il ne faudrait pas que cette menace plane sur les binationaux. S’ils sont français ils le sont jusqu’au bout. Pourquoi certains citoyens auraient une épée de Damocles au-dessus de la tête et d’autres non ? Le problème est plus profond, notamment l’éducation et ce n’est pas une déchéance de nationalité qui permettrait de le résoudre ».
Par cette prise de position, Manuel Valls affirme « sans tabou » une autorité rigide au service d’une idéologie sécuritaire et ça tout le monde ne l’accepte pas, surtout à gauche.
Preuve en est de son autoritarisme, l’utilisation à maintes reprises du 49-3 durant les deux ans et demi de son mandat de premier ministre. Si l’utilisation du 49-3 sous la Ve République est fréquente, 85 fois depuis 1958, Manuel Valls y a eu recours à six reprises.
La première, le 19 février 2015 pour faire passer en force le projet de loi Macron * [1]
Le 26 mai 2016, confirmation par Manuel Valls du bien-fondé de l’utilisation du 49-3 : « Le 49.3, c’est dire aux parlementaires : Si vous ne voulez pas de cette politique, de cette loi, vous avez la possibilité de renverser le gouvernement. C’est donc bien de se soumettre au jugement des parlementaires. C’est tout l’inverse d’un passage en force et c’est donc un acte qui est démocratique. »
Le 15 décembre de la même année il se contredit : « Je connais parfaitement les effets pervers du 49-3. Dans la société de la participation dans laquelle nous vivons, son utilisation est devenue dépassée et apparaît comme brutale. »
Raphaël Grelon 25 ans, étudiant à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), reconnait là « la politique à papa. Celle ou l’on promet quelque chose seulement pour obtenir des votes. La position de Manuel Valls sur le 49-3 relève de la schizophrénie politique. »
Ce revirement de situation lui vaut les railleries de ses opposants mais aussi et surtout de son propre camp. Arnaud Montebourg candidat à la primaire socialiste se demande non sans ironie « Lorsqu’il dit « le 49-3 ce n’est pas moi » la déchéance de nationalité est ce que c’est lui ? Il va dire « ce n’est pas moi ».
Mais alors on en est où ?
Manu à Barcelone. Manu en France. Manu aux jeunesses socialistes. Manu maire d’Evry. Manu ministre de l’intérieur. Manu premier ministre puis Manu candidat à la primaire socialiste de 2017. Quand Martine est à la plage, en toute logique Manu est candidat à la fonction suprême ?
Et bien non ! Le dernier tome ne sortira pas.
Manu se fait éjecter de la primaire. On pense alors que Manu a compris. Mais non, nouvelle contradiction. Le 29 janvier 2017, à l’issue des résultats de la primaire socialiste, Manuel Valls déclare : « Benoît Hamon est désormais le candidat de notre famille politique. J’ai depuis toujours le sens de l’action collective et de la loyauté. Je suis profondément attaché aux engagements pris ».
Ok. Deux mois plus tard jour pour jour, patatras Manu déclare au micro de Jean Jacques Bourdin « Je voterai pour Emmanuel Macron ». No comment.
Même si pour certain vallsiste on veut y voir du bon sens. Lancelot Veenendaal 18 ans, étudiant en hypokhâgne à Henri IV, vallsiste convaincu mais un peu perdu, il concède « ce n’est pas très fair-play mais n’empêche voter pour Hamon cela aurait été contre ses convictions politiques et aurait signifié une plus haute trahison que de voter pour Macron dont il est plus proche politiquement ».
Manu, pourtant si prometteur, s’est perdu dans le labyrinthe de ses contradictions et de la politique.. La gauche le déteste, la droite le moque et les marcheurs ne savent pas quoi en faire. Aujourd’hui on se demande même s’il sait encore où il habite.
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