une personne
Illustration : Mathilde Bindervoet  
Santé

De la culpabilité de contaminer ses proches au coronavirus

« Ma belle-mère est tombée malade et a passé deux mois à l'hôpital. »
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
12.1.21

Entre les prêts étudiants à rembourser, les loyers exorbitants à payer et la tâche quasi impossible de trouver un emploi sans posséder au minimum cinq ans d'expérience, être jeune était déjà assez difficile comme ça. Puis l'année 2020 est arrivée et nous a donné un tout nouveau problème à résoudre : la peur quotidienne de tuer notre propre famille à cause du Covid-19.

Personne ne veut être responsable de l’hospitalisation d’un proche, c'est pourquoi j'ai évité autant que possible de rentrer chez mes parents depuis que la pandémie a commencé. Mais il y a deux mois, après avoir passé quelques jours chez eux, j'ai été mis en quarantaine pendant trois semaines. Ironiquement, ma mère avait contracté le coronavirus au travail et nous avait tous infectés. Heureusement, personne n'a eu de symptômes graves. 

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Mais tout le monde n'a pas cette chance. Au cours de l’année qui vient de s’écouler, nombreuses sont les personnes qui ont transmis le virus à leurs amants, à leurs amis et à leur famille, parfois avec de graves conséquences. Trois d’entre elles m’ont parlé de la culpabilité qu’elles avaient ressentie. 

Tess*, 27 ans

J’étais partie en week-end avec une amie. Dès le début du séjour, elle a eu le nez bouché. Elle est un peu hypocondriaque, et à partir de là, elle n’a plus voulu s’approcher de moi à moins de porter un masque. Sur le moment, je me suis dit que sa réaction était exagérée. Avec le recul, son intuition était juste. Quand nous sommes rentrées, nous avons fait le test et nous étions toutes les deux positives au Covid-19. 

J'ai immédiatement supposé que mon petit ami était également positif, mais j'étais moins certaine pour mon père et sa femme. J'avais vu mon père la veille de l'apparition de mes symptômes parce qu'il devait être hospitalisé pour un pontage. C'est une procédure invasive et il tenait absolument à me voir avant. J'ai reçu mes résultats au moment où il quittait la salle d'opération. Ma belle-mère a tout de suite prévenu l'hôpital et il a été placé en isolement. À ce moment-là, j'étais en panique. Mon père a 60 ans, est en surpoids et venait tout juste de subir une opération. J'ai vraiment cru que je l'avais mis en danger. Il a finalement été testé négatif, mais ma belle-mère est tombée malade la semaine suivante et a passé deux mois à l'hôpital.

Du pinard contre le COVID-19

Ils ne m'ont pas vraiment parlé depuis. Ils sont vraiment en colère. Ils ont l'impression que j'ai été imprudente, alors que j’ai juste joué aux cartes dans un chalet à la campagne. C'est dur quand vos proches pensent que vous avez délibérément risqué leur vie. Les médias n'aident pas. Ils font croire que vous ne pouvez être infecté que si vous enfreignez les règles, mais ce n'est pas comme ça que ça marche. Mon père et moi avons mis les choses au clair, mais nous ne passerons pas les vacances ensemble cette année. 

Steffie*, 22 ans

Pendant des mois, j'ai suivi toutes les mesures de précautions. Mais quand l'été est arrivé, certaines restrictions ont été levées et j'ai eu envie d’en profiter. Avec quelques amis, nous sommes allés à une rave illégale sur un bateau. Quelques jours plus tard, l'un d'eux m'a appelé pour me dire qu'il avait mal à la gorge et qu'il allait se faire tester. Mis à part la gueule de bois, je ne me sentais pas différente de d’habitude.

Quelques jours après la fête, j’ai eu des douleurs aux muscles. Mais comme je venais de reprendre le sport, je ne me suis pas trop inquiétée. Quand le week-end est arrivé, j'ai commencé à me sentir de moins en moins bien, mais vu que j’étais en vacances et que je picolais tous les jours, j'ai une nouvelle fois mis ça sur le compte de la gueule de bois. Avec le recul, les symptômes étaient tous là, mais j’ai inconsciemment choisi de les ignorer. Lorsque d'autres amis ont développé des symptômes, je me suis fait tester.

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J’ai prévenu mon copain qui travaillait dans un restaurant. Ils l'ont renvoyé chez lui sur-le-champ et il a fait un test le lendemain. Quand j'ai réalisé que je ne sentais pas le goût de ma soupe ce soir-là, j'ai su que j'avais le virus. En effet, il s'est avéré que nous étions tous les deux positifs. Il s’est montré très compréhensif, mais je me suis sentie coupable. Le restaurant où il travaillait a dû fermer pendant deux semaines et avait déjà été durement touché par la pandémie. Puis mon père s'est retrouvé à l'hôpital pour des raisons sans rapport avec le coronavirus, mais parce que j’étais en isolement, je n’ai pas pu être là pour lui.

J'ai vraiment ressenti les conséquences de mes actes. Je n’aurais jamais dû aller à cette fête. Un mois plus tard, ils en ont organisé une nouvelle et un ami m'a demandé : « Tu viens aussi cette fois-ci ? » Non, aucune chance.

Lars, 26 ans 

Ma petite amie s'est vaporisée un échantillon de parfum alors qu'elle faisait des courses avec sa mère et a constaté qu'elle ne pouvait pas le sentir. Au début, elle pensait qu'elle imaginait des choses, mais quand j'ai eu de la fièvre quelques jours plus tard, nous avons tout de suite compris ce qui se passait.

Quelques jours après être tombé malade, j'ai appris qu'un de mes collègues présentait également des symptômes. Et comme au travail, j’étais le premier à être testé positif au Covid-19, il a dû le contracter par ma faute. Puis, sa femme et sa fille de trois ans sont tombées malades elles aussi. J'étais pétrifié d'angoisse, me préparant mentalement au fait que le virus allait atteindre ses parents et ainsi de suite. Mais il ne s’est pas propagé davantage. Toute sa famille se porte bien maintenant. 

Pour l'instant, mon patron ne veut pas que je retourne au bureau parce que je tousse encore beaucoup. La sécurité est évidemment la priorité. La semaine dernière, j'ai fêté mon anniversaire avec seulement ma copine. On a mis des ballons, mais on a laissé tomber le gâteau. Je ne sens pas le goût des choses, de toute façon.

*Les noms ont été modifiés.

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