L'AfricaMuseum sous la première neige de l'année.
Ça me semblait pourtant être une remarque pertinente : si le musée est à nous, pourquoi n’y a-t-il pas des gens comme nous qui y travaillent ? Je n’ai jamais eu droit à une réponse claire, une qui ne se cache pas lâchement derrière des lignes directrices fédérales pour les procédures de nomination. En traversant les salles à moitié vides, j’ai compris sa mission. Avec une telle rénovation - plutôt coûteuse au passage puisqu’elle s’élève à 66,5 millions d’euros -, il faut rendre à nouveau lisible cette propagande coloniale jaunie sur les murs. Comme on peut lire dans le grand hall : « Tout passe, sauf le passé. » Le musée voulait aussi présenter une collection plus équilibrée, en mettant des oeuvres controversées à la cave et en les remplaçant par celles d’artistes comme Aimé Mpane et Freddy Tsimba. Voilà en quoi consistait le processus de décolonisation du musée.Si le musée est à nous, pourquoi n’y a-t-il pas des gens comme nous qui y travaillent ?
Dans la Rotonde, le travail d’Aimé Mpane rencontre la grandeur coloniale de Leopold II.
L’une des premières choses que tu vois en entrant dans le musée est un dépôt de sculptures. C’est un peu comme une cave où sont rassemblées toutes les statues coloniales qui n’étaient pas attachées au bâtiment. Ce dépôt constitue un premier message pour le public : ceci n’est plus le musée de Léopold II.Le dépôt constitue un premier message pour le public : ceci n’est plus le musée de Léopold II.
On passe ensuite par différentes salles thématiques, du Cabinet des Minéraux au Studio Rumba. Les salles forment des rectangles presque parfaits, avec au centre, une cour intérieure à ciel ouvert. Toutes sont connectées à une grande salle ronde, la rotonde, où nous sommes présent·es aujourd’hui.« On a commis une erreur. Maintenant on sait, grâce aux anciennes critiques, que la décolonisation ne peut pas être un travail fini, mais un processus de longue durée. Tout comme la colonisation l’a été et l’est toujours. » – Bruno Verbergt, directeur opérationnel de l'AfricaMuseum
Le cabinet des minéraux.
C’est comme ça que Mpane a fait son retour au musée pour ajouter une note critique à son ancienne œuvre d'art, censée représenter le rêve et l'espoir du continent africain. Il s’agit d’une sculpture construite avec le crâne du chef Lusinga, l'un des nombreux, mais sans aucun doute le plus connu, des restes humains de la période coloniale qui se trouvent encore en Belgique. [En 1884, un officiel belge a mené un raid dans le village de Lusinga Iwa Ng’ombe lors duquel on lui a coupé la tête pour ensuite la ramener en Belgique, ndlr.]Mais Mpane est allé encore plus loin : « Si j'avais pu le faire, j'aurais fusionné les anciennes statues en une nouvelle œuvre, mais je suis content de ne pas l'avoir fait. » Avec l’artiste bruxellois Jean-Pierre Müller, il a placé des toiles presque transparentes, imprimées avec une image devant les anciennes statues et a renommer l’oeuvre RE/STORE. Les statues sont toujours visibles, mais désormais liées à une nouvelle vision : « Le passé doit être visible. Ce travail remplit cette mission de tout en remettant question le passé. »« Si j'avais pu le faire, j'aurais fusionné les anciennes statues en une nouvelle œuvre, mais je suis content de ne pas l'avoir fait. » – Aimé Mpane, artiste congolais
Les toiles de Mpane et Müller laissent exister les oeuvres coloniales, tout en poussant le public à se questionner.
Le Musée de l'Afrique demeure un édifice assez violent. Non seulement à cause des connaissances coloniales qu'il abrite, mais aussi parce que ces connaissances n'appartiennent pas à la Belgique. Malgré les projets de collaboration avec des musées en Afrique, les étudiant·es du continent doivent souvent venir ici pour étudier leur propre histoire. Et nous, la diaspora africaine, devons parfois faire le trajet obligatoire en tram 44 pour en savoir plus sur notre pays d'origine.Le Musée de l'Afrique n'est pas le nôtre ; il n'est ni pour nous ni par nous, ou juste occasionnellement. Qu’elle soit réussie ou maladroite, aucune intervention pour décoloniser le musée ne pourra y remédier.Ne ratez plus jamais rien : inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et suivez VICE Belgique sur Instagram.Le Musée de l'Afrique demeure un édifice assez violent.